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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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— Pourquoi ? », demanda Mikael.

Agnete glissa entre les larges mailles du panier le bâton dont elle s’aidait pour grimper, et l’enfonça avec force dans le sac de jute.

Mikael gémit.

« La prochaine fois que je t’entends, je te fais mal pour de bon, dit-elle. C’est clair ? »

Mikael ne répondit pas.

« Bon. T’es peut-être moins bête qu’il y paraît », dit-elle avec un sourire. Elle reprit sa marche.

Les narines de Mikael sentirent bientôt une odeur de soupe et de viande grillée.

« Bonne journée, soldats ! fit Agnete tout haut.

— Bonne journée à toi, femme », répondit la voix d’un homme.

Mikael entendit le bruit de ferraille d’une armure, de plus en plus proche. Agnete s’arrêta.

« Où tu vas, femme ? demanda l’homme.

— Au marché de Dravocnik.

— Quoi faire ?

— Sûrement pas chercher un fiancé, à mon âge. »

Le soldat rit. « Qu’est-ce que tu transportes ?

— Des oignons, des navets, deux sacs d’avoine et un sac d’orge…

— Et dans ce sac, là, qu’est-ce qu’il y a ?

— De la viande d’enfant », répondit Agnete.

Le soldat resta silencieux un instant. Puis il éclata de rire, faisant vibrer son armure légère. « T’es une vieille rigolote, dit-il. Ça veut dire que tout va bien pour toi.

— Non, ça veut dire que j’ai bon caractère et que le nouveau seigneur a pas encore commencé à nous pressurer. »

Le soldat ne dit rien. Puis donna une claque au mulet. « Va-t-en, femme. Tu es mauvaise langue. Tu parles comme les mineurs de Dravocnik.

— Pourquoi ? Qu’est-ce qu’ils disent ?

— Fais attention à qui tu fréquentes là-bas. Il y souffle un vent mauvais. Les mineurs se sont mis en tête de partir chercher ailleurs de quoi travailler et manger. Certains essaient même de s’échapper. D’autres ont levé la main sur les gardes… Ils disent des gros mots.

— Comment ça des gros mots ?

— Liberté, dit le soldat en baissant la voix.

— Ça, c’est vraiment un gros mot, dit Agnete.

— Fais pas la maline avec moi, l’avertit le soldat. Va-t-en, mauvaise langue.

— Au revoir, soldat », dit Agnete en reprenant sa route.

Mais elle avait à peine fait quelques pas que le soldat lui cria : « Eh, femme, attends ! »

Mikael perçut la tension d’Agnete tandis qu’elle arrêtait le mulet d’un cri qui s’étrangla un peu.

« Tu me fais pas goûter un peu de ta viande d’enfant ? », lui dit le soldat.

Agnete, d’une voix tendue, répondit : « Allons, il est trop petit, cet enfant. Si je t’en donne un morceau, qu’est-ce qui me restera à vendre au marché ? »

Le soldat éclata de rire et s’en alla.

« Le diable t’emporte », maugréa Agnete en repartant.

Ils descendirent du col pendant une demi-lieue, sur une route que Mikael sentait plus praticable. Mais ils s’arrêtèrent, et Agnete dit : « Allez, mon mignon, un dernier effort.

— C’est à moi que vous parlez ?

— Quel effort t’aurais fait jusque-là, gamin ? »

Mikael eut honte. « Excusez-moi… »

Agnete tapa doucement sur la croupe du mulet. « Allez, mon vieux, on est presque arrivés.

— Au marché ? demanda Mikael.

— On va pas au marché de Dravocnik.

— Mais vous avez dit à Eloisa…

— Cette gamine est bien brave, mais elle a pas sa langue dans sa poche et elle parle trop.

— Où on va, alors ?

— Dans la tanière du dragon.

— Comment ça ?

— Dans la cabane du vieux Raphael, en haut des montagnes, dit Agnete.

— Pourquoi vous l’appelez la tanière du dragon ? »

Le visage d’Agnete s’assombrit un instant. « C’est pas tes affaires, gamin. » Elle donna une autre claque au mulet. « Eh, Gangolf, montre-lui comment tu sais grimper.

— Gangolf ?

— T’es vraiment idiot, gamin. Tu croyais qu’une fille comme Eloisa lui donnerait pas un nom, à son mulet ? »

Le sentier grimpait raide. Le mulet avançait lentement, à grand-peine. Quand il refusait d’avancer, Agnete l’insultait, lui donnait un coup de bâton. Enfin le chemin s’aplanit.

« Bravo, vieille bourrique, tu y es arrivé », dit-elle avec une note d’orgueil et d’affection dans la voix.

Ils s’arrêtèrent.

« Te voilà, Agnete, fit la voix profonde de Raphael. Vous avez fait bon voyage ? Et le garçon ? »

Agnete ôta les navets et les oignons, dénoua la corde qui fermait le sac et dit : « Descends ». En voyant que Mikael hésitait, elle attrapa son bras et tira dessus.

Mikael tomba du panier sur l’herbe verte.

« T’as vu comme c’était facile ? dit Agnete. Relève-toi. »

Mikael obéit aussitôt.

« Il a vraiment l’air de venir du marché des mineurs. Beau travail, Agnete », dit Raphael avec satisfaction en s’approchant. Puis il cracha dans sa main et frotta le front de Mikael à l’endroit où il l’avait incisé. « Parfait ! », dit-il en examinant la cicatrice.

« Je vous ai apporté la marchandise que j’étais censée vendre au marché, Raphael, dit-elle. Regardez si ça vous intéresse. »

Pendant que Raphael examinait le contenu des paniers, Mikael regarda autour de lui. La cabane était faite d’une petite pièce unique, comme on pouvait le voir par la porte ouverte. Accrochée au-dessus de l’entrée, une magnifique ramure de cerf.

La montagne surplombant la clairière était droite comme une immense colonne qui montait jusqu’au ciel. Elle était en pierre grise, marquée et creusée par les intempéries, couverte de neige au sommet. Entre les fentes verticales semblables à des crevasses se nichaient de fines langues de glaciers, comme des larmes gelées que même le soleil d’été ne pouvait faire fondre. Seule, elle se découpait, isolée des autres cimes, affirmant sa différence.

Raphael avait inspecté le chargement d’Agnete. « L’avoine et l’orge vont me servir. Et aussi les oignons et les navets. Je te prends tout, dit-il en hochant la tête. Au marché, ça t’aurait rapporté douze sols, plus ou moins, ajouta-t-il en posant la main sur une petite bourse de cuir qu’il portait à la ceinture.

— Par les temps qui courent, j’aurais de la chance si j’en tirais dix sols », rétorqua Agnete.

Raphael sourit et dénoua le lacet de sa bourse.

« Mais comme j’ai pas été obligée d’aller jusqu’à cet endroit de merde, poursuivit Agnete, j’imagine que je devrais me contenter de huit sols. »

Raphael eut un léger signe de remerciement de la tête. « Comme tu veux…

— Mais je vous en dois au moins quatre, donc filez-moi quatre sols et ma marchandise est à vous », dit Agnete d’une voix revêche.

Raphael fronça les sourcils. « Pourquoi tu devrais me donner quatre sols ?

— De nos jours, pour une femme seule, c’est un trésor immense d’avoir une personne de confiance, répondit-elle en le regardant droit dans les yeux. Un trésor qui vaut bien plus que quatre sols. Mais c’est tout ce que je peux me permettre. »

Raphael la regarda d’un air mélancolique. « Ça me fait plaisir que tu aies confiance en moi, dit-il.

— J’ai personne d’autre, dit rudement Agnete. Mais vous mettez pas des idées en tête.

— Bien sûr que non, dit Raphael avec une drôle d’intonation dans la voix, et il continuait de la fixer.

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