Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2003
- Язык: французский
- Год: Deno
- ISBN: 2-207-25316-3
- Переводчик: Gilles Goullet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]». Краткое содержание книги:
Après Darwinia, voici le second roman de Robert Charles Wilson dans la collection Lunes d’encre, un thriller temporel comme vous n’en jamais lu, qui a valu à son auteur une nomination méritée au prestigieux prix Hugo.
— En tant que quoi ? Prisonnier ?
— Pas vraiment. Je ne plaisantais pas à propos de ton travail, Scotty. En termes de culture de code, c’est vraiment chouette. Et très, très pertinent. Ça n’en a peut-être pas l’air, mais ce dont je me suis occupée ces derniers temps concerne en grande partie la modélisation de l’effet d’anticipation sur le comportement de masse. L’application d’un feedback et la théorie de la récurrence à la fois sur les événements physiques et sur le comportement humain.
— Je ne suis qu’un pisseur de code, Sue. Je cultivais des algorithmes que je ne prétends pas comprendre.
— Tu es trop modeste. C’est un travail capital. Et franchement, ce serait bien plus sympa si tu le faisais pour nous.
— Je ne comprends pas. Qu’est-ce qui vous intéresse, mon travail ou ma présence à Chumphon à l’époque ?
— Les deux. Je les soupçonne d’être liés.
— Ce n’est pourtant qu’une coïncidence.
— Au sens conventionnel du terme, oui, mais… oh, Scotty, c’est bien trop compliqué à expliquer au téléphone. Il faut que tu viennes me voir.
— Sue…
— Tu vas me dire que tu as l’impression que je t’ai mis la tête dans le mixeur. Que tu ne peux pas prendre une décision comme ça, en pyjama, à boire une cannette de bière tout en te désolant sur ton sort. »
J’étais en jean et en sweat-shirt, mais à part ça, elle avait mis dans le mille.
« Alors ne décide pas, a-t-elle intimé. Mais viens me voir. Viens à Baltimore. À mes frais. On pourra en discuter. Je m’occuperai de ton voyage. »
Une des principales caractéristiques de Sulamith Chopra, c’est que quand elle disait qu’elle allait faire quelque chose, elle le faisait.
La récession avait frappé plus durement à Baltimore qu’à Minneapolis/Saint Paul. La ville s’en était sortie sans problème dans les premières années du siècle, mais le centre-ville avait vite perdu ensuite ce lustre de prospérité, s’était petit à petit transformé en un ensemble de devantures vides, d’écrans à plasma brisés, de panneaux d’affichages criards rendus pastel par le soleil et les intempéries.
Sue s’est garée derrière un petit restaurant mexicain et m’a accompagné à l’intérieur. Le personnel l’a reconnue et l’a saluée par son nom. Le costume de notre serveuse lui donnait l’air de sortir d’une mission du XVIIe siècle, ce qui ne l’a pas empêchée de nous énumérer les plats du jour avec un accent heurté de Nouvelle-Angleterre. Elle a adressé à Sue un sourire qui rappelait celui d’un métayer à un propriétaire bienveillant : j’en ai déduit que Sue ne lésinait pas sur les pourboires.
Nous avons discuté un moment de tout et de rien : des événements actuels, de la crise d’Oglalla, du procès Pemberton. Sue essayait de retrouver le ton de notre relation, cette intimité familiale qu’elle avait établie avec tous ses étudiants à Cornell. Elle n’avait jamais aimé être traitée en figure d’autorité. Elle ne s’en remettait à personne et ne supportait pas qu’on s’en remette à elle. Elle était assez vieux jeu pour imaginer les scientifiques au travail comme des plaignants munis des mêmes droits face à la barre absolue de la vente.
Depuis Cornell, m’a-t-elle appris, le projet Chronolithe l’avait accaparée de plus en plus, jusqu’à devenir toute sa carrière. Elle avait publié d’importants articles théoriques durant cette période, mais jamais sans l’imprimatur de la sécurité nationale. « Et notre travail le plus important ne peut être publié, de peur de mettre l’arme entre les mains de Kuin.
— Tu en sais donc bien plus que ce que tu peux dire.
— Oui, bien plus… mais pas assez. » La serveuse a apporté du riz et des haricots. Sue s’est plongée dans son assiette en fronçant les sourcils. « Je suis aussi au courant pour toi, Scotty. Tu as divorcé de Janice, ou vice versa. Ta fille vit maintenant avec sa maman. Janice s’est remariée. Pendant cinq ans, tu as effectué à Campion-Miller un travail de qualité mais dans un domaine extrêmement limité, ce qui est honteux, parce que tu es une des personnes les plus brillantes que je connaisse. Pas un génie du genre en chaise roulante, mais brillant. Tu peux faire mieux.
— C’est ce qu’on écrivait toujours sur mon bulletin scolaire : « peut mieux faire ».
— Tu as réussi à t’en remettre, pour Janice ? »
Sue posait des questions intimes avec la brusquerie d’un agent du recensement. Je ne crois pas qu’il lui soit jamais venu à l’esprit qu’on puisse s’en offusquer.
Aussi ne s’en offusquait-on pas.
« En gros, oui, ai-je répondu.
— Et votre fille ? Kaitlin, c’est ça ? Mon Dieu, je me souviens quand Janice était enceinte. Avec son gros ventre. On aurait dit qu’elle avait planqué une Coccinelle Volkswagen sous ses vêtements.
— Kait et moi nous entendons bien.
— Tu aimes toujours ta fille ?
— Oui, Sue, j’aime toujours ma fille.
— Bien entendu. C’est tellement toi. » Elle a eu l’air sincèrement ravie.
« Et toi, à propos ? Tu as quelque chose en cours ?
— Eh bien, je vis seule. Je vois bien quelqu’un de temps en temps, mais ce n’est pas vraiment une relation. » Sue a baissé les yeux avant d’ajouter : « Elle est poète. Le genre de poète qui travaille dans un magasin. Je ne me résous pas à lui apprendre que le FBI a déjà mis le nez dans sa vie. Elle en sauterait au plafond. De toute façon, elle voit aussi d’autres personnes. Nous ne sommes pas monogames. Plutôt polyamoureux. Et surtout, nous sommes à peine ensemble. »
J’ai levé mon verre. « Drôle d’époque.
— Drôle d’époque. Skol. Au fait, j’ai vu que tu ne parlais pas à ton père. »
J’ai failli m’étouffer.
« J’ai eu le relevé de ta ligne téléphonique sous les yeux, a-t-elle expliqué. C’est lui qui appelle, et cela ne dure jamais plus de trente secondes.
— On fait un concours. Pour gagner, il faut raccrocher le premier. Merde, Sue, ce sont des appels privés.
— Il est malade, Scotty.
— Vas-y, dis-moi tout.
— Non, vraiment. Tu savais pour son emphysème, j’imagine. Mais il a consulté un oncologue. Cancer du foie, métastatique, qui ne réagit pas aux traitements. »
J’ai posé ma fourchette.
« Oh ! Désolée, Scotty, a-t-elle dit.
— Tu réalises que je ne te connais pas ?
— Bien sûr que si, tu me connais.
— Je t’ai connue il y a longtemps. Et pas intimement. J’ai connu une jeune universitaire, pas une femme qui me fait virer… et branche mon téléphone sur une putain de table d’écoute !
— Il n’y a plus de vie privée, de nos jours. Plus vraiment.
— Il est… mourant ?
— Sans doute. » Son visage s’est assombri quand elle a pris conscience de ses paroles. « Oh, mon Dieu ! Pardonne-moi, Scotty. Je parle sans réfléchir. Comme si j’étais limite autiste ou je ne sais quoi. »
Ça, au moins, c’était quelque chose que je savais sur elle. Je suis sûr qu’on a répertorié et génétiquement cartographié le défaut de Sue, cette incapacité bénigne à lire ou à prédire les sentiments des autres. En plus, elle adorait parler… du moins à l’époque.
« Ça ne me regarde pas, a-t-elle reconnu. Tu as raison.
— Je n’ai pas besoin d’un parent de substitution. Je ne suis même pas sûr d’avoir besoin de ce boulot.