La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
J’ai ensuite dit à ma tante que l’air de ce pays n’était pas bon pour Ursule, à laquelle il rappelait trop vivement ses malheurs, et que je partirais dès le lendemain; mais que je lui laissais Fanchette. J’ai appris alors à Ursule que j’étais veuve, et que le deuil qu’elle voyait était celui de mon mari; que nous vivrions absolument ensemble chez moi, comme deux sœurs; que je la regarderais comme étant la mienne: et j’ai ajouté avec un sentiment cruel, et doux dans un autre sens, que c’était à plus d’un titre.
Le lendemain, je suis sortie avec ma sœur Fanchette, pour quelques achats que j’avais à faire; et je vous avouerai que je vis Edmond. M’a-t-il aperçue? c’est ce que j’ignore. Cela me fit penser, à mon retour, à lui écrire deux mots, pour lui annoncer que j’emmenais Ursule, et qu’il ne la cherchât plus où elle avait été. J’eus soins de ne lui faire tenir cette lettre qu’à l’instant de mon départ, et après m’être bien assurée de sa demeure, qui est rue Galande, près la place Maubert, chez un pâtissier, au quatrième: je vous la donne, pour que vous en fassiez usage, si vous le jugez à propos. Il me parut assez proprement vêtu; mais pâle, l’air inquiet et triste, marchant par bonds, et jetant souvent les yeux de côté et d’autre, comme un homme qui cherche quelqu’un. Sa vue m’a fait tressaillir, et je l’aurais peut-être appelé, si j’en avais eu la force. Mais il est disparu, à l’instant où j’en formais la résolution. Depuis j’en ai changé.
Ursule se trouve mieux ici qu’à Paris. Elle a sa femme de chambre avec elle, et je veux qu’elle la garde; cette pauvre fille avait un vilain nom; Ursule le lui a changé, après l’avoir retrouvée: c’est une Frémi, d’une assez bonne famille d’Au**, c’est une bonne fille; elle aime bien sa maîtresse. Pour moi, je ne saurais vous dire combien je remercie Dieu de me l’avoir rendue: tout ce que je possède est à nous deux. Je suis très fâchée de ne pas avoir eu des nouvelles de son fils, avant de quitter Paris; mais j’ai prié ma sœur et ma tante de s’en procurer, soit par le moyen d’Edmond, soit directement par le marquis. Votre sœur n’est connue ici de personne, que du conseiller; encore ignore-t-il absolument tous les tristes détails. Sa femme est attaquée de la poitrine, et traîne en langueur. La santé n’est pas toujours où elle devrait être; souvent elle accompagne ceux que la douleur aurait dû moissonner! Au plaisir de vous voir, ou ici, ou chez vous, ma chère Fanchon, suivant la santé d’Ursule, qui est fort dérangée.
P.-S. – Je viens de perdre ma chère tante Canon; j’en reçois la nouvelle à l’instant: Ursule s’accuse de sa mort!… C’est à ce coup que je n’ai plus de mère!
Lettre 152. Edmée, à Fanchon.