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READ-E-BOOK » Современная русская и зарубежная проза » Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
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Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:

Hortense est à Londres et c'est toujours hyper compliqué entre elle et Gary.
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
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— Promis. Juste, arrête de penser à moi… C’est quand tu penses très fort que ça fait transistor !

Le lundi matin, elle se prépara.

Elle prit une douche, se lava les cheveux, les sécha à la main et vaporisa une lotion qui les fit scintiller. Elle secoua la tête et cela fit une poussière de lumière. Elle mit un trait de crayon brun au ras des cils, un peu de rimmel brun foncé, un nuage de poudre, un peu de blush rose et un soupçon de rouge cassis sur les lèvres. Glissa dans sa petite robe noire. Elle lui avait porté bonheur une fois quand elle avait rencontré Frank Cook, elle lui porterait bonheur encore. Elle croisa les doigts. Leva les yeux au Ciel en le suppliant de veiller sur elle. Elle n’y croyait pas trop, mais ça valait le coup d’essayer.

Enfila une sandale en lézard vert pomme qu’elle avait achetée la veille. Se demanda où était passée l’autre et la chercha à cloche-pied. Se mit à genoux, tâtonna sous le lit, en rapporta des flocons de poussière, éternua, tâtonna encore et finit par la trouver.

Souffla dessus.

Se redressa, alla se planter devant la glace. Mon Dieu ! Mon Dieu ! Si j’ai le cœur qui continue à battre aussi fort, elle ne va pas durer longtemps, notre romance, je vais me retrouver à l’hôpital sur un brancard.

Est-ce qu’il m’aimera assez pour m’entourer de ses bras sur le brancard ?

Gary…

Et elle laissa tomber ses bras le long de son corps.

Le sourire de Gary…

Un sourire rare comme son dos dans la foule…

Le sourire d’un homme sûr de lui, mais pas trop… Sûr de lui avec confiance, sans arrogance…

Le sourire d’un homme généreux qui embrasse le monde puis vous regarde et vous offre ce monde… Rien que pour vous. Comme s’il n’y avait que vous qui étiez digne de recevoir ce monde à vos pieds.

Comme si, au-dessus du monde, il y avait vous, vous et vous…

Un sourire comme on en croise deux ou trois dans sa vie. On se retourne et on sait qu’on n’oubliera jamais cet homme-là…

Elle avait failli oublier cet homme et son sourire.

Elle se frappa la tête avec sa pochette et se traita de double cruche qui va à l’eau.

Prit ses grandes lunettes noires, un foulard en mousseline rose taché de blanc, redressa les épaules, respira trois fois, se souhaita bonne chance et franchit le seuil de l’appartement.

Le doorman la vit passer et lui cria have a good day !

Elle claironna une réponse et entendit sa voix qui tremblait…

Elle entra dans le parc par la route en face de chez elle.

Marcha jusqu’à la cahute qui vendait des sodas et des beignets.

Tourna à gauche. Monta tout droit. Aperçut la pancarte verte qui disait « Chess and checkers »… Tourna à droite et marcha, marcha encore. S’arrêta pour vérifier qu’elle n’avait pas le nez qui brillait ni le rimmel qui dégoulinait, referma d’un geste sec son poudrier bleu, se mouilla les lèvres, releva la tête et eut le souffle coupé. Devant elle, à une dizaine de mètres, se trouvait le petit pont en planches grises.

Elle franchit le pont et vit la cabane.

Une cabane de rondins gris avec un toit en toile d’araignée. Recouverte de branches et de feuillages. Une cabane ouverte à tous les vents de nord, d’est et de sud.

Elle entra dans la cabane et le vit.

Il était assis sur un banc et se penchait vers un écureuil à qui il tendait une cacahuète.

L’écureuil la vit et détala.

Gary se retourna.

— Hortense !

D’abord il eut l’air surpris. Puis il prit un air ombrageux et dit :

— Qu’est-ce que tu fais là ?

— Je passais…

Il la regarda, goguenard.

— Tu passais par hasard ?

— Je passais et j’ai eu envie d’entrer… Je me promène très souvent dans le parc, j’habite tout à côté… Sur Central Park South.

— Depuis un mois. Je le sais…

Il y avait un reproche dans sa voix. Un reproche qui disait tu es là depuis un mois et tu n’as pas essayé de me voir…

— Je sais ce que tu penses, dit Hortense.

— Tu es très forte alors…

— Ça, c’est vrai…

Elle le regarda, ôta ses lunettes noires, planta ses yeux dans les siens et articula en détachant chaque mot pour qu’il lui entre dans la tête et qu’il comprenne :

— Écoute-moi bien, Gary… Je n’ai jamais eu ton message quand tu es parti de Londres. Jamais. Il faut que tu me croies… C’est plus tard que j’ai su que tu voulais m’emmener avec toi… Et j’ai été très triste que tu partes sans rien me dire… Je t’en ai voulu beaucoup, beaucoup… Et pendant longtemps…

Il jouait avec les cacahuètes qui restaient dans le paquet, les écrasait entre ses doigts, les réduisait en poussière et les jetait à terre.

— Je sais que tu m’avais acheté un billet d’avion… Mais je ne l’ai su que récemment. J’étais si en colère que j’ai mis du temps à te pardonner. Je me disais que c’était la guerre, qu’on se faisait toujours la guerre, toi et moi, et puis, tout à coup, je n’ai plus eu envie de faire la guerre…

Il écrasa une cacahuète et la dépiauta avec ses dents. En croqua une autre et finit par dire :

— Tu as décidé que c’était la fin de la guerre et tu t’es dit, je vais aller voir ce vieux Gary, il doit être avec ses potes dans le parc…

— C’est à peu près ça… C’est ta mère qui m’a parlé des écureuils qui sont tristes le lundi…

— Et tu as trouvé la cabane par hasard…

— Non. J’ai cherché…

— Et tu cherches quoi, Hortense ?

Il y avait de la rage dans sa voix. Il raclait le sol avec le bout de sa chaussure et enfonçait les poings dans ses poches.

Elle se cala sur le rebord en planche de la cabane, déposa sa pochette et dit :

— Je me disais que j’aimerais bien savoir ce que ça faisait d’être dans tes bras…

Il haussa les épaules et allongea les jambes comme s’il était hors de question qu’il se mette sur ses deux pieds pour l’embrasser.

Hortense s’approcha de lui. S’agenouilla. Prit grand soin de ne pas le toucher. Et ajouta :

— Je voulais dire dans les bras d’un pianiste de la Juilliard School. De la fameuse Juilliard School de New York…

Gary tourna la tête vers elle et bougonna :

— Je peux te dire que ça fait le même effet que les bras de n’importe qui…

— C’est ce que tu crois… Mais, moi, par exemple, je ne sais pas… Puisque je n’ai jamais été dans les bras d’un pianiste de la célèbre Juilliard School de New York…

— Arrête, Hortense, c’est des conneries, tout ça…

— Peut-être… Mais tant que je n’aurai pas essayé, je ne pourrai rien dire… Et ça ne coûte rien d’essayer, non ?

Il haussa encore les épaules. Son regard l’évitait. Il était assis, pincé, hostile, méfiant.

— Tu veux que je me roule à tes pieds ? demanda Hortense.

— Non, dit-il en laissant échapper un sourire. Tu as une trop belle robe et tes cheveux brillent…

— Ah ! Tu as remarqué ? Tu ne m’en veux pas complètement alors ?

— Je t’en ai voulu beaucoup, moi aussi…

— On devrait faire la paix puisque on a été tous les deux floués…

— Facile à dire ! il marmonna. Tu oublies vite, moi pas !

Hortense se redressa et dit :

— Tant pis pour moi ! Je ne saurai jamais comment embrasse un garçon de la Juilliard School !

Elle remit ses lunettes noires, reprit sa pochette et laissant traîner un bras en arrière, fit mine de battre retraite. Se dirigea vers le parc, toujours en laissant traîner son bras au cas où il changerait d’envie comme si elle marchait toujours comme ça, nonchalamment, un bras en arrière…

Elle était sur le point de franchir la limite qui séparait l’ombre de la cabane et le grand soleil du parc quand elle sentit la main de Gary attraper son bras, les bras de Gary la ramener contre lui et la bouche de Gary se plaquer contre la sienne.

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