Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2003
- Язык: французский
- Год: Deno
- ISBN: 2-207-25316-3
- Переводчик: Gilles Goullet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]». Краткое содержание книги:
Après Darwinia, voici le second roman de Robert Charles Wilson dans la collection Lunes d’encre, un thriller temporel comme vous n’en jamais lu, qui a valu à son auteur une nomination méritée au prestigieux prix Hugo.
J’avais occupé ma semaine à réviser du code et passé une ou deux soirées dans un bar du coin avec Morris et Ray.
Je me plaisais plus que je ne l’aurais cru en leur compagnie. J’en voulais à Morris de m’avoir fait suivre jusque chez mon père… mais Morris Torrance était l’un de ces hommes qui élèvent l’affabilité au rang d’art. À moins qu’il ne s’en servît comme d’un outil. La colère rebondissait sur lui comme les balles sur la poitrine de Superman. Il n’était pas dogmatique à propos des Chronolithes et ne nourrissait aucune conviction particulière quant à la signification de Kuin, même si visiblement il s’y intéressait beaucoup. On pouvait donc déconner avec lui, balancer des idées parfois complètement loufoques sans craindre de se heurter à une fixation politique ou religieuse. Était-il sincère ? Après tout, il représentait le FBI. Tout ce que nous lui disions se retrouvait peut-être dans un dossier. Mais avec lui, cela semblait n’avoir aucune importance.
Même Ray Mosely s’ouvrait en compagnie de Morris. J’avais classé Ray comme un type brillant mais socialement handicapé, au radar sexuel désespérément et malheureusement braqué sur Sue. Je ne me trompais pas beaucoup à son sujet. Mais quand il s’est détendu, il a révélé une passion pour l’American League de base-ball qui nous a donné un point commun. Ray appréciait la nouvelle équipe de Tucson – ou il était né – et a réussi à énerver un type de la table d’à côté avec ses remarques sur les Orioles. Qu’il n’a pas retirées une fois mis en demeure de le faire. Ray n’était pas un lâche. C’était un solitaire, mais sur le plan purement intellectuel. Il avait tendance à se taire lorsqu’il prenait conscience d’avoir atteint un niveau trop élevé pour nous. Dans ces cas-là, il ne se montrait jamais condescendant – enfin, presque jamais –, juste triste que nous ne puissions pas partager ses pensées.
À mon avis, c’était cette solitude que Sue comblait pour lui. Peu importait qu’elle réservât son affection physique à de brefs contacts qu’elle prenait soin de tenir à l’écart de son travail. Je n’ai pas l’impression d’exagérer en disant que, d’une certaine manière, Ray lui faisait l’amour en discutant physique avec elle.
Nous avons très peu vu Sue. « C’était pareil à Cornell, ai-je confié à Morris et à Ray. Pour ses étudiants, je veux dire. Elle nous rassemblait, mais nous avons eu certaines de nos meilleures conversations après le cours, une fois Sue partie.
— Ça a dû être une espèce de répétition générale, a avancé Morris d’un air songeur.
— Une répétition pour quoi ? Pour ça ? Pour les Chronolithes ?
— Oh, elle n’en savait rien, bien entendu. Mais ça ne vous arrive jamais d’avoir l’impression que votre vie n’a été qu’une grande répétition en vue d’un événement crucial ?
— Peut-être. Des fois.
— Comme si elle n’avait pas le bon casting à Cornell et qu’il fallait fignoler le scénario, a ajouté Morris. Mais tu as dû être bien, Scott. » Il a souri. « On t’a gardé dans le montage final.
— Et cet événement, ce serait quoi ? ai-je demandé. Ce truc à Jérusalem ?
— Peut-être… ou bien ce qui va venir ensuite. »
Sue et moi n’avons pu discuter en privé qu’une fois au milieu de l’Atlantique, quand elle m’a emmené au fond de la section économique déserte pour me dire : « Désolée de te laisser ainsi dans le noir, Scotty. Et de cette histoire avec ton père. Je pensais qu’en ce qui te concerne, on pourrait en faire un simple emploi de jour, et non…
— Un boulot en résidence surveillée, ai-je proposé.
— Voilà, de la résidence surveillée. Parce que je suppose que ça en est, d’une certaine façon. Mais pas que pour toi. Je suis dans la même situation que toi. Ils veulent que nous restions ensemble et sous observation. »
Sue souffrait d’un rhume de cerveau dont elle s’extrayait avec sa détermination habituelle. Assise dans un rayon de soleil, les mains sur les genoux, elle triturait un mouchoir et semblait aussi contrite et aussi fondamentalement immuable que le Mahatma Gandhi. À l’avant, un steward d’El Al servait œufs brouillés et toasts sur des plateaux en plastique. « Mais pourquoi moi, Sue ? ai-je demandé. Personne ne veut me le dire. Tu aurais pu engager un meilleur cultivateur de code. J’étais à Chumphon, mais ça n’explique pas tout.
— Ne sous-estime pas tes capacités. Mais je comprends ta question. La surveillance du FBI, les agents chez ton père… Scotty, il y a quelques années, j’ai fait une erreur : j’ai voulu publier un article sur un phénomène que j’ai baptisé « la turbulence tau ». Certaines personnes influentes l’ont lu. »
Une réponse qui s’orientait vers de la théorie abstraite risquait de ne pas en être une du tout. J’ai attendu, les sourcils froncés, qu’elle ait fini de se moucher, bruyamment.
« Pardon, a-t-elle repris. L’article traitait de causalité, je suppose qu’on pourrait le dire comme ça, relativement aux problèmes de symétrie temporelle et aux Chronolithes. C’était surtout des maths, la plupart concernant divers aspects contestés du comportement quantique. Mais j’y réfléchissais aussi à ce que les Chronolithes pourraient changer dans notre manière habituelle de comprendre la cause et l’effet au niveau macroscopique. En gros, j’y énonçais que dans un événement tau localisé – hypothétiquement, la création d’un Chronolithe – l’effet, qui bien entendu précède la cause, crée aussi une sorte d’espace fractal dans lequel les plus significatifs des connecteurs entre les événements ne deviennent pas déterministes mais corrélatifs.
— Je ne sais pas ce que cela veut dire.
— Pense à un Chronolithe comme à un événement local dans l’espace-temps. Il existe une interface, une frontière, entre le flot conventionnel du temps et l’anomalie tau négative. Cela ne se limite pas à l’avenir qui parle au présent : il y a des ondulations, des tourbillons, des courants. L’avenir transforme le passé, qui à son tour modifie le futur. Tu comprends ?
— À peu près.
— On obtient donc une espèce de turbulence, marquée moins par la cause et l’effet ou même par le paradoxe que par une écume de corrélations et de coïncidences. Inutile de chercher la cause de la manifestation de Bangkok : elle n’existe pas encore. Mais on peut rechercher des indices dans la turbulence, dans les termes corrélatifs inattendus.
— Comme quoi ?
— Quand j’ai écrit l’article, je n’ai pas donné d’exemples. Mais quelqu’un m’a prise assez au sérieux pour déterminer ce que cela impliquait. Le FBI s’est remis à étudier tous ceux qu’on avait interviewés après Chumphon, autrement dit l’échantillon statistique le plus petit et le plus complet dont nous disposions. Ensuite, il a compilé une base de données contenant identité et biographie de tous ceux qui s’étaient à un moment ou à un autre exprimés en public sur les Chronolithes, du moins dans les premiers jours, de tous ceux impliqués dans les études scientifiques sur le site de Chumphon, jusqu’aux conducteurs de tracteurs et aux installateurs des chiottes, et enfin de tous ceux qu’il avait interrogés après l’atterrissage. Puis il s’est mis à la recherche de corrélations.
— Et il en a trouvé, j’imagine ?
— Dont certaines assez bizarres. Mais l’une des corrélations les plus bizarres était celle entre toi et moi.
— Comment ça ? À cause de Cornell ?
— En partie, mais considère un instant l’ensemble des données, Scotty. D’un côté une femme qui parlait d’anomalies tau et de matière exotique bien avant Chumphon, et qui est depuis devenue une sommité en Chronolithes. De l’autre, un de ses anciens étudiants, un vieux copain qui se trouvait justement sur la plage de Chumphon et qu’on a arrêté à moins de deux kilomètres du premier Chronolithe connu, quelques heures après son apparition.