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Le gang des rêves

Электронная книга - «Le gang des rêves». Краткое содержание книги:

Une Italienne de quinze ans débarque avec son fils dans le New York des années vingt…
L’histoire commence, vertigineuse, tumultueuse. Elle s’achève quelques heures plus tard sans qu’on ait pu fermer le livre, la magie Di Fulvio.
Roman de l’enfance volée, Le Gang des rêves brûle d’une ardeur rédemptrice : chacun s’y bat pour conserver son intégrité et, dans la boue, le sang, la terreur et la pitié, toujours garder l’illusion de la pureté.
Dramaturge, le Romain Luca Di Fulvio est l’auteur de dix romans.
Deux d’entre eux ont déjà été adaptés au cinéma ; ce sera le destin du Gang des rêves, qui se lit comme un film et dont chaque page est une nouvelle séquence.
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— Non, répondit Christmas.

— C’est à vous, ça ? demanda-t-il en indiquant la Cadillac.

— Non. »

Le garçon sortit la main de sa poche. Il tenait un couteau à cran d’arrêt minable et inoffensif, la pointe de la lame ébréchée :

« Alors, occupe-toi d’tes affaires ! » lança-t-il d’un ton insolent.

Christmas leva les mains en signe de reddition.

« Ici c’est notre territoire, poursuivit le gamin.

— Et vous vous appelez comment ? » interrogea Christmas, sans baisser les bras.

L’enfant se tourna vers ses trois compagnons, l’air perdu. Mais ses amis ne lui furent d’aucun secours. Il fit à nouveau face à Christmas :

« Nous sommes…, et là il hésita, regarda à droite et à gauche comme s’il cherchait quelque chose, et puis son visage s’illumina. Nous sommes les Diamond Dogs ! » annonça-t-il en gonflant son maigre torse.

Christmas sourit :

« Il y a longtemps, il y avait une bande dans le coin, qui s’appelait comme ça. »

L’autre haussa les épaules :

« Eh ben, on voit qu’ils ont entendu parler de nous et qu’ils se sont taillés, dit-il. Maintenant, le nom est à nous. »

Christmas acquiesça :

« Je peux baisser les mains ? demanda-t-il.

— OK, mais pas d’conneries, hein ! répondit l’autre, agitant son cran d’arrêt en l’air.

— Du calme, du calme, je veux pas finir découpé en rondelles… dit Christmas. Mais moi, il faudrait que j’aille par là ! et il indiqua la porte de son ancien immeuble. C’est possible ? »

Le gosse se tourna vers ses copains :

« On le laisse passer ? »

L’un des trois laissa échapper un rire avant de plaquer la main sur sa bouche.

« T’as d’la chance, jobard ! Aujourd’hui, on est d’bonne humeur. Tu peux y aller. Pour ce soir, les Diamond Dogs t’épargnent.

— À la prochaine ! » fit Christmas en franchissant la porte. Et il commença à monter joyeusement l’escalier.

« Eh ! lança le gamin derrière son dos, le rejoignant sur le palier de l’entresol. Qu’est-c’qui f’saient, ces Diamond Dogs que tu connaissais ? lui demanda-t-il. Ils étaient connus ?

— Assez, oui ! Mais ils se servaient de leur tête, pas de pistolets ni de couteaux. »

Le garçon le regarda, intrigué :

« Et c’était qui, leur chef ?

— Un gars avec un nom de nègre…

— Ah bon… Moi, je m’appelle Albert. Mais pour les copains, je suis Zip.

— Enchanté, Zip » et Christmas lui tendit la main.

Le gamin resta immobile :

« Qu’est-c’que t’en dis ?… C’est bien comme nom, Zip, pour le chef des Diamond Dogs ? »

Christmas réfléchit un instant.

« Zip, c’est un nom d’enfer » finit-il par répondre.

Zip sourit et lui serra la main :

« Et toi, comment tu t’appelles ?

— Moi ? Christmas haussa les épaules. J’ai un nom idiot. Laisse tomber. »

Puis il regarda le gosse dans les yeux :

« Où tu habites ? lui demanda-t-il.

— Là, en face.

— Et de la fenêtre de chez toi, tu vois la rue ?

— Oui, pourquoi ?

— Parce que tu pourrais me rendre un énorme service, Zip, expliqua Christmas avec sérieux. Si tu rentrais chez toi au lieu de te geler dehors, tu pourrais peut-être tenir à l’œil cette Cadillac là-dehors… Qu’est-c’que t’en dis ? Car si je savais que le chef des Diamond Dogs la surveille, je serais plus tranquille. »

Christmas glissa une main dans sa poche et en tira un rouleau de billets de banque, un geste qui lui rappela Rothstein. Il prit un billet de dix, qu’il tendit au gosse :

« Alors ? Tu crois qu’on pourrait faire ça ? »

Zip écarquilla les yeux. Il s’empara du billet et le colla sous son nez :

« OK, répondit-il en tentant de contrôler sa voix. J’verrai c’qu’on peut faire.

— Merci, l’ami ! » fit Christmas.

Mais Zip n’écoutait plus. Il avait fait volte-face et descendait déjà les marches quatre à quatre. Christmas le regarda disparaître en souriant, une pointe de nostalgie dans le cœur, puis il atteignit la porte de son ancien appartement et frappa.

« Eh, t’en as mis du temps à arriver, morveux ! s’exclama Sal en ouvrant. Viens que j’te fasse visiter un peu une maison de grand seigneur, pas une merde comme là où tu crèches… »

Christmas entra et prit sa mère dans ses bras. Puis Cetta saisit le visage de son fils entre ses mains, l’embrassa et lui fit une caresse :

« T’as mauvaise mine, mon chéri… se lamenta-t-elle.

— Oh, moi j’me d’mande comment t’as fait pour pas dev’nir une tapette avec une mère pareille, râla Sal. Mais laisse-le un peu tranquille, Cetta ! »

Cetta se mit à rire, prit le manteau de son fils et admira son costume :

« Qu’est-c’que t’es beau ! Mais passez donc à table, tout est prêt !

— Non non, y faut d’abord qu’il fasse le tour du propriétaire, insista Sal. J’ai dépensé une tonne de fric pour cette baraque et je peux même pas lui faire visiter ? »

Il prit Christmas par le bras et l’entraîna dans tous les recoins de l’appartement, l’informant dans les moindres détails des coûts de maçonnerie, plomberie, électricité et mobilier. Arrivés à la chambre à coucher, il n’ouvrit pas la porte. « C’est là où ta mère et moi on dort » bougonna-t-il vaguement à voix basse, gêné.

Christmas se tourna vers Cetta et sourit.

« Alors, comment tu la trouves, cette baraque ? demanda Sal à la fin de la visite.

— Splendide, répondit-il.

— Splendide ? tonna Sal. Mais t’y connais vraiment rien en maisons, morveux ! C’est un palais, un vrai palais, bordel de merde !

— T’as raison, Sal ! » rit Christmas avant de retourner au salon.

La table était dressée pour trois personnes. Ils savourèrent des pâtes avec des boulettes et des poivrons, des saucisses à la sauce tomate, des aubergines farcies de viande de porc, des olives noires, et pour finir, du saucisson piquant et du fromage de chèvre. Le tout arrosé d’un vin italien épais, rouge rubis. Puis Sal s’approcha de la glacière, d’où il sortit une boîte en carton et une bouteille : « La Cassata, une spécialité sicilienne ! expliqua-t-il. Et du spumante doux, c’est mieux que le champagne, cette cochonnerie amère… »

Lorsqu’ils se retrouvèrent tous trois bras levé pour porter un toast, Sal annonça, gêné :

« J’ai demandé à ta mère de m’épouser…

— Et qu’est-c’que tu lui as répondu, m’man ? sourit Christmas.

— Merde, et qu’est-c’tu voulais qu’elle réponde ? » s’écria Sal, s’agitant sur sa chaise et faisait tomber un peu de spumante sur la nappe.

Cetta trempa son doigt dans le spumante renversé et le passa derrière l’oreille de Christmas, puis celle de Sal. « Ça porte bonheur ! » dit-elle.

« Je suis heureux pour vous, dit Christmas. Et c’est pour quand ?

— On verra, ronchonna Sal. Un mariage, ça coûte un sacré pognon, et pour le moment j’en ai déjà assez dépensé pour la baraque…

— À vous deux ! souhaita Christmas.

— Et à ta pièce ! ajouta Cetta. C’est pour bientôt… »

Christmas sourit :

« Dans deux semaines, précisa-t-il doucement.

— À ta pièce ! reprit Sal.

— Et à pépé Vito et mémé Tonia, dit Cetta avant de caresser la main de Sal. Ils seraient fiers de toi.

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