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Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]

Электронная книга - «Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]». Краткое содержание книги:

Scott Warden était là à Chumphon, Thaïlande, quand le premier chronolithe est apparu : un obélisque de plus de cent mètres de haut, d’un bleu impossible, gelant un paysage de jungle dévasté ; un monument commémorant une victoire, celle du seigneur de la guerre Kuin, victoire qui n’aura lieu que dans vingt ans et trois mois. Mais qui est Kuin ? Un tyran, le sauveur d’une humanité à la dérive, un extraterrestre aux traits indubitablement asiatiques, un futur dirigeant chinois, une rumeur qui, grâce à la turbulence Tau, deviendra réalité ? Et que sont réellement ces chronolithes qui ravagent le monde ? C’est à toutes ces questions que Scott et son ancien professeur de physique, Sulamith Chopra, devront répondre, non sans avoir à parcourir le globe, de Chumphon à Jérusalem, du Mexique au Wyoming.
Après Darwinia, voici le second roman de Robert Charles Wilson dans la collection Lunes d’encre, un thriller temporel comme vous n’en jamais lu, qui a valu à son auteur une nomination méritée au prestigieux prix Hugo.
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« Le plus stupéfiant, a commencé Sue, est la quantité de ce que nous n’avons pas appris sur les Chronolithes en dépit de toutes ces années écoulées depuis Chumphon. Tout ce que nous pouvons faire, c’est les caractériser un peu. Nous savons par exemple qu’il est impossible de renverser une pierre de Kuin, y compris en sapant ses fondations, parce qu’elle se maintient dans une orientation précise, à une distance fixe du centre de la Terre, même s’il lui faut pour cela flotter dans l’air. Nous la savons spectaculairement inerte, nous savons qu’elle a un indice de réfraction donné, nos inspections nous ont appris qu’elle a plus probablement été moulée que sculptée, etc., etc. Mais rien de tout cela ne relève d’une véritable compréhension. Nous comprenons les Chronolithes de la manière dont un théologien du Moyen-âge comprendrait une automobile. C’est lourd, les garnitures chauffent si on les laisse au soleil, il y a des pièces pointues et d’autres non. Certains de ces détails peuvent avoir de l’importance, la plupart n’en ont sans doute pas, mais on ne peut les éliminer sans s’appuyer sur une théorie globale. Ce qui est précisément ce dont nous manquons. »

Nous avons hoché la tête avec sagesse, comme d’habitude lorsque Sue se lançait dans des explications.

« Certains détails ont pourtant plus d’intérêt que d’autres, a-t-elle continué. Nous avons par exemple plus ou moins la preuve qu’il se produit une augmentation graduelle et progressive de la radiation de bruit de fond locale au cours des semaines précédant la manifestation d’un Chronolithe. Augmentation qui n’a rien de dangereux, mais est parfaitement mesurable. Les Chinois ont un peu creusé la question, à l’époque où ils nous communiquaient encore le résultat de leurs recherches. Et puis les Japonais ont eu un coup de pot.

« Ils ont toujours un réseau de stations de mesure de radioactivité en service autour de leur réacteur à fusion Sapporo/Technics. Tokyo tentait de repérer la source de tout ce rayonnement parasite dans les jours précédant l’apparition du Chronolithe. Les mesures ont atteint un maximum à l’arrivée du monument, et ont très vite retrouvé ensuite un niveau normal.

Ce qui signifie, a expliqué Ray Mosely comme s’il servait d’interprète à des idiots, que si nous ne pouvons empêcher l’arrivée d’un Chronolithe, nous pouvons plus ou moins la prévoir.

— Et avertir la population, a ajouté Sue.

— Ça semble prometteur… si on sait où regarder, ai-je dit.

— Ouais, c’est là que le bât blesse, a admis Sue. Mais il y a beaucoup d’endroits où on surveille la radioactivité ambiante. Et Washington s’est arrangé avec un certain nombre de gouvernements amis pour qu’on mette en place des détecteurs dans les principales zones urbaines. D’un point de vue protection civile, cela signifie que nous pourrons faire évacuer.

— Mais nous, est intervenu Ray, cela nous intéresse plutôt d’y être. »

Sue lui a jeté un regard sévère, comme s’il lui avait volé sa chute.

« Ce ne serait pas un peu dangereux ? ai-je demandé.

— Pouvoir enregistrer l’événement, obtenir des mesures précises de l’explosion produite par l’arrivée, assister à l’intégralité du processus… serait d’une valeur inestimable.

— Y assister de loin, j’espère, a glissé Morris Torrance.

— Nous pouvons minimiser tout danger physique.

— C’est pour bientôt ? ai-je voulu savoir.

— Nous partons dans un jour ou deux, Scotty, et ça sera peut-être un peu juste. Je sais que le délai est court. Nos avant-postes sont déjà prêts et nous avons des spécialistes sur place. Tout laisse penser à une grosse manifestation dans une quinzaine de jours maximum. Les journaux devraient titrer sur l’évacuation dès ce soir.

— Et nous allons à… ?

— Jérusalem », a dit Sue.

Elle m’a donné une journée pour boucler mes valises et mettre de l’ordre dans mes affaires. J’en ai profité pour prendre ma voiture et partir.

7

Un jour, alors que j’avais dix ans, je suis rentré à la maison et j’y ai trouvé ma mère en train de récurer la cuisine. La situation ne m’a pas du tout semblé anormale… jusqu’à ce que j’observe ma mère d’un peu plus près (j’avais déjà appris à l’observer soigneusement).

Ma mère n’était pas très belle, et je crois que je le savais déjà, de cette manière dont les enfants sentent vaguement ce genre de choses. Son visage dur et étroit faisait de ses sourires autant d’événements mémorables. Le soir, dans mon lit, je me repassais ses rires dans ma tête. Elle venait d’avoir trente-cinq ans, ne se maquillait jamais et négligeait certains matins de se brosser les cheveux, ce qui ne se voyait pas trop grâce aux reflets naturels de sa chevelure brune.

Elle détestait acheter des vêtements. Elle portait toujours les siens jusqu’à ce qu’ils deviennent littéralement immettables. Il m’arrivait de me sentir gêné qu’elle m’emmène faire les courses, parce qu’on voyait la bretelle de son soutien-gorge par un trou de cigarette sur le côté de son pull bleu, ou une décoloration de la forme de la Californie qui descendait sous l’épaule droite de son chemisier jaune.

Si je lui en parlais, elle me regardait sans piper mot et rentrait à la maison enfiler quelque chose de vaguement plus présentable. Mais j’avais horreur de lui en parler car cela me donnait l’impression d’être un petit saint efféminé, le genre de Garçon Qui Se Soucie Des Vêtements, ce que je n’étais en rien. Seulement, je ne voulais pas des regards obliques dans les allées du supermarché.

Ce jour-là, quand je suis rentré, elle portait un blue-jean et une chemise de mon père trop grande pour elle. Elle avait les bras enfoncés jusqu’aux épaules dans des gants de caoutchouc jaune qui masquaient, cela m’a échappé sur le moment, un certain nombre de griffures assez profondes pour saigner. C’était sa tenue de ménage, et elle avait travaillé d’arrache-pied : la cuisine empestait le Lysol, l’ammoniaque et une demi-douzaine des détergents et désinfectants qu’elle remisait dans le placard sous l’évier. Elle s’était attaché les cheveux sur la nuque avec un bandana et se concentrait sur le sol carrelé. Il a fallu que je pose bruyamment la boîte de mon déjeuner sur le comptoir pour qu’elle me voie.

« Ne reste pas dans la cuisine, a-t-elle dit d’une voix blanche. C’est ta faute.

— Ma faute ?

— C’est ton chien, non ? »

Elle parlait de Chuffy, notre springer, et je me suis mis à avoir peur… moins à cause de ses paroles que de la manière dont elle les avait prononcées.

Elle me souhaitait bonne nuit de la même manière. Tous les soirs, elle entrait dans ma chambre, se penchait sur mon lit, ajustait le drap de coton et la couverture matelassée, puis déposait un baiser sur le bout de ses doigts qu’elle frottait ensuite sur mon front. Et neuf fois sur dix, je trouvais cela aussi réconfortant que cela en a l’air. Mais certains soirs… certains soirs, peut-être qu’elle avait un peu bu, elle se courbait sur moi en dégageant, comme un poêle à charbon dégage de la chaleur, une odeur féroce de sueur et d’alcool, et elle avait beau prononcer les mêmes mots, les mêmes « Bonne nuit, Scotty, dors bien », elle avait l’air de jouer un rôle, et ses doigts sur ma peau étaient froids et rêches. Ces soirs-là, je tirais la couverture sur ma tête et je comptais les secondes (mille un, mille deux) jusqu’à ce que le bruit de ses pas s’évanouisse dans le couloir.

C’est cette même voix qu’elle avait ce jour-là. Ses yeux étaient trop écarquillés et sa bouche restait pincée en une ligne étroite, et je me suis douté qu’en l’approchant je sentirais cette même puanteur saumâtre et repoussante de plage à marée basse.

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