Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
Elle se redressa et dit tout haut il faut que je le voie…
Il faut absolument que je le voie !
Zoé a raison ! Il sait que je suis à New York, il sait que j’ai son adresse, il va croire que je ne veux pas le voir !
JE VEUX LE VOIR !
Je n’ai pas eu envie d’embrasser le nez pointu l’autre jour. Et pourtant il n’était pas mal du tout, mais plus je me rapprochais de lui, plus je pensais mais ce n’est pas Gary, ce n’est pas Gary ! et j’avais une envie folle d’embrasser Gary.
Embrasser Gary !
Elle but une gorgée de citron, accusa la chaleur, j’ai pris un coup de chaud en marchant. Je ne suis pas moi-même. Mais la chanson reprit, et cette fois-ci, il n’y avait plus New York, il n’y avait que Gary, Gary et ça faisait un bruit, mais un bruit… Ça tapait dans sa tête, dans sa poitrine, dans ses jambes.
Elle étouffait.
Elle se rejeta en arrière et reprit son souffle.
Elle se dit tout haut OK, je le reconnais, j’ai peur de le voir, j’ai peur de tomber amoureuse et je crois bien que ça y est ! Je suis amoureuse…
Je suis amoureuse de Gary.
Elle s’assit en tailleur, éplucha ses doigts de pieds. Le malaise devenait angoisse. Il y avait urgence.
OK, elle dit à voix haute, j’irai le voir… Demain, c’est lundi, je prendrai le temps, je trouverai une excuse pour ne pas aller au bureau, je dirai que j’ai besoin de travailler et d’être seule chez moi et j’irai le voir dans sa cabane à Central Park.
Je ferai celle qui se promène et qui tombe sur lui…
J’irai le voir comme par hasard dans sa cabane…
Comme par hasard…
J’aurai emprunté le sentier blanc de graviers, le pont en planches grises et j’entrerai dans la cabane.
Elle eut envie d’appeler Junior pour lui demander où se trouvait ce foutu pont en planches grises. Junior ! Junior ! Concentre-toi et dis-moi où se trouve le pont !
Elle n’appela pas.
Elle irait toute seule. Elle ne dérangerait pas Junior…
Elle entendit son cœur ralentir et se mettre à battre normalement.
Elle avait hâte d’être au lendemain…
À minuit et demi, le téléphone sonna.
Elle se leva et décrocha.
C’était Junior…
— Tu m’as appelé Hortense ?
— Non…
— Si tu m’as appelé. J’ai fait transistor avec toi et je t’ai entendue…
— Tu fais transistor ?
— Oui. Je suis de plus en plus fort ! Je vois ton bureau, je vois tes collègues, j’aime bien Julian…
— Il ne s’agit pas de Julian, Junior…
— Je le sais… C’est Gary, n’est-ce pas ?
— Oui, laissa tomber Hortense comme à regret. J’ai eu une crise d’angoisse, ce soir. Je me suis dit qu’il fallait absolument que je le voie et j’ai pensé à toi, c’est vrai…
— Fallait m’appeler !
— J’ai pas osé…
— Va le voir Hortense ! Vas-y ! Sinon tu vas tomber malade… Je vois une grosse maladie jaune avec plein de pus ! Tu vas somatiser…
— T’es sûr ?
— J’ai beaucoup réfléchi, Hortense. Il est bien, ce garçon, et tu seras heureuse avec lui. En fait tu l’aimes depuis longtemps… J’ai pas aimé le nez pointu.
— Tu l’as vu aussi ?
— Oui…
— Junior ! Tu vas arrêter de lire dans ma tête ! C’est très dérangeant !
— Oh ! Ça marche pas tout le temps… C’est juste quand tu penses à moi, ça me donne une fréquence, c’est tout. Mais quand tu ne penses pas du tout à moi, je n’y arrive pas…
— J’aime mieux ça…
— Alors t’iras le voir ?
— Oui. Demain, c’est lundi…
— C’est bien…
Il restèrent silencieux un long moment. Elle entendait son souffle. Il voulait lui dire quelque chose encore.
— Marcel a parlé à Chaval et Henriette ? demanda Hortense pour rompre le silence.
— Oui et ça a été grandiose ! Les événements se sont précipités. Le monde va aller à toute allure maintenant. Il va falloir s’accrocher. Les changements annoncés se précisent. C’est pour cela qu’il ne faut pas perdre de temps…
— Et alors ? Raconte…
— Henriette est dépouillée ! Mon père a été intraitable. Il l’a même virée de l’appartement. Il s’est aperçu que le bail arrivait à terme et il ne l’a pas renouvelé. Il lui a juste laissé sa pension alimentaire. Et tu sais ce qu’elle a fait ? Elle a pris la loge de la concierge !
— La loge de la concierge !
— Quand je te disais qu’elle était vigoureuse et pleine de sève encore ! Les concierges ont donné leur démission pour suivre leur fils qui va faire des études dans une banlieue lointaine et elle s’est dit que la loge serait un moyen sûr de faire des économies. Logée, chauffée, le téléphone payé, et tous les propriétaires à racketter ! Je peux te prédire qu’elle va faire régner la terreur. Tu veux que je te dise, cette femme force mon admiration.
— Et Chaval ?
— Chaval est à terre. Il a perdu sa vieille mère et sa tête avec !
— Elle est morte d’un coup ?
— Écrasée par une voiture avenue de la Grande-Armée ! Un fils de diplomate qui a brûlé un feu rouge. Chaval sanglote encore… Alors quand père l’a convoqué pour lui signifier qu’il était fini, il n’a rien dit. Il paraît qu’il pleurait sur sa chaise et demandait pardon ! Une lavette ! Une vraie lavette !
— Et la Trompette ?
— Elle l’a recueilli et il habite chez elle maintenant… Elle est vaporisée de bonheur et en devient presque charmante… Elle a montré une photo à papa : Chaval en djellaba dans la rue de Pali-Kao qui la tient dans ses bras !
— C’était donc ça, la djellaba !
— La triste fin d’un triste sire !
— Mais c’est allé à toute allure, cette histoire !
— Le temps est en train de s’accélérer Hortense. Nous changeons de monde. Tu vas voir… Nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Tout va évoluer à toute vitesse… C’est pour cela qu’il faut que tu changes toi aussi et que tu reconnaisses que tu es amoureuse de Gary…
— J’ai peur, Junior, je crève de peur…
— Il faut que tu dépasses ta peur. Sinon, tu vas rester la même et te répéter… Et c’en sera fini de toi. Tu ne voudrais pas te répéter, Hortense chérie… Toi qui n’as jamais peur, ne crains pas de te laisser aller. Apprends à aimer, tu vas voir, c’est formidable…
Ce fut au tour d’Hortense de rester silencieuse. Elle lissait ses cheveux ébouriffés, jouait avec la page d’un livre qu’elle écornait d’un doigt et demanda :
— Et comment on fait, Junior ? Comment on fait ?
— D’abord tu vas trouver le pont en planches grises et tu vas te rendre à la cabane… Et après, tu verras, tout se passera très bien…
— Mais elle est où, cette foutue cabane ? Je me suis promenée l’autre jour dans le parc et je l’ai pas trouvée…
— C’est très simple. Je suis allé sur Google Earth et j’ai vu le chemin. Il faut que tu entres par l’entrée du parc qui se trouve en face de ton immeuble… Ensuite, tu prends la grande allée, au bout de cinq cents mètres, tu apercevras un kiosque qui vend des beignets et des boissons. Là, tu tourneras à gauche et tu monteras tout droit… Jusqu’à une grande pancarte verte qui dit « Chess and checkers »… Tu tournes à droite et tu apercevras le petit pont en planches. Après, c’est toujours tout droit…
— Mais tu ne feras pas transistor, promis ? Ça me couperait mes moyens. Déjà que ça va être difficile…