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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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Eloisa poussa Mikael doucement. « Vas-y. »

Ils marchèrent sur le court sentier qui rejoignait la rue du village.

« C’est quoi, travailler ? demanda alors Mikael d’une petite voix.

— Hein ? dit Eloisa.

— Je… je sais pas comment on fait. »

Eloisa s’arrêta pour le regarder, avec une expression incrédule. « Ben, aujourd’hui c’est facile, répondit-elle. Tu regardes les autres et tu fais pareil. »

Mikael avait une lueur effrayée dans les yeux. « Et si j’y arrive pas ?

— Ils te tueront. »

Mikael resta bouche bée.

« Je plaisante, gros bêta ! dit Eloisa en riant. — Marchez, vous deux ! cria Agnete devant. Ou est-ce qu’il faut que je vous fouette le cul comme à des veaux ?

— Marche, dit Eloisa. Aujourd’hui, on déplace des pierres. »

Mikael suivit, la tête basse. Plus il se rapprochait du groupe des villageois, plus sa respiration s’étranglait dans sa gorge et ses jambes tremblaient. Il devait se contrôler pour résister à la tentation de s’enfuir. « À quoi ça sert… de déplacer… des pierres ? demanda-t-il tout bas, le souffle court, pensant que parler le calmerait.

— Gregor et Emöke se marient, dit Eloisa. Quand deux personnes se marient, la montagne leur offre un bout de sa terre et nous demande de la rendre fertile. » Elle désigna le flanc de la montagne sur leur gauche. « Tu vois, là où il y a un feu allumé ? C’est le lopin de terre que la montagne a offert à Gregor et Emöke. Et tout le village enlèvera les pierres, les cailloux, les souches et les racines d’arbre, pour que leur champ soit cultivable. Gregor et Emöke ne bougeront pas le petit doigt. Ils auront bien le temps de se casser le dos quand leur terre sera prête.

— J’ai peur, dit Mikael quand ils furent près du groupe des villageois, qui le regardaient avec curiosité.

— N’y pense pas, répondit Eloisa.

— Tiens, voilà Crottin Sec », annonça Eberwolf à voix haute, en bombant le torse.

Ses amis éclatèrent de rire.

Mikael vit que d’autres adultes aussi souriaient. « J’ai peur », répéta-t-il, mais si bas qu’Eloisa n’entendit pas. Il resta à l’écart, les yeux baissés, espérant que personne ne s’occuperait de lui.

Puis, sur un signe du curé de Notre-Dame des Neiges, frère Timotej, les habitants de la vallée se mirent en route et formèrent une sorte de cortège. Mikael, en silence, marcha derrière. Le cortège s’arrêta au pied de la montagne qu’on appelait le Mezesnig. Frère Timotej leva les bras vers la cime et déclama : « Aujourd’hui, au nom de Dieu, la montagne se donne aux époux Gregor Bajonka et Emöke Albath, pour qu’ils n’oublient jamais que c’est d’elle que nos vies dépendent, de sa générosité et de sa fureur, de sa richesse et de sa férocité ».

Gregor et Emöke étaient au milieu de ce qui deviendrait leur champ. Ils étaient très jeunes. Lui, maigre, le visage creusé comme certains troncs exposés aux intempéries. Elle, florissante, les joues rouges, tel un fruit juteux. Tous deux portaient leurs habits du dimanche. Et tous deux avaient le regard qui brillait, d’une lumière à la fois légère et émue.

Frère Timotej alla jusqu’à un grand pieu planté dans le sol, marquant l’un des coins du petit lopin de terre délimité par un muret de pierres sèches, et l’aspergea d’eau bénite. Puis il récita : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Et Dieu dit : “Que la terre produise de la verdure, de l’herbe à graine, des arbres fruitiers qui donnent du fruit, selon leur espèce, et contiennent leur semence sur la terre !” Ainsi fut-il : la terre produisit de la verdure, de l’herbe à graine, et des arbres qui donnent du fruit selon leur espèce, et contiennent leur semence. Et Dieu vit que cela était bon. Et Dieu dit : “Voici, je vous donne toute herbe à graine sur toute la surface de la terre, ainsi que tout arbre portant des fruits avec pépins ou noyau : ce sera votre nourriture”. Et ainsi fut-il. Dieu regarda tout ce qu’il avait fait, et vit que cela était bon. »

Pendant ce temps, des hommes avaient planté d’autres pieux et délimitaient par une corde le futur champ des époux.

« Voici le champ que la montagne, avec la bénédiction de Dieu, donne aujourd’hui à Gregor Bajonka et Emöke Albath », dit alors le frère Timotej.

Les villageois récitèrent en chœur : « Créateur de tout l’univers, qui visite la terre par ta bénédiction et au passage répands l’abondance, fais que nos champs produisent la nourriture nécessaire à nos familles ». Après un signe de croix, ils entrèrent dans le champ et vinrent embrasser Gregor et Emöke.

Un vieil homme à la longue barbe blanche incrustée de nourriture se mit au centre du carré de cinquante pas sur cinquante. De son bâton, il désigna des hommes adultes, qui se regroupèrent d’un côté. Il regarda un instant Eberwolf. Le garçon bomba le torse. Le vieux acquiesça et tendit vers lui son bâton. Eberwolf, se pavanant sous les regards admiratifs de ses camarades, rejoignit le groupe des adultes. Puis le vieux sépara en deux groupes distincts les jeunes garçons et les jeunes filles. Ensuite les petits garçons et les petites filles. Arrivé à Mikael, il dit : « Pour aujourd’hui, tu iras avec les filles. »

Eberwolf, ses amis et quelques-unes des filles rirent.

« Non ! », s’exclama Agnete.

Le vieux la regarda avec étonnement, presque offensé. « Non ? dit-il doucement.

— Non, Zacharias, répéta Agnete en faisant un pas en avant. Je l’ai acheté pour travailler. Et il travaillera comme chacun d’entre nous.

— Il a des mains de fille et des muscles d’écureuil. À quoi ça te sert de tuer ta bête de somme, juste par orgueil ?

— Il y arrivera », dit Agnete sans baisser les yeux.

Le vieux la fixait en silence. Il acquiesça, désigna Mikael, et lui fit signe de rejoindre le groupe des petits garçons.

Eloisa sourit.

« Crottin Sec est une fille ! », cria Eberwolf. Et tous se mirent à rire.

Agnete lança un regard désapprobateur à Zacharias et cracha par terre.

« Allez, au travail ! », dit le vieux.

Les hommes se jetèrent sur les plus grosses pierres et commencèrent à les déplacer. Les jeunes garçons s’occupèrent des pierres moyennes. Les petites filles des pierres plus petites. Les jeunes filles devaient creuser la terre d’un pieu à l’autre, le long de la limite, sur une profondeur d’une paume et une largeur de deux, là où s’élèverait le mur de clôture. Au groupe des petits garçons, dont Mikael faisait partie, on distribua des pioches pour déterrer les souches des hêtres abattus. Deux habitants de la vallée, avec un attelage de bœufs puissants, attendaient que les racines soient à nu pour attacher la souche aux bêtes de somme et l’extirper du sol.

Mikael prit une pioche, regarda comment les autres faisaient et les imita. Il souleva l’outil au-dessus de sa tête et l’abaissa avec force. Mais sa prise était molle et il n’était pas préparé à l’impact avec le terrain dur. La pioche rebondit, lui échappa des mains et Mikael se retrouva par terre.

Les enfants autour de lui se mirent à rire.

Eloisa, qui passait en transportant des pierres, s’approcha de lui. « Serre-la fort », lui dit-elle.

Les petits garçons ricanèrent encore.

Mikael donna un coup. La lame ne pénétra pas tout entière. Mais il garda la pioche en main. Alors il la leva de nouveau et frappa avec plus de force. Une petite motte de terre bougea. Il se tourna vers Eloisa.

La petite fille le regardait et lui adressa un signe d’approbation imperceptible.

Mikael souleva la pioche et l’abaissa. Encore et encore. Mais il dut s’arrêter après une vingtaine de coups. Ses mains lui faisaient mal et les muscles de ses épaules brûlaient. Les autres enfants continuaient de piocher avec constance. Mikael serra les dents et recommença. Mais il était toujours en retard sur les autres.

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