Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
Vipère au poing - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Vipère au poing

Электронная книга - «Vipère au poing». Краткое содержание книги:

« Vipère au poing », c'est le combat impitoyable livré par Jean Rezeau, dit Brasse-Bouillon, et ses frères, à leur mère, une femme odieuse, qu'ils ont surnommé Folcoche.
Cri de haine et de révolte, ce roman, largement autobiographique, le premier d'Hervé Bazin, lui apporta la célébrité et le classa d'emblée parmi les écrivains contemporains les plus lus du XXe siècle.
1 ... 14 15 16 17 18 19 20 21 22 ... 43
Перейти на страницу:

Folcoche

Va crever,

Folcoche

Va crever,

Folcoche

Va crever…

Mais la porte s'entrouvre. Une paire de moustaches apparaît. L'oreille paternelle reçoit de plein fouet un dernier : « Folcoche va crever ! »

— Pet-pet. Le vieux qui revient ! crie Frédie.

Mais la porte s'est refermée et notre trio consterné entend s'éloigner dans le couloir un pas qui racle du talon et qui titube comme celui d'un vieillard.

Évidemment, Folcoche ne mourut point. Elle fut seulement réopérée. La nature de cette nouvelle intervention ne devait nous être révélée que dix ans plus tard, la pudibonderie familiale interdisant d'expliquer à des enfants ce qu'est une double ovariotomie. Mme Rezeau, que son sang trahissait, voyait ses organes gagnés un à un par une infection généralisée. Mais elle continuait à déclarer, catégorique :

— Je ne mourrai pas.

Et, finalement, le chirurgien confirma cette intention :

— Le cas de Mme Rezeau est grave, et, s'il ne s'agissait pas d'elle, je l'eusse condamnée. Mais, avec une pareille volonté, on arrive toujours à se tirer d'affaire.

Nous dûmes nous convaincre, peu à peu, de l'inévitable… Elle vivrait ! Mais nous faisions des calculs, nous supputions la durée d'une convalescence très difficile. Un certain répit nous restait. Papa, de son côté, s'efforçait de gagner du temps. Nous avions, pendant l'absence de notre mère, suivi le mouvement donné par Cropette et collectionné les centimètres. Nous étions déjà « grandelets », comme disent les dames visiteuses de familles pauvres en tâtant les biceps naissants des apprentis qui pourront bientôt travailler pour leurs époux industriels. Folcoche aurait du mal à manier les petits jeunes gens que nous étions en train de devenir.

— Paule devrait comprendre que la charge d'une grande maison est trop lourde pour une convalescente, répétait mon père à la comtesse Bartolomi, sa sœur, venue l'aider quelques jours à tenir La Belle Angerie.

— Pourquoi ne mets-tu pas tes fils au collège avant que ta femme soit rentrée ? répondait notre tante, abordant de biais la véritable question, ainsi qu'il est de bon ton.

— La pension des jésuites coûte cher, et Paule ne veut pas en entendre parler.

— Mais n'as-tu donc aucune autorité sur elle ? finissait par s'écrier la comtesse, se rapprochant du centre du sujet.

M. Rezeau l'en écartait vivement :

— Ma chère, nous sommes mariés sous le régime de la séparation de biens et la fortune de Paule lui appartient en propre.

Finalement, aucune décision ne fut prise.

Si… pour être juste, il faut noter qu'une décision fut prise. M. Rezeau convoqua ses collègues entomologistes à La Belle Angerie. Il était urgent de régler un certain nombre de questions pendantes. La Stretomenia sinensis avait été décrite, le même mois, par notre père sous le nom précité et par le professeur Chadnown sous celui de Stretomenia orientalis. Laquelle de ces deux appellations serait retenue pour la détermination internationale ? Il devenait également nécessaire d'instituer un judicieux système d'échanges.

— Chadnown a osé m'envoyer de vulgaires drosophiles contre de rarissimes Arulœ ! Et qu'est-ce que ça peut me foutre, à moi, spécialiste des sirphides, de recevoir des papillons du Brésil, que ces brutes de Portugais ne savent même pas étaler correctement… quand ils ne les ont pas descendus au pistolet !

Furent invités le professeur Chadnown, de Philadelphie, l'abbé Rapant, de Malines, Ibrahim-Pacha, du Caire, et le senor Bichos-Rocoa, de Sao-Paulo. Tous s'occupaient des diptères, alias mouches à deux ailes, mais le premier s'intéressait plus spécialement aux puces (« Pas aux poux ni aux pucerons, mes enfants ! Car ce sont des hémiptères »), le second, aux tipules, ces fausses araignées qui galopent sur l'eau, le troisième, aux moustiques, qui sont restés la troisième plaie d'Égypte, et le dernier, aux tabanides, qui comprennent toutes les variétés de taons du monde. Bien entendu, M. Rezeau avait invité d'autres éminents diptéristes, mais ceux-là vinrent qui en avaient les moyens ou purent saisir une occasion, tel Bichos-Rocoa, exportateur de cuirs bruts, dont les peaux servaient de madère première aux godillots de l'intendance.

Ibrahim et Bichos ne firent que passer. Le premier ne parlait qu'arabe ou latin ; le second torturait l'anglais. Tous deux fort grands seigneurs et petits savants, ils déçurent beaucoup notre père.

— Ibrahim ne s'intéresse aux moustiques que dans l'espoir de se faire bien voir de son gouvernement : il ne connaît que les moyens de les détruire et n'est pas fichu de déterminer correctement un sujet ! Même remarque pour Bichos-Rocoa, pour qui les tabanides sont avant tout des insectes piqueurs, qui trouent les peaux et en diminuent la valeur. Ni l'un ni l'autre ne sont vraiment désintéressés. J'aime les spéculatifs, moi…

Le professeur Chadnown, sous ce rapport, le combla. L'alise craonnaise, le fromage en jonc sortis des mains de Jeannie Simon ne l'eussent sans doute pas retenu longtemps, mais, le soir, tandis que nous faisions un pont en sa compagnie, un petit animal, qui trottinait le long de l'allée, se roula en boule à notre approche.

— Oh ! fit l'Américain, a rabbit ?

— No, répondit mon père, ce n'est pas un lapin, c'est un hérisson.

— Hé-ris-son !… répéta Chadnown, songeur.

Et, soudain, le professeur prit ses jambes à son cou et fila comme un zèbre vers La Belle Angerie. Nous l'attendions, perplexes, mais devinant qu'il allait tenter quelque expérience. Du bout de sa canne, M. Rezeau agaçait le hérisson, qui resta prudemment roulé en bogue, risquant à peine, de temps en temps, un coup d'œil sur nos galoches. Il s'agissait d'un nez-de-cochon, que les rabouins distinguent de la variété nez-de-chien et font cuire à l'étouffée dans la glaise. Bientôt nous vîmes revenir Chadnown, toujours courant, tenant de la main droite un flacon d'éther et de la main gauche le seau hygiénique de sa chambre.

— Sapristi ! Que voulez-vous faire ?

Mais Chadnown, les yeux brillants et marmonnant un chewing-gum d'Anglais, enveloppait délicatement le hérisson dans son foulard et, ainsi protégé contre les piquants, le transférait au fond du seau. Après quoi, sans hésiter, il lui vida sur le nez son flacon d'éther et referma le couvercle.

— La pauvre bête ! protesta l'oblat, qui se méfiait des protestants.

Le professeur de Philadelphie attendit trois minutes, sans daigner nous expliquer son étrange conduite, puis découvrit le seau où gisait le malheureux nez-de-cochon dûment pâmé. Alors l'Américain tira de sa poche une pince à insectes et se pencha vers sa victime. De petits points noirs parsemaient la porcelaine.

— Les puces ! s'écria papa. Il a pensé aux puces du hérisson !

Le mystère devenait limpide : le professeur enrichissait sa collection. Ces parasites sont, en effet, propres à chacune des espèces dont ils vivent. Ceux du hérisson européen ne figuraient point au musée entomologiste de Philadelphie. Trop petits pour être épinglés, ils furent collés immédiatement sur des morceaux de moelle de sureau. Quant au hérisson, rendu à la nature craonnaise, il se réveilla sans doute une ou deux heures plus tard, bien épucé jusqu'à ses prochaines amours.

1 ... 14 15 16 17 18 19 20 21 22 ... 43
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)