Le gang des rêves
- Автор: Fulvio Luca di
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440061
- Переводчик: Elsa Damien
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Le gang des rêves». Краткое содержание книги:
L’histoire commence, vertigineuse, tumultueuse. Elle s’achève quelques heures plus tard sans qu’on ait pu fermer le livre, la magie Di Fulvio.
Roman de l’enfance volée, Le Gang des rêves brûle d’une ardeur rédemptrice : chacun s’y bat pour conserver son intégrité et, dans la boue, le sang, la terreur et la pitié, toujours garder l’illusion de la pureté.
Dramaturge, le Romain Luca Di Fulvio est l’auteur de dix romans.
Deux d’entre eux ont déjà été adaptés au cinéma ; ce sera le destin du Gang des rêves, qui se lit comme un film et dont chaque page est une nouvelle séquence.
« Mais moi, je suis une autre. Et maintenant toi, tu es un autre aussi ! » se dit-elle, stupéfaite par la simplicité de cette constatation.
Le cœur presque léger — ou, du moins, porteur d’une promesse de légèreté —, elle se tourna vers Barrymore : « Je dois y aller ! » lui souffla-telle à l’oreille avant de rejoindre Clarence. Elle demanda au vieil agent de la raccompagner à la maison. Elle passa un bras sous le sien et ils se dirigèrent vers la sortie.
L’air était frais et limpide, le ciel étoilé.
« La voiture est là-bas ! » dit M. Bailey en indiquant le bout de l’allée.
Ruth eut l’impression d’entrevoir un homme avec un costume clair et une chemise rouge criarde qui courait entre les véhicules garés. Il sembla s’arrêter au milieu d’une rangée de voitures et regarder autour de lui avant de reprendra sa course. Peut-être fit-il aussi une chute. Mais Ruth n’y prêta aucune attention. Elle ne le connaissait pas, cet homme. Elle ne le connaissait plus. Ça pouvait être n’importe qui.
Ruth sourit et commença à descendre l’escalier. « Je ne suis plus à toi ! » se dit-elle. Son sourire ouvrait grand la cage : « Adieu, Bill ! »
Bill trébucha. Tomba. Se releva.
Sa LaSalle était bloquée par des dizaines d’autres voitures.
« Vous partez ? demanda un domestique. Si vous me donnez dix minutes, je vous sors votre voiture. »
Bill le bouscula. « Mais va t’faire foutre ! » grogna-t-il. Non, il n’avait pas dix minutes, il n’avait pas même une seconde !
Il se tourna vers la villa. Ruth se tenait devant la porte et regardait dans sa direction. Elle l’avait vu. Elle était avec un homme, certainement un policier. Le policier avait levé le bras et l’indiquait. Ruth riait.
Bill s’élança vers le portail. Il devait fuir. Il ne se laisserait pas prendre. Dans sa course, il se heurtait aux voitures garées là et le gravier entrait dans ses chaussures. Il jeta encore un coup d’œil derrière lui.
Ruth descendait l’escalier de la villa avec le policier. Ils avançaient sans se presser. Ils se jouaient de lui. Bill se trouvait dans une cage, et la cage s’était refermée. Il sentait son cerveau exploser. Il était traversé d’éclairs aveuglants, puis il faisait noir, et puis des éclairs encore. L’alcool lui coupait les jambes. Il se remit à courir. Maintenant le portail était proche. Mais que ferait-il, une fois sur Sunset Boulevard ? Il ne pouvait pas prendre la fuite à pied ! Il se ferait rattraper. Il regarda derrière lui. Le policier l’indiquait à nouveau. Le domestique se retournait et l’indiquait à son tour. Et Ruth riait ! Elle riait. De lui.
Bill se camoufla derrière un buisson. Il reprit son souffle et observa les alentours. Si seulement il pouvait se faire une autre ligne de cocaïne ! Avec une ligne en plus, il ne se ferait pas choper. Il redeviendrait invincible. Il fourra la main dans sa poche où il sentit quelque chose. En retirant sa main, il découvrit un peu de poudre blanche sur le bout de ses doigts. Une des fioles avait dû s’ouvrir. Il ôta sa veste et retourna la poche dans la paume de sa main. Il n’y avait pas grand-chose, mais ça suffirait. Il se mit à rire. Puis il porta la main à son nez et aspira de toutes ses forces. Il sentit de l’amertume dans sa gorge. Il renifla l’étoffe de sa poche. Il rit à nouveau. Se mordant violemment la lèvre, il perçut le goût du sang mais aucune douleur. « Merde, je suis encore invincible ! » s’exclama-t-il.
Il jeta un œil de l’autre côté du buisson. Des hommes en costume sombre bavardaient et fumaient sur la pelouse, tout en faisant les malins avec une domestique. Bill savait qui ils étaient : les gardes du corps d’un connard de sénateur. Des merdes. Ils se trouvaient au moins à vingt pas de la voiture noire. L’un d’eux avait ôté sa veste et Bill pouvait apercevoir son pistolet dans l’étui. Personne d’autre ne pourrait réussir un coup pareil, mais lui si ! Car lui, il était invincible. Il avait un avantage de vingt pas sur ces pauvres cons. Il rampa sur le gravier de l’allée, se cachant derrière les voitures garées très serrées. Il atteignit la voiture du sénateur, la dernière de la file. Il ouvrit sans bruit la portière et se glissa à l’intérieur, sans se relever. Il suffisait de mettre le moteur en route et d’enclencher la marche arrière. Ces pauvres cons n’auraient jamais le temps de le rattraper.
Il se redressa, la main sur la clef de contact. Mais là, il s’arrêta.
Ruth avançait dans l’allée. Elle avait le regard tourné vers lui.
Ce n’est qu’à cet instant que Bill réalisa qu’il ne l’avait jamais appelée « putain », ce soir-là. À partir du moment où il l’avait vue, il n’avait jamais pensé à elle comme à une putain. Il ignorait pourquoi il se faisait soudain cette réflexion. Il se disait juste que ça semblait bizarre. Et alors, il sentit comme quelque chose qui le démangeait à l’intérieur de sa poitrine, quelque chose qui devint une espèce d’émotion.
Ruth avançait dans l’allée. Elle était proche, maintenant. Elle portait une robe vert émeraude. Comme la bague que Bill avait arrachée en même temps que son doigt. Comme ses yeux. Elle marchait et souriait. Elle était radieuse. La plus belle femme que Bill ait jamais vue.
La gamine pour laquelle il avait perdu la tête.
Les doigts de Bill étaient immobiles sur la clef de contact, hésitants.
Bill sentit l’émotion envahir tout son corps. Le temps s’arrêta. Tout à coup, il n’avait plus peur. Il aurait pu descendre de voiture et aller à la rencontre de Ruth. Elle était tellement proche, à présent ! Il aurait pu tout reprendre à zéro.
C’était ce que lui dictait son émotion.
« Tu es magnifique, Ruth ! » pensa-t-il.
Le cœur bouleversé par l’émotion, il tourna la clef.
Il n’entendit pas le bruit. Juste un silence étrange. Et puis une chaleur qui le dévorait vif.
Quand la voiture explosa, Ruth fut projetée à terre par le déplacement d’air, complètement assourdie par le vacarme de la bombe et de la tôle.
Tandis que Clarence l’aidait à se relever, elle vit les gardes du corps accourir, pistolet au poing. Les domestiques couraient et hurlaient. La foule sortait de la villa, regardait, courait et hurlait aussi. Et bientôt, les sirènes des voitures de police garées sur Sunset Boulevard hurlèrent à leur tour.
« Où est le sénateur ? cria un policier.
— Il est vivant ! s’exclama l’un des gardes du corps.
— Préparez une voiture ! » ordonna le capitaine de police.
Les deux autres gardes du corps se précipitèrent vers la villa, bousculant les curieux. Ils ressortirent avec le sénateur et sa femme et les escortèrent jusqu’au portail. Ils les firent monter dans une voiture de police qui démarra aussitôt, toutes sirènes déployées.
Il y avait des débris de verre partout. Les portières avaient été arrachées de leurs charnières. La tôle se tordait et craquait. La chaleur était insupportable.
« C’est le troisième attentat ! commenta une personne derrière Ruth.
— Il vaudrait mieux éviter de l’inviter » fit remarquer un autre.
Cela fit rire quelqu’un.
La foule en tenue de soirée se pressait dans l’allée. Les photographes prenaient des photos. Les flashes crépitaient dans la nuit comme des lucioles affolées. L’air se remplissait d’odeurs nauséabondes d’essence et d’huile, de métal fondu et de cuir.
Ensuite le feu s’éteignit. Tout seul, soudainement, comme si quelqu’un avait renversé dessus un énorme seau d’eau invisible. Ne restèrent plus que quelques flammèches, ici et là. Et un léger crépitement.