Le gang des rêves
- Автор: Fulvio Luca di
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440061
- Переводчик: Elsa Damien
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Le gang des rêves». Краткое содержание книги:
L’histoire commence, vertigineuse, tumultueuse. Elle s’achève quelques heures plus tard sans qu’on ait pu fermer le livre, la magie Di Fulvio.
Roman de l’enfance volée, Le Gang des rêves brûle d’une ardeur rédemptrice : chacun s’y bat pour conserver son intégrité et, dans la boue, le sang, la terreur et la pitié, toujours garder l’illusion de la pureté.
Dramaturge, le Romain Luca Di Fulvio est l’auteur de dix romans.
Deux d’entre eux ont déjà été adaptés au cinéma ; ce sera le destin du Gang des rêves, qui se lit comme un film et dont chaque page est une nouvelle séquence.
Mais l’heure était venue de faire payer cette merde d’Arty.
Il aspira encore une ligne de cocaïne, serra les poings et grinça des dents. Voilà, maintenant il était invincible ! Il attendit qu’Arty sorte de chez lui à pied, comme tous les jours. Arty était un type routinier. Chaque matin, il allait faire une promenade, comme un foutu retraité. Sur le chemin du retour, il s’arrêtait dans un café où il prenait son petit-déjeuner. « Pauvre con ! » pensa Bill. Alors il força la porte arrière de son pavillon et entra. Il se dirigea directement vers la chambre et vida la table de chevet de tout un bric-à-brac. Ça sentait le double fond. Il parvint à le soulever, et découvrit cinq mille dollars en comptant et vingt fioles de cocaïne. Alors il redescendit au salon, mit l’argent dans sa poche et posa la cocaïne sur la table. Il souleva le téléphone et composa le numéro de la police. Il donna l’adresse d’Arty et leur dit de se dépêcher : une grosse quantité de cocaïne les attendait. Dès qu’il eut raccroché, il renversa une fiole sur la table. Il aspira avidement la poudre blanche, pour la quatrième fois de la journée, avant de sortir par l’arrière.
Arty rentra chez lui au moment même où la police arrivait, toutes sirènes hurlantes. Les policiers le plaquèrent contre un mur avant de le pousser à l’intérieur de la maison. Arty ressortit peu après, menotté.
« C’est pas la peine de se salir les mains avec un maquereau ! » se dit Bill rieur pendant qu’il suivait la scène, caché derrière un arbre. Non, il ne le tuerait pas. C’était beaucoup plus marrant comme ça. Il lui enverrait un gâteau en prison, question qu’il sache qui remercier. Ainsi, Arty comprendrait qu’on ne pouvait pas dire au Punisher que c’était fini, et qu’on ne le liquidait pas comme une quelconque salope. « Adieu, Arty ! » s’amusa-t-il et il s’en alla, tandis que les sirènes de police remplissaient l’air de leurs chants plaintifs.
Il se rendit à la salle de billard de Tony Salvese.
« J’ai besoin de nouveaux papiers » lui dit-il.
Si Arty pensait le rouler en donnant son nom, il se trompait lourdement. On ne le trouverait pas. Ni William Hofflund ni Cochrann Fennore n’existaient plus, et bientôt il en irait de même pour le dernier né, Kevin Maddox. Le moment était venu de changer de nom.
« Ça va te coûter cher, prévint Salvese.
— Combien ?
— Trois mille. »
Bill sortit de sa poche de pantalon les cinq mille dollars d’Arty et en compta trois mille. « Merci pour ça aussi, Arty ! » songea-t-il. Puis il éclata de rire.
« Qu’est-c’qu’y a d’drôle ? demanda Salvese.
— Rien, Tony, répondit Bill. J’pensais juste à un vieux copain.
— Et qu’est-c’qu’y faisait donc ? Le comique ? » fit Salvese.
Les deux gorilles qui l’accompagnaient s’esclaffèrent.
« Plus ou moins, plaisanta Bill. C’était un maquereau. Et un traître. »
Salvese sourit :
« Je suis content qu’tu parles au passé ! »
Oui, Arty, c’était le passé. Maintenant, il fallait penser au futur.
« J’ai besoin d’un peu plus de marchandise, déclara Bill.
— Et pour quoi faire ? demanda Salvese.
— Je vais à une fête où il y aura des huiles. »
Salvese acquiesça en silence. Il ouvrit un tiroir caché dans le billard et en sortit un gros paquet, qu’il jeta sur le tapis vert.
Bill le ramassa, fit un signe de la tête et s’en alla. Il rentra chez lui, dissimula la cocaïne dans la bouche d’aération et s’allongea sur le lit. Il revit le visage d’Arty que l’on poussait dans la voiture de police et se mit à rire. Mais bientôt il se releva d’un bond. Il se frotta les yeux, ouvrit et referma les poings. Il ne tenait pas en place. Il commença à faire les cent pas dans la chambre. Puis il s’arrêta, renversa un peu de poudre blanche sur la table, roula un billet de banque d’Arty et aspira à pleins poumons. « À ta santé, Arty ! » et il rit à nouveau.
Il prit un costume crème et une chemise en soie rouge, et se rendit à la blanchisserie au coin de la rue : « J’en ai besoin pour ce soir, expliqua-t-il. Parfaitement repassés ! »
Le propriétaire du magasin lui tendit un billet :
« À cinq heures, ça va ? lui demanda-t-il.
— Cinq heures juste ! » précisa Bill, qui ne tenait décidément pas en place et sautillait constamment d’un pied sur l’autre.
Il sortit et entra dans la boutique d’un coiffeur barbier : « Barbe et cheveux ! » ordonna-t-il en s’installant dans un fauteuil. En regardant dans le miroir, il vit derrière lui, assise sur un banc, une femme blonde avec une blouse rayée, pantoufles aux pieds, absorbée dans la lecture d’une revue : « Vous pouvez me faire les ongles ? » fit-il.
« Bien sûr, monsieur » répondit la femme sans le regarder. Elle posa le magazine, se leva et se dirigea vers l’arrière-boutique.
Bill entendit de l’eau couler.
« Et après le rasage, un massage avec l’émollient » commanda-t-il au barbier.
La femme revint avec un récipient plein d’eau et de savon et s’assit près de lui, sur un petit tabouret.
Bill tendis le bras vers elle. La femme prit sa main et la plaça dans le récipient. L’eau était tiède, ce qui le détendit.
Le barbier lui savonna le menton et commença à aiguiser son rasoir sur la lanière en cuir.
Bill regarda l’instrument, brillant et tranchant. Comme ses pensées. Comme la cocaïne. Il était invincible.
« Ce soir, je vais à une fête à Hollywood, raconta-t-il à la femme.
— Vous avez de la chance ! » commenta-t-elle sans le regarder, tout en lui coupant les ongles.
Oui, songea Bill. La vie reprenait bel et bien !
68
Los Angeles, 1928
« Barrymore m’a demandé de tes nouvelles » lui dit M. Bailey, un paquet à la main.
Ruth le regarda sans répondre.
« Il m’a dit que si tu venais toi aussi ce soir, il exposerait une de tes photos, qu’il n’a jamais déchirée » poursuivit-il.
Elle sourit.
« Qu’est-ce que ça veut dire ? demanda Clarence.
— Que c’est une vedette courageuse. »
Il secoua la tête et renonça à comprendre :
« Tu veux m’accompagner ?
— Je ne sais pas.
— Allez, fais-le pour un pauvre vieux ! s’exclama M. Bailey. Je déteste les fêtes, mais celle-là je ne peux pas y échapper.
— Franchement je ne sais pas, Clarence…
— Ça aurait de la classe, si je me présentais une belle fille au bras ! plaisanta-t-il. Surtout si c’est l’une de mes plus géniales photographes ! »
Elle sourit.
« Capricieuse, lunatique… mais bourrée de talent » poursuivit-il.
Elle éclata de rire :
« Je ne suis pas capricieuse !
— Oh que si ! s’amusa Clarence. Tu fais plus de foin que les vedettes ! Et le pire, c’est qu’on te laisse faire. Allez, viens avec moi, comme ça je verrai la photo de Barrymore.