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Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:

Hortense est à Londres et c'est toujours hyper compliqué entre elle et Gary.
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
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— Tu peux lâcher la corde, Zoétounette ? T’es fatigante, tu sais…

— C’est que moi, j’aimerais bien que vous soyez ensemble… Y aurait Gaétan et Zoé, et Gary et Hortense. T’as vu nos deux amoureux, ils ont un prénom qui commencent par un G… C’est pas un signe, ça ?

— Arrête ! Arrête ! Ou je te saute à la gorge !

— Tu peux pas ! Tu peux pas ! Et je peux dire n’importe quoi ! Dis, Hortense, tu crois qu’elle est partie jeter des cailloux à Philippe, maman ?

Le lendemain, quand Hortense arriva au bureau, Frank Cook l’attendait. Il lui demanda de le suivre. Il voulait faire le tour des magasins Banana Republic avec elle. Qu’elle lui donne son avis sur les vitrines, la disposition des articles, l’ambiance dans les magasins. Hortense le suivit et monta avec lui dans la grande limousine climatisée.

— J’y connais rien, vous savez…

— Peut-être, mais vous avez du flair et des idées… J’ai besoin d’un œil extérieur. Vous avez travaillé pour Harrods. Je me suis renseigné, vos vitrines étaient fabuleuses, vous aviez proposé et illustré un concept, le détail, je voudrais que vous fassiez la même chose…

— J’avais eu tout le temps pour réfléchir, vous me prenez un peu de court…

— Je ne vous demande pas un rapport, mais vos impressions à vif…

Ils firent le tour des boutiques. Hortense lui donna son avis.

Il l’emmena prendre un café, l’écouta. Puis la reconduisit au bureau.

— Alors ? Alors ? demanda Sylvana, il t’a dit quoi ?

— Rien. Il ne m’a rien dit du tout. Il a écouté. On a été partout, j’ai dit exactement ce que je pensais… Elles sont mortes, ces boutiques ! Il n’y a pas de vie, pas de mouvement, on a l’impression d’entrer dans un musée. Les vendeuses sont en cire et si convenables. On a peur de les déranger. Les vêtements pendent sur des cintres, les tee-shirts et les pulls bien rangés, les vestes bien alignées… Il faut mettre de la vie là-dedans, donner aux gens la fringale de tout acheter, leur proposer des tenues toutes faites avec juste ce qu’il faut de folie pour les faire rêver. Les Américaines adorent qu’on les habille de pied en cap… En Europe, chaque fille se crée son look, ici, chaque fille veut choisir un uniforme pour ressembler à sa copine ou à sa chef. En Europe, tu veux te distinguer, ici tu veux ressembler…

— Toi, alors ! dit Sylvana. Et tu les trouves où toutes ces idées ?

— Je ne sais pas, mais ce que je sais, c’est que je vais augmenter mes prix… Ça vaut de l’or ce que je lui ai dit, ce matin…

Un dimanche matin, elle alla se promener à Central Park.

Il faisait beau. Les pelouses étaient jonchées de gens allongés sur des couvertures. Ils téléphonaient, mangeaient des pastèques, jouaient à des jeux sur leurs ordinateurs portables. Les amoureux se tournaient le dos. Des filles se limaient les ongles en racontant leurs histoires de bureau, une autre plus loin avait retroussé son jean et se peignait les ongles des pieds en faisant des abdominaux.

Des enfants jouaient au ballon…

D’autres au base-ball…

L’un d’eux portait un tee-shirt où était écrit « Parents à vendre, état usagé ».

Hortense aperçut des joueurs de boules habillés tout en blanc. Ils jetaient de larges boules en bois sombre sur un gazon immaculé et parlaient à voix basse, abrités sous leurs chapeaux blancs. Ils avaient une manière élégante de se baisser pour ramasser les boules et les lançaient d’un geste las comme s’il n’y avait pas d’enjeu ni de compétition.

So british…, se dit-elle en admirant leur désinvolture.

Et elle pensa à Gary. Elle ne voulait pas le reconnaître, mais elle cherchait le petit pont en planches grises et le sentier de graviers blancs.

Quand le soleil commença à descendre sur le parc, elle rentra chez elle. Elle prit une douche. Commanda des sushis par téléphone, mit un DVD de Mad Men, il lui restait la fin de la saison III à voir.

Don Drapper lui plaisait beaucoup…

So british, lui aussi

Il était trois heures du matin quand elle éteignit la télévision.

Elle se demanda où était ce foutu pont en planches…

Zoé la réveilla en pleine nuit.

— Encore toi ?

— C’est sérieux, là… Maman m’a appelée. Elle était avec Philippe dans une église. Elle chantait de bonheur. Elle m’a dit qu’elle était heureuse, heureuse et elle voulait que je sois la première à le savoir. Dis, tu crois qu’ils vont se marier ?

— Zoé ! T’as vu l’heure ? Il est six heures du matin ici !

— Oups ! Je me suis trompée en calculant !

— JE DORMAIS !

— Mais dis, Hortense, ça veut dire quoi qu’elle appelle d’une église ?

— Je m’en fiche ! Zoé ! Je m’en fiche… Laisse-moi dormir ! Je travaille demain !

— J’ai commencé un livre, disait Joséphine dans les bras de Philippe.

Ils s’étaient assis contre un platane sur la petite pelouse devant l’église.

— Tu l’écriras ici…

— Et puis il y a Zoé…

— Elle ira au lycée français…

— Elle a un amoureux…

— Je lui prendrai un abonnement sur Eurostar, elle ira le voir quand elle voudra… et il viendra aussi…

— Et Du Guesclin ?

— On le promènera dans le parc… Ils sont beaux, les parcs, à Londres…

— Et l’université ? Je ne peux pas tout laisser tomber…

— Paris est à deux heures de Londres, Joséphine ! Ce n’est rien… Arrête de dire non, tout le temps… dis-moi oui…

Elle releva la tête vers lui. L’embrassa.

Il la serra dans ses bras.

— Tu as encore beaucoup de questions comme ça ?

— Mais c’est que…

— Tu comptes finir ta vie toute seule ?

— Non…

— Toute seule, tu feras quoi ? Ce n’est pas toi qui disais que la vie était une valse et qu’il fallait danser avec elle ? demanda Philippe, la bouche dans les cheveux de Joséphine. Il faut être deux pour danser la valse…

— Oui…

— Alors valse avec moi, Joséphine, on a déjà trop attendu…

Un soir, ce devait être début août, Hortense était rentrée chez elle en refusant l’invitation à dîner de Julian qui voulait lui lire sa dernière nouvelle.

C’était l’histoire d’une fille qui avait beaucoup souffert dans son enfance et poignardait ses amants avec un couteau à beurre. Hortense n’était pas sûre de vouloir l’entendre. Elle avait décliné poliment.

Il faisait très chaud, le thermomètre affichait 88° F et 99 % d’humidité. Elle avait décidé de marcher de son bureau jusqu’à son appartement et avait hélé un taxi jaune au bout de trois blocs.

Elle avait pris une douche, s’était allongée sur le canapé beige avec un citron pressé, du miel et un broc de glaçons. Avait ouvert un livre sur Matisse pour étudier les couleurs et imaginer une ligne « salade de fruits » pour l’été prochain.

Elle tournait les pages en écoutant Miles Davis à la radio, sirotait son citron, dégustait les couleurs de Matisse. Voilà une soirée qui va être formidable, se disait-elle en levant son verre à la santé des Pilgrim Fathers qui la regardaient sur le mur de leur air sévère. J’ai bien droit à un peu de repos, leur dit-elle, j’arrête pas de travailler ! Je vais passer la soirée à ne rien faire…

À ne rien faire…

Elle s’enfonça dans le canapé beige, leva une jambe pour s’étirer, leva l’autre…

Resta la jambe en l’air…

Un sentiment de malaise s’était glissé en elle sans qu’elle s’en aperçoive. Son cœur se serrait, elle étouffait. Elle crut qu’elle était mal installée, se tourna et se retourna sur le canapé, et puis elle entendit les battements de son cœur qui s’amplifiaient, son cœur se mit à trépider et la chanson de la limousine, la chanson qui mélangeait New York et Gary recommença… New York, New York, Gary, Gary… Les mots tapaient comme sur une grosse caisse.

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