La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
Nous avons veillé toute la nuit, après avoir renvoyé l’enfant. Et à la pointe du jour, la grosse cloche s’est fait entendre, sonnant les plaints; et il semblait que chaque coup retentit à mon pauvre cœur. Et M. le curé est venu prier qu’on portât les corps à l’église: car il était dit, par la chère sœur, si peu longtemps femme d’Edmond, que les corps seraient mis dans la maison paternelle, et de là portés à l’église, comme venant de mourir. Et mon homme a répondu à M. le curé: «Comme il vous plaira: mais ces corps peuvent ici rester un peu, pour y être pleurés, comme il convient pleurer ceux qu’on a tant chéris.» Et il a été dit que ce serait à neuf heures, pour que la sainte messe fût célébrée sur eux. Et à neuf heures, tous nos frères et sœurs en deuil, à l’exception de vous, chère sœur, à cause de votre maladie, ont entouré les cercueils, et les ont voulu porter; mais les filles du village ont demandé à porter Ursule, et les femmes, la chère sœur si peu de temps. Mais mon homme et Bertrand se sont mis à la tête d’Edmond, et ont passé leurs deux mains dessous le portoir, appuyant l’autre sur la tête du défunt, et pleurant d’une si pitoyable manière, que tout le monde le leur est venu ôter, et il a fallu qu’ils le quittassent, ainsi que Georget et Augustin-Nicolas, qui avaient pris les pieds; et deux anciens amis d’école d’Edmond, en deuil, ont pris la tête, et on a marché; mon homme suivait, étant à faire pitié à un chacun, ainsi que tous nos frères et sœurs, Bertrand surtout: et tel était le saisissement où l’on était, que les chantres se sont arrêtés de chanter, et le pasteur lui-même ne pouvait parler. Et tout le village y était. Et comme on a été à la porte de l’église, voilà qu’est arrivée une belle grande dame, que je ne reconnaissais pas: mais à sa voix, j’ai entendu que c’était Mme Loiseau. Elle est venue à moi, et m’a embrassée en pleurant: «Voilà donc ce que j’ai tant aimé! (a-t-elle dit). Ma chère madame R**, hâtons la cérémonie. J’ai amené deux personnes, à qui la vue en serait funeste.» Elle a ensuite parlé à M. le curé, qui sur ce qu’elle lui a dit, a fait prendre le chemin de la fosse. Un chacun en était surpris, et les habitants du village, surtout les femmes, en ont murmuré. En ce moment, et pendant qu’on hésitait, ont paru les deux autres dames plus jeunes, dont l’une échevelée, fondant en larmes, et poussant des cris, s’est précipitée sur les cercueils; l’autre plus rassise, mais non moins endolorée, a demandé à voir encore une fois sa sœur. On a découvert sa tête. À cette vue, elle est tombée évanouie, tandis que l’autre regardait Edmond sans prononcer un mot. Je me suis approchée, et j’ai recouvert les deux cadavres, en disant: «Madame, j’ai le cœur aussi affligé que vous. Elle ne m’a rien répondu. mais elle m’a suivie, et les corps ont été portés à l’église. Ces deux dames étaient Mlle Fanchette, à présent Mme Quinci, et Mme Zéphire. On a célébré le messe et à l’endroit ordinaire du prône, le pasteur est monté en chaire, où il a dit: «Mes chers paroissiens; nous célébrons aujourd’hui les obsèques de trois personnes, dont deux sont vos compatriotes; vous les avez vus, et vous les avez aimés, car avant leurs malheurs, on ne pouvait les voir sans les aimer et chérir. Ils ont essuyé les plus grandes épreuves et les plus grandes tribulations: elles vous feraient frémir, si vous les saviez toutes! Mais leur pénitence des fautes qu’ils peuvent avoir commises a été si grande, si effrayante d’une part, si belle de l’autre, que je les regarde comme étant dans le séjour du repos. Si vous considérez leur mérite avant leur chute, personne n’en eut jamais davantage, ni pour le corps ni pour l’âme; si vous les considérez après, vous aurez la plus belle instruction, et le plus grand effroi du vice; car jamais ils ne se sont crus assez punis; ils n’ont jamais dit à Dieu: C’est trop! arrêtez, Seigneur! mais ils ont reçu avec ardeur les châtiments de sa main paternelle: et quand le coup terrible de la mort a été frappé sur chacun d’eux, ils ont offert leur vie, et béni Dieu. Chers enfants! qu’est donc le péché! s’il faut de si grands maux pour l’expier!… Quant à la dame que nous recevons ici avec eux, elle fut toute vertu et toute piété; vous avez connu sa famille, et son père était votre conseil elle a voulu être ici avec ceux qu’elle a aimés, ayant épousé Edmond R**, à jamais célèbre dans ce pays; et le jour même, il est mort écrasé, comme par la main de Dieu. Unissons nos prières pour ces trois chers défunts, qui seront un jour nos protecteurs auprès de Dieu, s’ils ne le sont déjà. Amen.».