Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
Zoé l’appelait.
— Alors, tu as vu Gary ?
— Pas encore… J’ai du boulot par-dessus la tête !
— Menteuse ! T’as peur !
— Non, j’ai pas peur…
— Si. T’as peur sinon tu l’aurais vu tout naturellement… Tu connais son adresse, tu serais allée traîner sous ses fenêtres et tu aurais appuyé sur le bouton. Il a dû mettre son nom sur le bouton. Gary Ward. Eh bien ! tu appuies sur Gary Ward et le tour est joué…
— Arrête Zoé !
— C’est que t’as peur… Tu fais ta terroriste, mais tu meurs de trouille !
— Tu n’as rien d’autre à faire que de me harceler au téléphone ?
— On s’en fiche, c’est gratuit ! Et puis je suis toute seule… Mes copines sont en vacances et je m’ennuie…
— Tu ne pars pas ?
— Je pars en août. Je vais chez Emma à Étretat. Et je verrai Gaétan parce qu’il y sera aussi ! Et toc ! J’ai pas peur, moi !
Nicholas demandait :
— Alors t’as trouvé ?
— J’ai trouvé quoi ?
— L’idée de génie qui va faire que tu te détaches du lot… Qu’on te donne un bureau rien qu’à toi pour que tu travailles dans le calme…
— Ça n’existe pas, ce truc-là ! C’est que dans les films !
— C’est que tu n’as pas encore trouvé LE truc !
— Arrête de me mettre la pression ou je ne vais jamais trouver ! Et puis ici, y a pas de bureau pour les génies. On est tous ensemble et on travaille en jacassant. Ils arrêtent pas de jacasser, d’ailleurs. Ça me gonfle !
— Je te fais confiance, sweetie. Londres s’ennuie de toi…
Elle ne s’ennuyait pas de Londres.
Elle aimait tout ici. Le chemin qu’elle faisait le matin pour aller au bureau. Le taxi jaune qu’elle prenait quand il faisait trop chaud et qu’elle dégoulinait de sueur au feu rouge en tâtant le bitume mou du bout de sa ballerine Repetto. Le Chrysler Building, le Citycorp, les cahutes qui vendaient des hot-dogs et des fruits au coin des rues, les joueurs de saxo qui réclamaient des pièces en se tordant sur les touches, les colporteurs qui vendaient des sacs Chanel ou Gucci à cinquante dollars, les Pakistanais qui étendaient sur le trottoir de longs foulards multicolores et les repliaient en vitesse dès que les flics arrivaient.
Et même l’eau chaude noire qui se prétendait café et n’avait que le goût d’eau chaude…
Dans le grand bureau sur la 42e Rue, elle mâchait en silence ses mèches de cheveux et dessinait.
Elle avait apporté ses carnets de croquis de Paris. Avait préparé des tenues, des petits tailleurs, des robes noires étroites, des pulls courts trapèze qui dénudent le nombril et des pulls longs trapèze pour celles qui ne veulent pas montrer leur nombril. Frank Cook se penchait sur ses dessins. Pour chaque tenue, on fera deux versions, expliquait Hortense, une version pour femme liane et une version pour femme pas liane !
Il fronçait les sourcils et disait développez ! développez !
— Comme ça, quand la femme pas liane verra le modèle pour femme liane, elle achètera les deux et se mettra au régime ! Les femmes adorent faire des régimes et s’imaginer minces quand elles sont rondes…
Frank approuvait et c’était parti.
Des idées, elle en avait tout le temps…
Il lui suffisait de marcher dans les rues de New York, d’entendre les sirènes des ambulances, les cris des coursiers à vélo qui fonçaient sur elle, d’observer les bus en tôle argentée, les drapeaux qui flottaient sur les hôtels et les musées, les parcmètres arrondis, les façades des buildings en verre. Il y avait dans cette ville une énergie qui sortait de la terre, s’ancrait dans les pieds, remontait dans les reins, remontait jusqu’à la tête et finissait en un geyser d’idées.
Elle se disait qu’elle ne pourrait plus jamais partir…
New York était sa ville.
Elle repensait à ce que disait Julian un jour, tu trouveras l’endroit, les choses et le garçon… Tout viendra ensemble. Et tu te diras, c’est là, ma place.
Alors elle posait son crayon et pensait à Gary.
Un soir, elle embrassa un garçon. Il s’appelait José. C’était un merveilleux mélange de peau mate et d’yeux verts brillants. Il portait des costumes en lin blanc et marchait en gardant les mains dans ses poches et en roulant des hanches.
— Tu ne marches pas, lui dit Hortense, tu danses la rumba !
Il venait de Porto Rico et voulait devenir acteur. Il racontait comment les femmes dans son île faisaient des efforts pour se mettre sur leur trente-et-un, aussi bien les vieilles que les jeunes, les pauvres que les jolies, il ajouta en lui prenant la main que les enfants portaient des rubans de couleur dans leurs cheveux, qu’ils dansaient dans la rue et que cela faisait des arcs-en-ciel si on les aspergeait d’eau.
Cela donna une idée de lunettes à Hortense et elle lui en fut reconnaissante.
Ils avaient dîné sur Broadway et remontaient la 7e Avenue.
Il lui parla encore de son île et de Barceloneta où vivait sa famille. Elle aima les O et les A dans sa bouche et les syllabes qui s’enfilaient dans sa gorge. Elle eut envie de danser et ils allèrent danser.
Il la raccompagna à pied chez elle. Elle lui proposa de monter voir les gratte-ciel.
Elle n’aima pas sentir son nez pointu contre sa bouche. Elle le mit à la porte. Et alla se coucher sans se démaquiller. Elle n’aimait pas ça, mais elle était fatiguée.
Au petit matin, Zoé l’appela et demanda :
— Alors, alors… ? T’as vu Gary ?
— Alors, rien du tout ! Tu m’embêtes !
— Nananère ! Tu as peur ! Tu as peur ! Ma sœur intrépide recule devant un garçon qui joue du piano et parle aux écureuils…
Elle lui raccrocha au nez.
Elle se démaquilla avec un reste de lait Mustela qu’avait laissé une précédente occupante. Alluma une bougie parfumée trouvée sur une étagère. Ouvrit la porte du frigidaire et se retrouva nez à nez avec la petite Indienne du beurre Land O’ Lakes.
— Qu’est-ce que tu penses de tout ça, toi ?
La petite Indienne souriait, mais ne répondit pas.
Le lendemain, elle dessina une paire de lunettes psychédéliques et les baptisa « Barcelonita ».
Un soir, Zoé téléphona et dit :
— Du Guesclin a vomi, je fais quoi ?
— Tu demandes à maman. Je suis pas vétérinaire… Tu devrais dormir à cette heure !
— Maman est pas là… Elle est partie pour Londres, il y a deux jours. Elle m’a dit qu’elle partait jeter des petits cailloux… Tu trouves pas qu’elle est bizarre depuis quelque temps ?
— Tu es toute seule à la maison ?
— Non, y a Shirley… Mais elle est sortie. Elle est venue passer une semaine à Paris avec Oliver. Et, quand maman est partie pour Londres, elle est restée pour me garder, maman ne voulait pas me laisser toute seule…
— Ah ! Shirley est là…
— Oui, et elle est toute contente parce que Gary l’a appelée… Ça faisait des mois qu’ils se parlaient plus, il paraît ! Alors elle voit la vie en rose. Elle est rigolote ! On mange des pizzas et des glaces !
— Shirley te fait manger des pizzas et des glaces ?
— Elle est en pleine lévitation, je te dis… Elle a dit à Gary que tu étais à New York ! Il va falloir que tu l’appelles. Parce que sinon, Hortense, ça va être terrible, il va croire que tu ne l’aimes pas…