Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
Parfait, se dit-elle. Le temps de défaire mes bagages, de prendre une douche et de me faire un café. Elle n’était pas fatiguée, elle était terriblement excitée et ne tenait pas en place.
Elle ouvrit le frigidaire et trouva un pot de peanut butter, une bouteille de jus d’orange, du pain de mie en sachet, deux citrons et du beurre Land O’ Lakes en plaquette avec une petite Indienne qui souriait sur l’emballage. La petite Indienne se détachait sur une prairie verte, verte et un lac bleu, bleu. Elle avait l’air amical et doux. Deux grands yeux noirs, une plume sur la tête, deux tresses noires, un bandeau turquoise et une robe de squaw tirée à quatre épingles. Hortense lui cligna de l’œil et dit Nice to meet you, petite Indienne ! Elle avait envie de dire des bêtises. Elle alluma la télé. C’était l’heure des informations locales. Les journalistes parlaient à toute allure et elle ne comprenait rien. Elle écouta le journal en entier. C’était un drôle d’accent, l’accent américain. Un accent nasillard qui trouait les tympans. Elle eut envie de leur arracher les végétations et éteignit la télévision.
Frank Cook vint la chercher à sept heures sonnantes.
Il lui demanda si elle avait besoin de quelque chose.
— Un énorme hamburger et un Coca ! répondit-elle en le regardant droit dans les yeux.
Il l’emmena chez PJ Clarke’s à l’angle de la 3e Avenue et de la 55e Rue. Le plus vieux bar de New York, un immeuble d’un étage en briques rouges construit en 1898, les meilleurs chilis et des hamburgers moelleux servis dans des petits paniers avec des frites qui débordaient et des cercles d’oignons frits qui avaient le goût de bonbons. On y jouait des vieux disques dans un vieux juke-box. Les filles arboraient des brushings blonds et des dents blanches, les hommes buvaient de hautes bières en retroussant leurs manches. Les nappes étaient en vichy rouge et blanc, les serviettes aussi, des abat-jour rouges répandaient une lumière douce.
Elle décida que ce serait sa cantine.
Elle commençait tous les matins à dix heures pile.
Frank Cook lui avait montré sa place dans le grand bureau paysager. Une grande table à dessin contre la fenêtre, des règles, des crayons, une équerre, un compas, des gommes, des feutres de couleur, des peintures pour aquarelles, de la gouache, des feuilles blanches épaisses, des blocs quadrillés. Ils étaient une dizaine à dessiner des modèles qui partiraient pour l’atelier et se retrouveraient sur les portants des magasins. Elle n’avait aucune autre contrainte que de trouver des tenues qui feraient le succès de la ligne.
— Lâchez-vous, dessinez, inventez… Je ferai le tri ! lui dit-il, après l’avoir présentée aux autres filles et garçons qui, comme elle, tiraient des traits et posaient des couleurs.
Il y avait Sally, une gentille lesbienne, qui la mangeait des yeux et dessinait des accessoires. Elle lui proposa, le premier jour, de venir déjeuner avec elle. Puis de lui faire ses courses et son ménage. Hortense lui répondit très gentiment qu’elle n’aimait pas les femmes ou plutôt précisa-t-elle, en apercevant une ombre dans le regard bleu de Sally, je n’aime pas dormir avec une femme, je ne saurais pas quoi faire de son corps, de quel côté le prendre ! Mais je ferai tout ! répondit Sally, tu verras, je te ferai changer d’avis. Elle la remercia très poliment et ajouta que ça ne changerait rien entre elles, qu’elles pourraient toujours déjeuner ensemble.
— Je n’ai rien contre les lesbiennes, ajouta-t-elle pour atténuer son refus. Et je trouve que les gens devraient pouvoir épouser des hommes ou des femmes comme ça leur chante. L’amour devrait tout permettre. Et si jamais quelqu’un tombe amoureux d’un chat de gouttière eh bien ! Il devrait pouvoir l’épouser… Moi, ça ne me gênerait pas du tout.
L’exemple devait être mal choisi parce que Sally se rembrunit.
— Oh ! Je vois, dit-elle, tu te trouves supérieure à moi… Les gens aiment toujours trouver quelqu’un avec qui se comparer pour se trouver supérieur… Ça les rassure, ça leur donne de l’importance.
Hortense renonça à se justifier et reprit ses crayons de couleur.
Il y avait Hiroshi, un Japonais qui souffrait de la chaleur. Il passait son temps libre à prendre des douches. Il ne supportait pas la moindre odeur corporelle. Il s’épilait le torse et les épaules et demanda à Hortense ce qu’elle pensait de sa pilosité et de sa propreté. Hortense déclara qu’elle aimait bien que les hommes aient une petite odeur corporelle. Une petite odeur bien personnelle afin que, lorsque tu plonges le nez dans leur cou avec les yeux fermés, tu saches tout de suite à qui tu as affaire. Et comme il la regardait, dégoûté, elle ajouta une petite odeur bien propre.
Il détourna la tête.
Paul, un Belge albinos, qui mangeait tout le temps et faisait un bruit de broyeur… Son bureau était couvert de miettes de thon, de bacon, de rondelles de tomate et de concombre. Il avait toujours à portée de main un énorme pot de pop-corn et y plongeait les mains comme s’il allait se les laver. Il se coupait les doigts avec son cutter et s’essuyait le front ensuite, ce qui lui faisait de larges traces rouges sur le visage…
Elle décida de garder ses distances.
Sylvana, une Roumaine aux longs cheveux noirs et brillants, qu’ils appelaient Pocahontas. Elle n’aimait que les hommes vieux, très vieux et gentils, très gentils. Qui tu préfères entre Robert Redford et Clint Eastwood ? elle demandait en dessinant un tee-shirt avec des perles. Aucun des deux ! disait Hortense. Moi, reprenait Sylvana, mon homme idéal, c’était Lincoln, mais il est mort…
— Si on parle de morts, interrompait Sally, alors je choisis Garbo…
Julian, un grand brun ténébreux qui écrivait des livres. Il hésitait entre dessiner et écrire et voulut à tout prix qu’Hortense lise ses nouvelles.
— Tu as déjà couché avec un écrivain ? il disait un suçant le bout de son crayon.
— Je déteste les gens curieux…
— Eh bien ! Tu devrais coucher avec moi, parce que quand je serai célèbre, tu pourras te vanter de m’avoir connu et peut-être même d’avoir inspiré un de mes récits… Tu pourras même dire que tu as été ma muse !
— Tu as déjà été publié ? demandait Hortense.
— Une fois… dans une revue littéraire…
— Et ça t’a rapporté de l’argent ?
— Oui. Un peu… Mais pas de quoi vivre… c’est pour ça que je dessine.
— Moi, je ne sors qu’avec des hommes qui ont du succès, disait Hortense pour mettre un point final à ses questions. Alors oublie-moi !
— Comme tu veux…
Le lendemain, il revenait à la charge :
— Tu as un ami, toi ? Un ami de cœur…
Hortense répéta qu’elle détestait qu’on lui pose des questions personnelles. C’était comme si on glissait une main dans sa culotte. Elle se cabrait et refusait de répondre.
— Tu veux rester indépendante et libre ? disait Julian en taillant son crayon.
— Oui…
— Mais un jour, n’empêche, un jour tu sauras…
— Je saurai quoi ?
— Un jour, tu trouveras le garçon à qui tu auras envie d’appartenir…
— Conneries ! disait Hortense.
— Non. Tu trouveras l’endroit, les choses et le garçon… Tout viendra ensemble. Et tu te diras, c’est là, ma place. Parce que tout se mettra dans le bon ordre et qu’il y aura une petite voix en toi qui te le dira…
— Tu l’as trouvée, toi, la fille à qui tu veux appartenir ?
— Non, mais je sais qu’un jour ce sera comme une évidence. Et ce jour-là aussi, je saurai si je veux écrire ou dessiner…
Quand elle en avait marre de toutes ces questions, qu’elle voulait juste entendre le silence dans sa tête et le bruit de New York, elle allait manger un hamburger chez PJ Clarke’s. Ça la calmait immédiatement. Elle avait le sentiment que rien de mauvais ne pourrait lui arriver. Et elle avait le sentiment aussi de vraiment appartenir à la ville. C’était un établissement classe. Les serveurs portaient de longs tabliers blancs, des nœuds papillons, ils l’appelaient Honey !, lui déposaient son panier de frites en disant Enjoy et ajoutaient, sur le côté, une portion d’épinards à la crème. Elle écoutait les vieux disques du juke-box et se vidait la tête de toutes les questions qui l’embarrassaient.