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Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]

Электронная книга - «Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]». Краткое содержание книги:

Scott Warden était là à Chumphon, Thaïlande, quand le premier chronolithe est apparu : un obélisque de plus de cent mètres de haut, d’un bleu impossible, gelant un paysage de jungle dévasté ; un monument commémorant une victoire, celle du seigneur de la guerre Kuin, victoire qui n’aura lieu que dans vingt ans et trois mois. Mais qui est Kuin ? Un tyran, le sauveur d’une humanité à la dérive, un extraterrestre aux traits indubitablement asiatiques, un futur dirigeant chinois, une rumeur qui, grâce à la turbulence Tau, deviendra réalité ? Et que sont réellement ces chronolithes qui ravagent le monde ? C’est à toutes ces questions que Scott et son ancien professeur de physique, Sulamith Chopra, devront répondre, non sans avoir à parcourir le globe, de Chumphon à Jérusalem, du Mexique au Wyoming.
Après Darwinia, voici le second roman de Robert Charles Wilson dans la collection Lunes d’encre, un thriller temporel comme vous n’en jamais lu, qui a valu à son auteur une nomination méritée au prestigieux prix Hugo.
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Je n’ai guère gardé que deux souvenirs de notre week-end à New York.

Le samedi, nous avons visité la statue de la Liberté, et en me remémorant la scène je peux presque compter combien de marches lustrées nous avons montées jusqu’au sommet. Je me souviens de cette sensation à la fois de petitesse et de grandeur à notre arrivée là-haut, de l’odeur de sueur et de cuivre chaud dans l’atmosphère figée de juillet. Ma mère a eu un mouvement de recul face au panorama de Manhattan et s’est lamentée à voix basse pendant que je m’absorbais dans le spectacle des mouettes plongeant vers la mer. J’ai rapporté de ce voyage un modèle réduit de la statue, en cuivre creux et grand comme ma main. Je me souviens que le dimanche matin de ce même week-end, ma mère est sortie sans but précis de la chambre d’hôtel tandis que mon père prenait une douche et que j’insérais des pièces de monnaie dans le distributeur de boissons fraîches du couloir. À mon retour, trouvant la chambre vide, j’ai paniqué, mais sans me résoudre à interrompre la toilette de mon père, probablement parce qu’il m’aurait reproché (ou parce que je m’imaginais qu’il me reprocherait) d’avoir perdu ma mère. J’ai préféré parcourir d’un bout à l’autre le tapis rouge du couloir en longeant les plateaux de service en chambre et les chariots de linge d’un blanc immaculé, puis prendre l’ascenseur jusqu’au rez-de-chaussée. Là, j’ai vu de l’autre côté du hall la chevelure brune de ma mère disparaître derrière les portes à tambour. Je ne l’ai pas appelée, de peur d’attirer l’attention des étrangers et de provoquer un scandale public, mais je l’ai poursuivie, manquant renverser au passage le présentoir à journaux devant la boutique de cadeaux. Mais le temps que je passe la porte vitrée et débouche sur le trottoir, elle avait à nouveau disparu. Le portier en livrée rouge soufflait dans son sifflet, et je n’ai compris pourquoi qu’en découvrant ma mère allongée dans le caniveau, ma mère qui gémissait doucement tandis que le livreur de fleurs qui venait de lui briser les jambes sautait à bas de sa camionnette de livraison et se penchait sur elle en tremblant, les yeux écarquillés comme deux pleines lunes. Et je n’ai alors ressenti qu’un froid brutal et glacé.

Ma mère a été internée dans une unité de soins de longue durée après ce voyage à New York – et après la guérison de ses jambes, et après que les docteurs du Central Mercy ont dû la bourrer de Haldol jusqu’à ce qu’on lui retire ses plâtres. Le salon dans lequel mon père et moi avions pris place avait remarquablement peu changé depuis. Non que mon père se soit efforcé de garder la maison telle quelle, comme un mausolée pour son épouse. Il n’avait tout simplement rien changé. Cela ne lui était pas venu à l’esprit.

« J’ai reçu toutes sortes de coups de fil à ton sujet, a-t-il dit. J’ai même cru un moment que t’avais braqué une banque. »

Les rideaux étaient tirés. La maison n’était pas très lumineuse, de toute façon. Et l’antique lampadaire ne faisait pas grand-chose pour repousser la pénombre.

Assis dans son vieux fauteuil vert, la respiration courte, mon père a attendu ma réponse.

« C’était pour un boulot, ai-je expliqué. Ils vérifiaient mes antécédents.

— Ça doit pas être un boulot comme les autres, pour que le FBI se déplace à domicile. »

Le maillot exposait sa frêle silhouette. C’était un homme imposant, autrefois. Imposant et irascible, le genre à qui personne ne cherche de noises. Il avait désormais des bras squelettiques et la chair flasque. Son ample torse avait fondu jusqu’aux côtes, et sa ceinture était au moins au cinquième cran, avec le bout libre battant sur le haut de la hanche.

« Je vais quitter le pays quelque temps, lui ai-je annoncé.

— Combien de temps ?

— À vrai dire, je n’en sais rien.

— Le FBI t’a dit que j’étais malade ?

— J’ai appris ça.

— Je ne le suis peut-être pas autant qu’ils le prétendent. Je ne me sens pas en forme, mais…» Il a haussé les épaules. « Ces docteurs n’y connaissent que dalle, sauf pour vous faire raquer.

— Un café ?

— Je m’en occupe. J’imagine que la cafetière est toujours au même endroit ?

— Tu me trouves trop fragile pour préparer le café ?

— Je n’ai pas dit ça.

— Je peux encore faire le café, nom de Dieu.

— Je ne tiens pas à t’en empêcher. »

Il est allé dans la cuisine. Je me suis levé pour le suivre mais me suis arrêté sur le seuil en le voyant verser en douce une bonne dose de Jack Daniel’s dans sa tasse. Ses mains tremblaient.

J’ai attendu dans le salon en regardant la bibliothèque. La plupart des livres avaient appartenu à ma mère. Ses goûts la portaient vers Nora Roberts, vers Sur la route de Madison, et vers les innombrables Tim LaHaye. Mon père avait fourni les vieux Tom Clancy en plus de Stranger Than Science. J’avais quant à moi possédé de nombreux livres lorsque j’habitais là – j’étais un étudiant brillant, probablement par crainte de quitter l’école pour rentrer chez moi – mais j’avais gardé à part, sur une étagère de ma chambre, mes livres policiers et mes romans à suspense, affectant un manque d’enthousiasme à mêler Conan Doyle et James Lee Burke avec des auteurs du genre de V.C. Andrews ou de Catherine Coulter.

Mon père est revenu avec deux chopes de café. Il m’a tendu celle qui arborait, presque effacé, le nom de son dernier employeur, CORIOLIS SHIPPING. Il avait géré le réseau de distribution de Coriolis pendant vingt-trois ans et continuait à toucher son chèque de retraite toutes les fins de mois. Le café était à la fois amer et léger. « Je n’ai ni crème ni lait normal, a-t-il prévenu. Je sais que tu l’aimes blanc. J’ai mis du lait en poudre.

— Ça ira très bien. »

Il s’est réinstallé dans son fauteuil. Une télécommande reposait sur la table basse devant lui, sans doute celle de son panneau vidéo. Il l’a regardée d’un air mélancolique et songeur, mais sans tendre la main pour la saisir. « Ce boulot pour lequel tu postules doit vraiment être spécial, vu les questions bizarres qu’ont posées les types du FBI.

— Comme quoi ?

— Eh bien, les questions habituelles, j’imagine, où t’es allé à l’école, quelles notes t’avais en général, où t’as travaillé et tout ça. Mais ils voulaient plein de détails. Si tu faisais du sport, comment t’occupais ton temps libre, si tu discutais beaucoup politique ou histoire. Si t’avais beaucoup d’amis ou si t’étais plutôt du genre solitaire. Le nom de notre médecin de famille, si t’avais eu des maladies infantiles inhabituelles, si t’avais déjà consulté un psy. Et plein de questions sur Elaine, aussi. Ils savaient qu’elle avait été malade. Sur ce sujet, je leur ai dit en gros d’aller se faire voir. Mais apparemment, ils en savaient déjà beaucoup.

— Ils ont posé des questions sur Maman ?

— C’est ce que je viens de dire, non ?

— Quel genre de questions ?

— Sur ses, euh, symptômes. Quand ils étaient apparus et comment elle se comportait. Comment t’avais réagi. Des affaires de famille qui ne regardent que la famille, franchement. Mon Dieu, Scotty, ils ont mis leur nez partout. Ils voulaient voir tes vieilles affaires, celles qui sont rangées dans le garage. Ils ont pris des échantillons d’eau du robinet, tu le crois, ça ?

— Tu es en train de me dire qu’ils sont venus à la maison ?

— Ouais.

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