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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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Agnete le regardait. « Relève-toi, gamin », lui dit-elle.

Mikael se releva. Il sentait le sang sur sa lèvre et le goût de la terre dans sa bouche.

« Tiens bon encore quelques jours, dit alors Agnete. Ton heure aussi arrive, comme pour ton Hubertus. »

Mikael la regarda, l’air perdu.

Elle le fixait de son regard dur.

« Mère ! s’écria Eloisa depuis le pas de la porte. Regardez Oswald ! »

« Encore deux jours, gamin. Après, tu devras apprendre à lutter avec ceux qui sont là dehors », dit Agnete en refermant la trappe. Elle rejoignit sa fille et, telles des gamines euphoriques, elles regardèrent Oswald, le charpentier, qui réparait les toits et qui était considéré comme le plus grand bavard du village. Agnete lui avait révélé ce matin-là en grand secret son intention d’acheter un enfant pour l’aider aux travaux des champs.

Oswald, à l’abreuvoir, discutait avec un groupe de commères, en se retournant de temps à autre pour regarder la baraque d’Agnete.

« Je savais que je pouvais compter sur toi, Oswald, murmura Agnete en riant toute seule. Avant ce soir, tout le village saura que je veux acheter un enfant à Raphael. Comme ça, quand ils le verront, personne n’ira imaginer que c’est le prince héréditaire Marcus II de Saxe. N’oublie jamais, ajouta-t-elle pour sa fille. Si tu veux garder un secret, arrange-toi pour que les gens n’aient pas le temps de se poser de questions. Donne-leur toi-même une réponse. Et maintenant, allons travailler. »

Agnete et Eloisa se dirigèrent vers la sortie. Mais avant de fermer la porte, Eloisa revint en arrière, en courant.

« T’as entendu, gros bêta ? chuchota-t-elle tout excitée entre les planches du sol. T’es content ? »

Pas de réponse. Eloisa attendit quelques instants. Agacée, elle tapa la main sur le sol. « Crétin ! », s’exclama-t-elle en s’en allant.

Mikael respirait doucement, recroquevillé sur la paille et plus seul que jamais. Le mélange de terre et de sang avait caillé sur sa lèvre. Il ne pensait qu’à son petit Hubertus, blessé à mort par les rats qui vivaient dehors, dans le monde. Où seul survivait le plus fort, le plus méchant, le plus déterminé.

Dans deux jours, avait dit Agnete. Dans deux jours lui aussi devrait lutter pour sa vie.

Il pensait à Hubertus, et se voyait lui-même.

« Je voudrais que tu sois ici, père, pour m’apprendre comment on fait », chuchota-t-il.

12

Deux jours plus tard, avant l’aube, la main rude d’Agnete secoua l’épaule de Mikael.

« Lève-toi, dit-elle. Il faut y aller. C’est aujourd’hui que je t’achète au vieux Raphael. »

Le cœur de Mikael fit un bond. Après des mois passés sous la trappe, il n’y retournerait plus jamais. Eloisa aussi avait l’air tendue.

« Ça va être un voyage long et difficile, dit Agnete. Mange quelque chose. » Puis elle se dirigea vers la porte. « Je vais charger le mulet. »

Eloisa se leva et mit la marmite sur le feu, que sa mère avait ranimé. Elle remuait machinalement le bouillon, perdue dans ses pensées. Quand il fut chaud, elle versa deux bonnes louches dans l’écuelle de Mikael et la lui passa sans un mot. Elle prit un morceau de viande séchée de la veille qu’elle avait mis de côté, et le lui tendit en même temps que le pain dur.

Mikael prit tout cela la tête basse. Il se tourna vers la porte, qui était restée à demi fermée. On entendait les bruits qu’Agnete faisait dehors.

« J’ai peur de ta mère », finit-il par dire.

Eloisa se figea. « Ma mère est la personne la plus bonne au monde », dit-elle avec fougue. Puis elle s’approcha de lui, menaçante. « Si tu dis du mal d’elle, je te casse toutes les dents. »

Mikael continuait à garder la tête basse. « J’ai dit qu’elle me faisait peur… j’ai pas dit qu’elle était méchante.

— T’as peur de la femme qui t’a sauvé la vie, crétin ? »

Mikael leva la tête et regarda Eloisa dans les yeux. « C’est toi qui m’as sauvé la vie, dit-il, d’un ton soudain adulte.

— Alors, gamin, t’es prêt ? », demanda Agnete dehors.

Eloisa avait ôté ses gants et les donna à Mikael. « Sur le col, il fait encore froid, dit-elle.

— Quel col ? dit Mikael. Où on va ?

— Au marché du village minier de Dravocnik, répondit Eloisa. C’est là qu’on achète les enfants. »

Agnete rentra. Elle alla vers le feu et lui passa de la suie sur le visage, dans les plis des oreilles, sur le cou et sur la poitrine. « Voilà, maintenant t’as vraiment l’air d’un gamin de Dravocnik. »

Eloisa eut un petit rire. « On dirait un charbonnier », dit-elle. Mais il y avait une pointe de nervosité dans son rire.

« Allons-y », dit Agnete en prenant un grand sac de jute usé et sale.

Mikael ne bougea pas. Il regardait Eloisa.

Agnete s’en aperçut. « Pas la peine de la regarder, elle vient pas avec nous, dit-elle en l’attrapant par l’épaule et en le poussant vers la sortie. « Elle reste ici toute seule. Et elle aura pas peur. » Elle se tourna vers sa fille. « Hein ? »

Mikael aussi se tourna vers Eloisa.

« Non… », dit-elle d’une petite voix.

Agnete hocha la tête puis poussa Mikael dehors.

Dans les dernières ombres de l’aube, Mikael entrevit la silhouette du mulet, noir et maigre, chargé de deux grands paniers de jeunes rameaux de saule tressés.

Agnete ouvrit le sac de jute et le posa par terre devant Mikael. « Dedans. »

Mikael se tourna vers la porte de la baraque. Eloisa était sortie et les regardait.

« Qu’est-ce qu’il y a ? Il te faut sa permission ? dit brusquement Agnete. Me fais pas perdre mon temps. Je veux m’en aller avant que les gens du village sortent de chez eux. »

Mikael posa l’un après l’autre les pieds dans le sac.

Agnete remonta les pans de jute, qui arrivaient à la hauteur de la poitrine de Mikael. Puis, presque sans effort, elle le souleva et le mit dans l’un des paniers du mulet.

Mikael sentait l’odeur âcre de l’animal, qui bougea à peine.

Agnete baissa la tête de Mikael de force pour le faire rentrer dans le sac. Elle le rabattit sur lui, le noua d’une vieille corde, le recouvrit de navets et d’oignons, et donna une claque sur l’arrière-train du mulet, qui démarra doucement.

« Au revoir, mère », dit Eloisa.

Agnete ne répondit pas.

Enfermé dans le sac, Mikael prit les gants qu’Eloisa lui avait donnés et les enfila, même s’il ne faisait pas froid.

Quand ils furent sortis du village, Agnete lui demanda : « T’arrives à respirer, gamin ?

— Oui.

— Le voyage est long. Dors, toi qui peux dormir.

— Comment s’appelle le mulet ? demanda Mikael au bout d’un certain temps.

— Mulet.

— Il n’a pas de nom ? »

Agnete ne répondit pas.

Un peu de temps passa, puis Mikael murmura : « Bonjour, mulet, moi je m’appelle Mikael.

— Tais-toi, gamin », rétorqua Agnete.

Mikael sentit que la route commençait à monter. Il entendait Agnete et le mulet souffler de fatigue. Il entendait le bruit que faisaient les pierres du chemin sous les sabots de l’animal. Et il commença à sentir le froid. Puis, après une longue, dure et lente période d’ascension, Agnete s’arrêta. Elle respirait lourdement. Le mulet aussi était fatigué.

« À partir de ce moment, je ne dois même plus t’entendre respirer, gamin, dit Agnete. C’est notre vie qui est en jeu.

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