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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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Le vieux Zacharias le regardait, à côté d’Agnete, et dit : « J’aurais dû le mettre avec les filles. »

Agnete marcha vers Mikael et lui demanda, d’une voix dure : « Tu veux qu’on te mette avec les filles ? C’est ça que tu veux ? »

Mikael la regarda, mortifié. Puis il regarda son trou. « J’y arrive pas, dit-il tout bas.

— Ne t’avise plus jamais de dire une chose pareille », lui souffla Agnete au visage. Et elle s’en alla sans lui laisser le temps de répondre.

Il retint ses larmes et regarda du coin de l’œil les garçons de son équipe. Ils creusaient sans se plaindre, bavardaient entre eux, et aucun ne faisait mine de lui adresser la parole. Il n’était pas l’un des leurs. Certains s’aperçurent que Mikael les regardait, et se poussèrent du coude en ricanant. Mikael saisit la pioche et l’enfonça dans la terre. Et il sentit combien la terre était forte, et combien il était faible. Il se tourna vers Agnete, mais elle ne le regardait pas. Il leva la pioche encore une fois et ferma les yeux. Et au même instant il repensa au chef des bandits qui abattait son épée sur la tête de son père et le décapitait. Il ouvrit les yeux et avec un gémissement laissa retomber la pioche.

Les enfants de son équipe se turent et le regardèrent.

Mikael fixait la terre, qui lui semblait rouge de sang. Il sentait son corps vibrer de peur. Soudain, il attrapa la pioche comme si c’était une épée, et la planta rageusement dans le sol. Il frappa un coup puis un autre, puis un autre encore, les dents serrées. Et il continua jusqu’à ce que quelqu’un le saisisse par l’épaule.

« Ça suffit, gamin », dit l’un des hommes qui conduisait un des bœufs.

Mikael le regarda, comme s’il revenait à la réalité. Tous les autres avaient déjà fini de creuser.

« Pousse-toi », dit l’homme. Il attacha la souche à l’encolure des bœufs et fit claquer son fouet. L’animal s’ébranla. Les racines grincèrent, gémirent, tentèrent de résister mais la souche fut enfin arrachée, soulevant un nuage de terre noire. Le bœuf la tira jusqu’à la lisière du champ, où elle fut découpée à la hache.

« Continuez avec l’autre ! », cria le vieux Zacharias.

Les enfants se dirigèrent vers une autre souche.

Mikael les suivit. Au moment où il les rejoignait, toujours tête basse, un violent coup sur l’épaule le projeta au sol.

« Oh, pardon, Crottin Sec, je t’avais pas vu ! dit Eberwolf. Je t’ai confondu avec les autres merdes. »

Ses compagnons se mirent à rire.

Mikael était par terre et ne savait pas quoi faire.

« T’es un lâche, Eberwolf, dit Eloisa en se mettant entre lui et Mikael. T’es juste un fanfaron. »

Eberwolf rougit de colère. Il serra les poings et regarda Mikael avec haine. « Tu te laisses défendre par les filles, Crottin Sec ? » Il tourna le dos et partit.

Agnete saisit brusquement Eloisa par le bras. Tandis qu’elles s’éloignaient, elle tendit le doigt vers Mikael. « Travaille, gamin. »

Mikael prit la pioche et recommença à creuser.

« Comme ça tu l’as condamné, dit Agnete à Eloisa. Ce tyran d’Eberwolf a été humilié deux fois en deux jours devant ses amis. Et en plus par une gamine qui lui préfère “Crottin Sec”. Avant, il l’aurait torturé un peu, histoire de montrer qui est le chef. Maintenant, il le déteste.

— Je voulais pas… », Eloisa regarda Mikael, qui creusait à grand-peine, plus lent que les autres, maniant la pioche avec maladresse. « Il y arrivera jamais », murmura-t-elle.

Agnete lui envoya une violente gifle.

Eloisa la regarda, stupéfaite.

« N’ose plus jamais dire une chose pareille, dit Agnete. Et maintenant, va travailler. » Puis, sans que sa fille le voie, elle lança un regard préoccupé en direction de Mikael.

Vers la fin de l’après-midi, le champ était débarrassé de toutes ses pierres, à présent entassées le long des bords délimités par la corde, et toutes les souches avaient été déracinées.

Mikael alla rendre la pioche et s’aperçut alors que le manche était plein de sang. Il regarda ses mains. Elles étaient couvertes d’ampoules.

De retour à la baraque, pendant qu’Eloisa allumait le feu et réchauffait la soupe, Agnete prépara un mélange de fibres d’écorces de saule et l’étala sur les mains de Mikael qu’elle banda d’un linge de lin.

« Demain, ça sera dur de piocher, lui dit-elle. Mais si tu tiens le coup, tu auras des cals comme nous tous, et tes mains ne saigneront plus. »

Une fois la soupe chaude, ils se mirent à table. Agnete récita un bref bénédicité et versa la soupe.

Mikael avait du mal à tenir sa cuillère.

Agnete posa un bout de viande devant lui. « Tu l’as mérité, Mikael », dit-elle sans le regarder.

15

Le lendemain matin, avant de sortir, Agnete le prit par le bras.

« Tu sentiras un peu moins la douleur », dit-elle en lui tendant des gants en peau de lapin.

Tandis qu’ils se dirigeaient vers le champ du Mezesnig, Eloisa indiqua les gants et dit à Mikael : « Je pensais pas qu’un jour elle les donnerait à quelqu’un.

— Pourquoi ?

— Ils sont spéciaux », répondit Eloisa.

Mikael les regarda. C’était apparemment des gants en lapin ordinaires. Des gants de pauvre.

« Ils étaient à mon frère, dit-elle.

— Celui… qui est mort ? demanda Mikael tout bas.

— Oui. C’est lui qui les avait cousus, avec le premier lapin qu’il avait réussi à capturer. Il avait deux ans de moins que toi. »

Il y eut une longue pause. On n’entendait que leurs sabots résonner sur les pierres du sentier.

« Il s’appelait comment ?

— Niklas », répondit Eloisa.

Mikael regarda de nouveau les gants. Ils lui paraissaient de moins en moins ordinaires. « Pourquoi il est mort ? demanda-t-il timidement.

— Parce qu’il était pas assez fort, répondit Eloisa.

— Alors moi aussi je mourrai, dit Mikael tout bas.

— Non », dit Eloisa, avec une pointe de frayeur dans la voix. Elle regarda Mikael. « Il était faible des poumons, et un hiver, après la famine, il s’est mis à tousser du sang. »

Mikael marcha encore un peu sans parler. « Et son père ? C’est qui ?

— Je sais pas, répondit Eloisa d’un air vague.

— C’est le même père que toi ?

— Je sais pas, je t’ai dit ! », répondit Eloisa, agacée. Mais elle avait le regard perdu.

« Alors qui c’est, ton père ?

— Tu me casses les pieds ! Tu sais pas te taire.

— Excuse-moi…

— T’es un crétin. »

Ils marchèrent en silence jusqu’au champ.

« Voilà ta pioche, dit Zacharias en tendant l’outil à Mikael. Ta maîtresse dit que tu y arriveras. Moi je dis que non. De toute façon, tu dois marcher derrière la charrue et casser les plus grosses mottes, comme les autres. »

Mikael prit la pioche. Le seul fait de l’empoigner lui donna de vives douleurs dans les mains. Il rejoignit le groupe d’enfants qui devaient casser les mottes ouvertes par la charrue.

Les garçons rirent en le voyant arriver.

Eloisa regarda Mikael, qui gardait les yeux obstinément à terre, les épaules courbées. “Défends-toi ! lui dit-elle intérieurement. Donne-leur des coups de poing !”

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