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Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]

Электронная книга - «Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]». Краткое содержание книги:

Scott Warden était là à Chumphon, Thaïlande, quand le premier chronolithe est apparu : un obélisque de plus de cent mètres de haut, d’un bleu impossible, gelant un paysage de jungle dévasté ; un monument commémorant une victoire, celle du seigneur de la guerre Kuin, victoire qui n’aura lieu que dans vingt ans et trois mois. Mais qui est Kuin ? Un tyran, le sauveur d’une humanité à la dérive, un extraterrestre aux traits indubitablement asiatiques, un futur dirigeant chinois, une rumeur qui, grâce à la turbulence Tau, deviendra réalité ? Et que sont réellement ces chronolithes qui ravagent le monde ? C’est à toutes ces questions que Scott et son ancien professeur de physique, Sulamith Chopra, devront répondre, non sans avoir à parcourir le globe, de Chumphon à Jérusalem, du Mexique au Wyoming.
Après Darwinia, voici le second roman de Robert Charles Wilson dans la collection Lunes d’encre, un thriller temporel comme vous n’en jamais lu, qui a valu à son auteur une nomination méritée au prestigieux prix Hugo.
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Quand j’en suis arrivé à Bangkok et à la prison, Morris a demandé : « Vous a-t-on fouillé à la recherche de drogue ?

— On m’a fouillé plusieurs fois. Peut-être qu’ils cherchaient de la drogue, je n’en sais rien.

— A-t-on trouvé des drogues ou des substances interdites sur votre personne ?

— Non.

— Avez-vous fait passer des frontières nationales ou d’État à des substances interdites ?

— Non.

— Étiez-vous averti de l’aspect du Chronolithe avant son arrivée ? Aviez-vous une quelconque connaissance préalable de cet événement ?

— Non.

— Son arrivée vous a-t-elle surpris ?

— Oui.

— Connaissez-vous le nom de Kuin ?

— Je l’ai appris grâce aux informations.

— Avez-vous vu l’image sculptée dans les monuments actuels ?

— Oui.

— Ce visage vous est-il familier ? Le reconnaissez-vous ?

— Non. »

Morris a hoché la tête puis a conféré en privé avec l’opérateur du détecteur. Quelques minutes plus tard, on m’a séparé de la machine.

Morris m’a raccompagné à l’extérieur du bâtiment. « Est-ce que j’ai réussi le test ? » lui ai-je demandé. Il a souri. « Ce n’est pas mon rayon. Mais à votre place, je ne me ferais pas de souci. »

Sue m’a appelé le lendemain matin pour me dire de me présenter au travail.

Le gouvernement fédéral, pour des raisons que le plus ancien des sénateurs du Maryland est probablement le seul à connaître, avait installé cette branche de sa force d’enquête sur le Chronolithe dans un immeuble quelconque d’un parc industriel de la périphérie de Baltimore. C’était une simple enfilade basse de bureaux et de bibliothèques improvisées. Sue m’a expliqué que la part purement scientifique des travaux de recherches était effectuée par des universités et des laboratoires fédéraux. Sa responsabilité à elle tenait plus de l’animation d’un groupe de réflexion chargé de collationner les résultats, de fournir des prestations d’expert-conseil et d’agir comme chambre de compensation pour la bourse allouée par le congrès. En essence, le travail de Sue consistait à évaluer l’état actuel des connaissances et à identifier les nouvelles lignes de recherche les plus prometteuses. Ses supérieurs immédiats travaillaient dans des agences gouvernementales ou en tant qu’assistants parlementaires. Elle représentait l’échelon supérieur, dans les forces de recherche sur les Chronolithes, de ce qu’on pouvait raisonnablement appeler la science.

Je me suis demandé comment quelqu’un d’aussi attaché à la recherche que Sue Chopra avait pu aboutir dans un vulgaire boulot de direction. J’ai arrêté de me poser la question lorsqu’elle a ouvert la porte de son bureau pour m’inviter du geste à y entrer. La grande pièce renfermait un bureau laqué d’occasion et d’innombrables meubles-classeurs. L’espace entourant son terminal de travail croulait sous les coupures de presse, les journaux, les impressions de courriers électroniques. Quant aux murs, ils étaient recouverts de photographies.

« Bienvenue dans le saint des saints », a dit Sue d’un air enthousiaste.

Des photos des Chronolithes.

De tous les Chronolithes, portraits professionnels avec beaucoup de piqué, instantanés pris par des touristes ou énigmatiques clichés satellites en fausses couleurs. Il y avait celui de Chumphon avec plus de détails que je n’en avais jamais vu, les lettres de son inscription mises en valeur par une lumière rasante. Et celui de Bangkok, et la première image gravée de Kuin lui-même. (La plupart des experts doutaient de la fidélité de la représentation. Ils en trouvaient les traits trop génériques, presque comme s’ils sortaient d’un processeur graphique programmé pour fournir une image de « maître du monde ».)

Il y avait ceux de Pyongyang et de Hô Chi Minh-Ville. Ceux de Taipei, de Macao et de Sapporo, celui de la plaine de Kantô dominant une paire de silos foudroyés. Celui de Yichang, avant et après l’inutile frappe nucléaire, avec le monument hautainement intact et l’artère tranchée et ravagée là où l’explosion avait brisé le barrage sur la rivière Jaune.

Et aussi, vu d’orbite, l’écoulement brun dans la mer de Chine.

Sur toutes, le visage de Kuin, imperturbable, observait les environs comme depuis un trône de nuages.

« En fin de compte, les Chronolithes ont presque complètement inversé le concept de monument, m’a dit Sue tandis que je regardais ces images. Un monument sert à laisser un message au futur, à permettre aux morts de parler à leurs descendants.

« Contemplez mon œuvre, ô puissants, et vous désespérez[4]. »

— Exactement. Sauf qu’avec les Chronolithes, c’est l’inverse. Ils n’annoncent pas « j’étais ici » mais « j’arrive. Je suis votre avenir, que cela vous plaise ou non ».

— Contemplez mon œuvre et tremblez.

— C’est d’une perversité admirable.

— Tu l’admires, toi ?

— Pour tout te dire, Scotty… j’en ai parfois le souffle coupé.

— Moi aussi. » Sans dire que cela m’avait aussi séparé de ma femme et de ma fille.

Découvrir sur le mur de Sue Chopra une recréation de mon obsession envers les Chronolithes m’a perturbé, comme si je venais de m’apercevoir que nous avions un poumon commun. Mais bien entendu, c’était justement pour cela que ce travail lui plaisait : il lui permettait de savoir à peu près tout ce qu’il était possible de savoir sur les Chronolithes. De la recherche plus appliquée l’aurait confinée dans une perspective bien plus limitée, du genre dénombrement des anneaux de réfraction ou débusquage d’insaisissables bosons.

Et il lui permettait aussi de se consacrer aux maths approfondies, et peut-être même davantage que par le passé, étant donné que, jour après jour, la quasi-totalité des travaux de recherche classés secrets passait sur son bureau.

« Et voilà, Scotty.

— Montre-moi mon poste de travail. »

Elle m’a conduit à un bureau périphérique meublé d’une table et d’un terminal. Le terminal, quant à lui, était connecté à un ensemble de stations de travail Quantum Organics disposées en rangs serrés, dont la puissance de calcul tout comme la sophistication dépassaient ce que Campion-Miller avait jamais eu les moyens de s’offrir.

Dans un coin, Morris Torrance, perché sur une chaise en bois inclinée contre le mur, lisait l’édition papier de Golf.

« Il est compris dans le lot ? ai-je demandé.

— Vous pouvez vous partager l’endroit quelque temps. Morris a besoin d’être proche de moi, physiquement parlant.

— Morris est un bon ami ?

— C’est mon garde du corps, entre autres. »

Morris a souri et lâché son magazine. Il s’est gratté la tête, un geste étrange sans doute destiné à dévoiler le pistolet qu’il portait sous sa veste. « Je suis globalement inoffensif », a-t-il déclaré.

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4

Look upon my work, ye mighty, and despair. Extrait d’Ozymandias, célèbre sonnet de Shelley dans lequel un voyageur raconte au narrateur que l’on trouve au milieu d’un désert de son pays les ruines d’une statue colossale dont le piédestal porte ces mots. (N.d.T.)

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