Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2003
- Язык: французский
- Год: Deno
- ISBN: 2-207-25316-3
- Переводчик: Gilles Goullet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]». Краткое содержание книги:
Après Darwinia, voici le second roman de Robert Charles Wilson dans la collection Lunes d’encre, un thriller temporel comme vous n’en jamais lu, qui a valu à son auteur une nomination méritée au prestigieux prix Hugo.
Il y en avait même plusieurs. J’en ai mentionné une. « Le poste est à Baltimore.
— Baltimore ?
— Baltimore, dans le Maryland.
— Tu veux dire que tu vas déménager à l’autre bout du pays ?
— Si on me donne ce boulot. Cela reste à faire.
— Mais tu n’as rien dit à Kaitlin.
— Non, pas encore. Je voulais t’en parler d’abord.
— Ah bon. Eh bien, que pourrais-je te répondre ? Je veux dire, c’est si soudain. La question est de savoir à quel point cela va bouleverser Kait. Mais je n’en sais rien. Sans vouloir te vexer, elle parle moins souvent de toi qu’avant.
— Je ne vais quand même pas disparaître de sa vie. On peut se rendre visite.
— Se rendre visite et élever un enfant, ce n’est pas la même chose, Scott. Une visite, c’est… c’est un truc d’oncle. Mais je ne sais pas. Ce n’est peut-être pas plus mal. Whit et elle s’entendent plutôt bien.
— Même si je n’habite plus dans le coin, je reste son père.
— Dans la mesure où tu l’as été un jour, oui, c’est vrai.
— Tu as l’air en colère.
— Non. Je me demande juste si je ne devrais pas l’être. »
Whit est redescendu et nous avons bavardé encore un peu, mais le vent a forci, de la neige dure a cogné aux fenêtres et Janice s’est inquiétée à voix haute des conditions de circulation. Aussi ai-je salué Whit et Janice avant d’attendre comme à l’accoutumée sur le seuil que Kait vienne me serrer dans ses bras pour me dire au revoir.
Elle s’est avancée dans le vestibule mais s’est immobilisée à quelques pas de moi, le regard furieux, la lèvre tremblante.
« Kaity, mon canard ? me suis-je étonné.
— Ne m’appelle pas comme ça. Je ne suis pas un bébé. » Alors j’ai compris. « Tu as écouté. »
Son handicap auditif ne l’empêchait pas d’écouter aux portes. Il l’avait peut-être même rendue plus discrète et plus curieuse.
« Hé, a-t-elle dit, ce n’est pas grave. Tu déménages dans une autre ville. C’est normal. »
Parmi tout ce que j’aurais pu dire, j’ai choisi ceci : « Ça ne se fait pas d’écouter les conversations des autres, Kaitlin.
— Ne me dis pas ce que j’ai à faire », a-t-elle répliqué. Puis elle s’est détournée et a couru dans sa chambre.
5
La veille du jour où je suis parti à Baltimore pour discuter avec Sue Chopra, Janice m’a téléphoné. J’ai été surpris d’entendre sa voix : elle m’appelait rarement à l’improviste.
« Tout va bien, m’a-t-elle aussitôt rassuré. Je voulais juste, eh bien, te souhaiter bonne chance. »
Le genre de chance qui me garderait hors de la ville ? Mais c’était une pensée mesquine. « Merci, ai-je répondu.
— Sincèrement. J’y ai repensé. Et je voulais que tu saches… Kaitlin le prend mal, c’est vrai. Mais elle s’en sortira. Si cela la bouleverse autant, c’est parce qu’elle tient à toi.
— Eh bien… Merci de l’avoir dit.
— Je n’ai pas fini. » Elle a hésité. « Ah, Scott, on a vraiment merdé, hein ? Là-bas, en Thaïlande. Mais c’était trop bizarre. Trop étrange.
— Je m’en suis déjà excusé.
— Je ne t’appelle pas pour avoir des excuses. Tu comprends ce que je veux dire ? J’ai peut-être ma part de responsabilité dans toute cette histoire.
— On ne va pas s’amuser à chercher à qui la faute, Janice. Mais je te suis reconnaissant de l’avoir dit. »
Je ne pouvais m’empêcher de passer mon appartement en revue pendant notre conversation. Il semblait déjà vide. Sous les stores défraîchis, les fenêtres étaient blanches de glace.
« Je voulais te dire que j’ai conscience des efforts que tu fais. Vis-à-vis de Kaitlin, pas de moi, je suis une cause perdue, pas vrai ? »
Je n’ai pas répondu.
« Pendant tout ce temps où tu travaillais à Campion-Miller… Tu sais quoi, j’étais inquiète à l’époque, quand tu es revenu de Thaïlande. Je me demandais si tu n’allais pas m’assiéger ou me harceler, et même s’il fallait laisser Kaitlin te revoir. Mais je dois bien l’avouer, tu as l’étoffe d’un bon père divorcé. Tu as fait traverser à Kait cette période difficile comme si c’était un champ de mines, en prenant tous les risques pour toi. »
Nous n’avions plus parlé aussi intimement depuis des années, ce qui m’a un peu décontenancé.
Elle a continué. « On aurait dit que tu essayais de te prouver quelque chose, que tu pouvais te comporter comme il faut, en adulte responsable.
— Je n’essayais pas de le prouver, je le faisais.
— Oui, mais en te punissant en même temps. En te réprimandant. Ce qui est une des composantes d’un comportement responsable. Mais jusqu’à un certain point, Scott, tant qu’on ne dépasse pas les bornes. Il n’y a que les moines qui arrivent à se flageller sans arrêt.
— Je ne suis pas un moine, Janice.
— Alors n’agis pas comme si tu en étais un. Si ce boulot te semble intéressant, prends-le. Prends-le, Scott. Kait ne va pas cesser de t’aimer simplement parce que tu ne la verras plus toutes les semaines. Pour l’instant, elle est dans tous ses états, mais elle finira par comprendre. »
C’était un bien long discours. Mais aussi ce que Janice avait tenté de mieux jusque-là pour m’accorder l’absolution, pour me féliciter d’avoir reconnu quel désastre j’avais fait de nos vies.
C’était bon. Généreux. Mais sonnait en même temps comme une porte qui se ferme. Elle me donnait la permission de chercher une vie meilleure, parce qu’il aurait été complètement irréaliste de croire que ce qu’il y avait eu autrefois entre nous pouvait être recréé.
Nous le savions tous les deux. Mais le cœur a parfois des raisons que la raison ignore.
« Il faut que j’y aille, Scotty. »
Sa voix avait eu une petite hésitation, presque un hoquet.
« OK, Janice. Mes amitiés à Whit.
— Appelle-moi quand tu auras trouvé du boulot.
— Promis.
— Kait a encore besoin que tu lui donnes de tes nouvelles, même si elle pense le contraire. Vu l’époque et le monde dans lesquels nous vivons…
— Je comprends.
— Et sois prudent sur la route de l’aéroport. La chaussée est glissante depuis la dernière grosse chute de neige. »
À mon arrivée à l’aéroport de Baltimore, je m’attendais à trouver un chauffeur avec mon nom inscrit sur un carton, mais j’ai été accueilli par Sulamith Chopra en personne.
Impossible de ne pas la reconnaître, même après toutes ces années. Elle dépassait de la foule. Jusqu’à sa tête qui était toute en longueur, une espèce de longue cacahouète brune surmontée de boucles noires en léger désordre. Elle portait un pantalon kaki taille montgolfière et une blouse qui avait dû être blanche, mais sur laquelle d’autres vêtements avaient apparemment déteint dans la machine à laver. Elle donnait tellement l’impression d’avoir choisi ses vêtements à l’Armée du Salut que j’ai douté de sa capacité à embaucher qui que ce soit… puis je me suis dit monde universitaire et scientifiques.
Elle a souri. J’ai souri aussi, mais avec moins d’énergie.
J’ai tendu la main, mais elle n’en a pas voulu, elle m’a attrapé pour me serrer très fort dans ses bras, me relâchant une fraction de seconde avant que cela ne devienne douloureux. « Ce bon vieux Scotty.