Le gang des rêves
- Автор: Fulvio Luca di
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440061
- Переводчик: Elsa Damien
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Le gang des rêves». Краткое содержание книги:
L’histoire commence, vertigineuse, tumultueuse. Elle s’achève quelques heures plus tard sans qu’on ait pu fermer le livre, la magie Di Fulvio.
Roman de l’enfance volée, Le Gang des rêves brûle d’une ardeur rédemptrice : chacun s’y bat pour conserver son intégrité et, dans la boue, le sang, la terreur et la pitié, toujours garder l’illusion de la pureté.
Dramaturge, le Romain Luca Di Fulvio est l’auteur de dix romans.
Deux d’entre eux ont déjà été adaptés au cinéma ; ce sera le destin du Gang des rêves, qui se lit comme un film et dont chaque page est une nouvelle séquence.
— Je n’ai rien à me mettre » protesta-t-elle.
M. Bailey posa son paquet sur le bureau de Ruth.
« Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-elle.
— Ouvre ! »
Elle s’approcha du paquet et l’ouvrit. Elle découvrit une robe en soie. Vert émeraude.
« De la même couleur que tes yeux ! » sourit-il.
Elle en resta bouche bée.
« Mais… pourquoi ? » demanda-t-elle.
Il s’approcha d’elle et l’embrassa tendrement :
« Autrefois, j’adorais acheter des robes pour Mme Bailey, dit-il doucement. Si tu avais vu comme elle était belle !
— Mais… pourquoi à moi ? »
M. Bailey s’écarta légèrement et posa les mains sur les épaules de Ruth.
« Tu es la seule femme à qui je puisse faire un cadeau de ce genre sans passer pour un gros dégoûtant » répondit-il.
Elle se mit à rire.
« Merci, Clarence. »
Le vieil agent haussa les épaules.
« C’est pour moi que je le fais. Pour me sentir vivant.
— Je ne parle pas de la robe, Clarence, précisa-t-elle. Si tu n’avais pas été là…
— Alors on est d’accord, coupa-t-il, tu m’accompagnes ! » Il tourna les talons et quitta la pièce.
Ruth regarda longuement la robe verte. Puis elle la plaça devant elle et s’admira dans la glace. La dernière personne qui lui avait offert une robe de soirée, c’était sa mère. Une robe rouge sang. Qui l’avait menée au Newhall Spirit Resort for Women. Et pourtant, Ruth ne sentit pas son estomac se nouer à ce souvenir. Dans cette clinique, elle avait connu Mme Bailey. Et Clarence. Aussi douloureux que soit ce souvenir, le Newhall Spirit Resort for Women avait aussi marqué le début de sa nouvelle vie. Elle avait trouvé le courage de sortir de la cage de sa famille. Ruth admira encore la robe verte. « On t’ouvre à nouveau la cage » pensa-t-elle.
Elle la déposa sur le lit et sortit. Elle alla acheter des chaussettes blanches, une paire de chaussures vernies noires à talons plats, ainsi qu’une veste courte et légère en soie noire avec un large col arrondi et des manches serrées qui ne couvraient que la moitié de l’avant-bras. Puis elle se rendit dans une mercerie où elle trouva cinq boutons ronds et plats du même vert que la robe, qu’elle utilisa pour remplacer les boutons noirs de la veste. Elle choisit dans une parfumerie un rouge à lèvres discret, un fond de teint clair couleur perle, un crayon noir pour les yeux et un flacon de Chanel № 5. Enfin, elle se fit lisser les cheveux chez un coiffeur.
Le soir, quand Clarence entra dans la chambre de Ruth juste avant de partir pour la fête, il s’arrêta net sur le seuil de la porte, bouche bée : « Excusez-moi, dit-il, vous avez vu Mlle Isaacson ? »
Rougissante, Ruth se mit à rire.
« Tu es magnifique ! » s’exclama Clarence avec une fierté toute paternelle. Il lui offrit le bras : « On y va ? » Puis, alors qu’ils étaient déjà dans le couloir de l’immeuble, il se frappa le front d’une main : « Attends ! » dit-il avant de remonter au cinquième étage. Lorsqu’il redescendit, il tenait en main un foulard en tulle, léger et transparent. Il l’enroula autour du cou de Ruth, en l’étoffant sur ses épaules : « C’est à Mme Bailey, expliqua-t-il. Maintenant, tu es parfaite ! »
Ils prirent la voiture et se rendirent à une gigantesque villa sur Sunset Boulevard, qui brillait de mille feux. Ils furent obligés de s’arrêter presque au début de la longue allée menant à la demeure. Un domestique ouvrit la portière, les fit descendre et puis gara leur véhicule derrière une interminable file d’automobiles de luxe. Ruth et Clarence étaient à peine descendus de voiture que d’autres véhicules arrivaient déjà, que l’on garait juste derrière la leur.
Clarence se retourna pour regarder le spectacle : « Voilà, ronchonna-t-il, ça c’est exactement ce que je déteste, dans ce métier… On aurait dû laisser la voiture avant la grille : maintenant, elle est complètement coincée. » Puis il offrit son bras à Ruth et ils remontèrent l’allée.
À ce moment-là, une voiture foncée surgit. Alors que l’employé chargé du parking s’approchait pour ouvrir la portière, un géant vêtu de noir sortit du côté passager, pistolet au poing. Il poussa le domestique et jeta un coup d’œil méfiant à la ronde. Puis il adressa un signe à quelqu’un dans le véhicule. De l’arrière surgirent deux types identiques au premier. Leur veste était déboutonnée et on devinait leur pistolet dans un étui, sous l’aisselle. L’un d’eux tendit la main vers l’intérieur pour aider une femme élégante et un peu grassouillette à sortir. De l’autre portière descendit un petit homme chauve et bronzé, avec de petites lunettes rondes.
« La voiture du sénateur doit pouvoir repartir à tout moment » aboya l’un des types armés en direction de l’employé, alors qu’un autre véhicule franchissait le portail.
« Il y en a qui se croient tout permis, maugréa Clarence. C’est le sénateur Wilkins, expliqua-t-il ensuite à Ruth. Il a déjà échappé à deux attentats. Il lutte contre la criminalité organisée. (Il secoua la tête). Et pourtant on dirait que c’est lui le mafieux ! Quelle différence y a-t-il entre ses gardes du corps et les gorilles d’un gangster ? »
Approchant des marches de la villa, ils entendirent les notes d’un orchestre qui jouait, et bientôt aussi le bourdonnement de voix des invités.
« Quelle plaie… » ronchonna Clarence.
Ruth se mit à rire. Ils atteignirent le hall.
Les murs de la villa étaient tapissés de photographies de vedettes, comme un immense hommage à la vie mondaine.
« C’est Hollywood en pleine autocélébration…, râla Clarence. Quelle bouffonnerie ! »
Un homme élégant aux gestes efféminés, cheveux blond platine pommadés et sourcils très fins, se précipita vers Clarence dès qu’il l’aperçut. Il l’enlaça et l’embrassa avec un enthousiasme démesuré : « Ah, voici le roi de la soirée ! Presque toutes les photos viennent de ton agence ! »
Clarence s’écarta et sourit poliment :
« Je te présente la photographe Ruth Isaacson… Et lui, c’est Blyth Bosworth, l’homme qui a eu l’idée grandiose de cette soirée ! » finit-il, sarcastique.
Blyth Bosworth ouvrit des yeux grands comme des soucoupes et écarta les bras en regardant Ruth : « Ah, mais on dirait que nous avons aussi trouvé la reine de la fête, alors ! s’exclama-t-il. Viens, très chère ! » dit-il, prenant Ruth par la main et l’entraînant vers une salle bondée.
Inquiète, Ruth se tourna vers Clarence. M. Bailey lui fit au revoir de la main, pouffant comme un petit garçon bien content d’avoir embêté quelqu’un.
« Faites place, braves gens ! » s’écria Blyth en entrant dans la salle.
Tout le monde se retourna pour les regarder.
« John ! John ! continua Blyth. John, la Traîtresse est arrivée ! »
Les hôtes s’écartèrent, formant comme une haie d’honneur, et Ruth découvrit John Barrymore à côté d’une immense photo.
L’acteur portait une veste noire et une chemise très blanche, premier bouton ouvert et cravate légèrement desserrée. Quand il aperçut Ruth, ses lèvres d’adolescent s’élargirent en un sourire. Il lui fit un salut lent et théâtral et puis tendit le bras vers elle.
Ruth, empourprée, se figea.
« Vas-y, mon trésor ! Les vierges timides, c’est pas la mode, à Hollywood ! » lui glissa Blyth en la poussant vers le grand acteur.