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Les Pardaillan – Livre III – La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre III – La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'?v?que prince Farn?se, fait arr?ter L?onore, sa ma?tresse, fille du baron de Montaigues, supplici? pendant la Saint Barth?l?my. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graci?e par le Pr?v?t, elle est emmen?e sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farn?se tortur? par la situation, le voil? p?re et cependant homme d'?glise, la petite Violette est emport?e par ma?tre Claude, le bourreau…
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– Qui est cette malheureuse? murmura-t-il. Qu’a-t-elle fait? Pourquoi faut-il qu’elle meure?… C’est moi qui vais la tuer!…

Il frissonna longuement. Aux trois exécutions précédentes, c’étaient des hommes, et la lutte… l’effroyable lutte réveillait en lui les instincts du carnassier, du fauve qui ne pardonne pas… mais là! une femme… jeune, belle peut-être… innocente… qui savait?… une malheureuse créature qu’il n’était même pas besoin de tuer!… qui se livrait, la tête déjà sur la trappe fatale… comme s’il n’y eût qu’à la pousser dans la mort!… Claude détourna la tête… ses yeux vacillèrent de pitié… Non! jamais il n’aurait le courage de porter la main sur sa dernière victime!…

Il se dirigea vers le clou auquel était accrochée la corde qui soutenait la trappe!… Mais pour y aller, il fit un long détour, rasa les parois de bois, sans regarder la victime. Il marchait courbé, sur la pointe des pieds, haletant, formidable et pitoyable… la sueur coulait à grosses gouttes sur son visage… Et ce fut ainsi qu’il atteignit la corde. Sans oser se retourner, il porta une main tremblante sur le nœud, qu’il commença à défaire… À ce moment, la condamnée, la victime poussa un soupir qui résonna dans la tête du bourreau comme la clameur des trompettes du jugement dernier. Il eut un violent recul en arrière… et il demeura immobile, ramassé sur lui-même, écoutant, luttant contre cette pensée épouvantable:

– Elle se réveille… il faut que je la tue avant de la précipiter… Elle pourrait se sauver!…

Il ajouta en grelottant:

– Et puis… elle souffrirait trop… si elle se noyait tout de même… je dois tuer, non faire souffrir!…

Alors il se retourna, avec un rauque grondement, une violence, par quoi il cherchait à s’exciter, bondit jusqu’à la condamnée, et s’agenouilla ou plutôt s’accroupit près d’elle, disposant les cordelettes de l’étranglement!…

– Il faut qu’elle meure! grogna-t-il, je dois agir… Encore celle-là!…

La victime fit un mouvement… Des paroles à peine bégayées parvinrent jusqu’à l’oreille du bourreau.

– Adieu, mère… ma mère chérie… Père! Père!… Où es-tu?…

– Elle appelle sa mère, haleta le bourreau, livide d’angoisse… elle appelle son père… Comme sa voix est douce et triste… et comme elle me remue le cœur!…

Une irrésistible curiosité s’emparait de lui! Voir! oh! voir le visage de cette victime… de cette enfant étrangement vêtue comme une bohémienne… Oui… la voir!… lire peut-être sur sa figure le crime qui la condamnait. Il résistait encore à la tentation, que déjà ses doigts avaient délié le cordon qui maintenait le sac noir autour du cou, déjà il soulevait l’étoffe, déjà lui apparaissait l’adorable visage, les paupières closes sous ses longs cils, le front pur et la radieuse chevelure de Violetta… Il la contempla une longue minute, avec un indicible effarement devant cette parfaite harmonie de grâce, d’innocence et de beauté.

– Qu’elle est belle! fit-il dans un souffle rauque. Et elle va mourir!…

Il devint pensif… Peu à peu, il oubliait ce qu’il faisait là et pourquoi il y était!…

Puis, à force de la regarder, il sentit tout à coup comme un battement sourd et profond de son cœur, quelque chose qui pleurait et riait en lui, une joie délirante et une douleur prodigieuse, un bouleversement de son âme qui – si les âmes ont des yeux! – fermait ses yeux, éblouie par un jet d’aveuglante et surhumaine clarté!…

– Ah çà! gronda-t-il en saisissant sa crinière de ses deux mains crispées, mais je deviens fou, moi!… Que vais-je imaginer là!… Seigneur Dieu! Est-ce le châtiment suprême! Vais-je sombrer dans la folie!… ce visage… oh! ce visage!… il me rappelle… non!… c’est insensé!… l’enfant aurait cet âge-là! elle aurait cette figure-là!… (Il eut un sanglot et un éclat de rire.) Ce sont bien ses cheveux, tout de même, ses beaux cheveux d’or… il n’y a pas à dire… c’est sa bouche… oh! si je pouvais voir ses yeux! (Le sanglot devint un rugissement, et le rire un râle.) Si c’était elle!… Ma fille! hurla-t-il dans un cri terrible, en secouant la victime. Ma fille!… mon enfant!… Violetta! Violetta!…

Violetta ouvrit les yeux, les posa, timides et craintifs, sur le bourreau… Ce fut une seconde indescriptible, où l’on n’eût pu entendre que le souffle tragique du colosse agenouillé. Les yeux de l’enfant, soudain, s’emplirent de lumière… Elle tendit vaguement les bras, comme jadis, au pied du gibet, et avec un infini ravissement, murmura:

– Mon père!… Mon bon petit papa Claude!…

Claude jeta une déchirante clameur qui fit trembler les parois de la chambre.

– Seigneur Dieu! c’est elle! c’est mon enfant!…

Il se redressa et recula, comme si la joie furieuse et le doute encore l’eussent enveloppé d’un tourbillon. Ses mains énormes, secouées d’un tremblement convulsif, se tendaient vers elle, puis se reculaient vivement. Il n’osait la toucher! Il riait et pleurait. Et il grommelait:

– Comment, comment! C’est mon enfant?… Je ne suis pas fou?… Oh!… Est-ce bien toi?…

L’enfant sourit divinement:

– C’est moi, père!… C’est moi!

Puis il se rapprocha tout d’un coup. Alors, avec une sorte de rudesse, il empoigna la jeune fille dans ses bras puissants, la souleva comme une plume, l’emporta dans l’angle le plus éloigné de la trappe fatale, s’assit sur le plancher, et la mit sur ses genoux.

Il pleurait à grosses larmes; ses lèvres barbouillées de pleurs, tremblotantes, bégayaient des choses incompréhensibles, et il y avait sur son visage monstrueux une irradiation de bonheur inouï, de prodigieux étonnement et de suprême extase… Violetta souriait et répétait:

– Mon père… mon bon père Claude… c’est vous… c’est bien vous… mon père…

Et quand elle put comprendre quelques mots de ce qu’il balbutiait, elle l’entendit qui disait:

– Oui… c’est ça… appelle-moi encore ainsi… encore… que j’entende ta voix… comme tu es belle!… mets-moi ton bras autour du cou… tu sais bien… Ah çà! que s’est-il passé? Non, tais-toi, tu me diras ça plus tard… Dire que c’est toi!… Je ne rêve pas, dis!… C’est toi! Ce sont bien toujours tes chers yeux… tes beaux cheveux… mon enfant… ma vie… ma Violetta… Dire que ce que je tiens là dans mes bras… c’est mon enfant!…

Il sanglotait, ses énormes épaules toutes secouées… il oubliait le monde, le lieu où il se trouvait, et pourquoi il y était, et ce qu’il était venu y faire…

– Ah çà! fit-il en riant avec délices, rentrons chez nous… Comprends-tu cela?… chez nous?…

– Dans notre bonne petite maison de Meudon…

– Non… c’est-à-dire, si fait… c’est là!… Que diable faisons-nous ici?… Viens, rentrons…

– Ici! murmura Violetta reprise par un frisson d’épouvante. Oh! Père… qu’est-ce donc, ici?…

– Ici!…

Claude jeta ce mot comme une clameur d’enfer. Son visage se convulsa Ses regards eurent des lueurs de folie. Il répéta en grelottant:

– Ici!… Nous sommes ici!…

– Père, père! quelle horrible angoisse vous saisit! Oh! j’ai peur! Qu’est-ce donc que cette maison?…

– Ce que c’est! gronda Claude qui tressaillit, passa une main sur son front et jeta autour de lui des yeux hagards. Ce que c’est!… Oh!… je me souviens!… Damnation! Fuyons… vite, fuyons!…

Il se releva d’un bond, saisit par un bras la jeune fille terrifiée par cette expression d’horreur qui éclatait soudain dans la voix de son père… À ce moment la porte s’ouvrit. Fausta parut, voilée de noir.

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