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Les Pardaillan – Livre III – La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre III – La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'?v?que prince Farn?se, fait arr?ter L?onore, sa ma?tresse, fille du baron de Montaigues, supplici? pendant la Saint Barth?l?my. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graci?e par le Pr?v?t, elle est emmen?e sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farn?se tortur? par la situation, le voil? p?re et cependant homme d'?glise, la petite Violette est emport?e par ma?tre Claude, le bourreau…
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Il laissa retomber son verre vide sur la table et reprit:

– Loïse est morte assassinée…

– Assassinée! balbutia Huguette.

– Oui: ce coup de poignard… sur la colline de Montmartre…

– Mais vous disiez, chevalier…

– Que la blessure était insignifiante. C’est vrai: une égratignure bientôt cicatrisée. Seulement, le poignard…

– Eh bien?

– Eh bien!… le poignard était empoisonné!…

L’hôtesse frissonna.

– Alors, poursuivit le chevalier, je me mis en route pour rejoindre l’homme. C’est à cette époque que je vous vis, ma bonne Huguette, et que je vous confiai mon dernier ami… mon chien, mon brave Pipeau.

– Et… vous l’avez rejoint… l’homme?…

– Pas encore. Il sait que je le cherche. Par quatre fois, j’avais réussi à l’acculer… je le tenais! Mais la peur, Huguette, est une rude maîtresse, qui vous apprend tous les tours et détours du métier: l’homme, à chaque fois, m’a glissé dans les mains au dernier moment… Mais je le suis… il ne m’échappera pas… J’ai parcouru sur sa piste l’Italie, la Provence, la Bourgogne, tous les pays de France… J’ai vécu de la vie que m’avait enseignée mon père… J’étais parti de Montmorency fou de désespoir, abandonnant mes titres à la comté de Margency, n’emportant pas un écu. J’ai connu la misère des grandes routes, les étapes sans fin sous le ciel propice ou inclément, et souvent, Huguette, bien souvent, lorsque je me couchais sur une botte de paille sans manger, j’ai songé à la bonne hôtesse de la Devinière, qui avait toujours un dîner pour ma faim, un sourire pour mes joies, une larme pour mes douleurs…

– Hélas! murmura Huguette toute pâle de ce qu’elle venait d’entendre, ce n’est pas souvent que l’hôtesse a pensé à vous… c’est toujours!… Mais à propos de dîner, monsieur le chevalier, se reprit-elle avec un soupir et un sourire, j’ose espérer…

– Comment donc, ma bonne Huguette! Je fais plus que d’espérer: je réclame!… Que voulez-vous, ajouta le chevalier en éclatant de rire, il n’y a rien qui creuse l’estomac comme les souvenirs de jeunesse…

Et tandis que l’hôtesse, légère comme à ses vingt ans, courait à la cuisine pour préparer de ses mains un succulent dîner pour M. le chevalier, il achevait en lui-même:

«Oui, cela creuse l’appétit… appétit de vengeance… dîner sublime qui se mange froid et n’en est que meilleur… Or çà, je finira bien par rencontrer mon convive… À votre santé, monsieur de Maurevert!…»

Dans la cuisine, qui avait une porte particulière sur la rue, Huguette se heurta à deux seigneurs, dont l’un dit:

– Holà, l’hôtesse, un cabinet pour mon camarade et moi, quatre flacons de Beaugency, une ou deux de ces volailles, et le reste à l’avenant!

Huguette conduisit les deux gentilshommes dans le cabinet demandé et les quitta pour revenir à la cuisine en leur disant:

– Dans un instant vous allez être servis, monsieur Maineville et monsieur de Maurevert!…

– Comme deux bons clients! cria la voix de Maineville tandis que l’hôtesse fermait la porte du cabinet.

Puis elle rentra dans la grande salle et se mit à dresser le couvert de Pardaillan. Comme elle achevait, un jeune gentilhomme entra, le visage bouleversé, parcourut la salle d’un coup d’œil, et apercevant le chevalier, courut à lui.

– Deux couverts, madame Grégoire! dit Pardaillan en reconnaissant Charles d’Angoulême dans le nouveau venu.

Le jeune duc, très pâle, se laissa tomber sur un escabeau.

– Pardaillan, mon cher Pardaillan! murmura-t-il, je suis perdu!

– Bah! fit Pardaillan, que vous arrive-t-il? Êtes-vous traqué par les ligueurs de M. de Guise? La bonne reine Catherine vous aurait-elle invité à déjeuner chez elle?

– Vous jouez avec ma douleur, Pardaillan!…

L’œil ironique du chevalier s’emplit d’éclairs. Il saisit une main de Charles, et baissant la voix:

– Jamais je n’ai plaisanté avec la douleur humaine. Jeune homme, prenez mes avis pour ce qu’ils valent. Mais faites bien attention que Guise poignarde et que la reine-mère empoisonne! Faites attention que nous vivons dans une époque mystérieuse et terrible où la face du monde se renouvelle, où la mort en rut se promène dans Paris, où le poison sature jusqu’à l’air qu’on y respire, où dans tous les recoins d’ombre luisent des dagues, où les ruisseaux dans un instant peuvent se remettre à charrier du sang, comme j’ai vu, où nul ne peut se flatter de vivre plus que la seconde qu’il vit, où la farce devient tragédie, où les princes déchaînés aboient autour d’un trône, où le peuple hurle en demandant le maître qui demain posera sa botte sur sa tête, ou l’épouvante escorte chaque passant… et où les gens comme moi, enfin, ne peuvent s’empêcher de rire, ce qui est peut-être une façon de pleurer!… Et maintenant que vous êtes averti, mon prince, racontez-moi votre malheur…

– Eh bien, dit le jeune duc dont les yeux s’emplirent de larmes, cette jeune fille dont je vous ai parlé… cette enfant sans laquelle je ne puis vivre… celle que j’aime, Pardaillan!… elle a disparu!…

– Pauvre petit duc! murmura le chevalier avec ce singulier attendrissement. Et que dit le bohémien?

– Belgodère? introuvable! On ne l’a pas revu à l’Auberge de l’Espérance.

– Et que dit l’aubergiste?

– Il jure ses grands dieux qu’il ne sait rien!

– Il fallait le rosser. Cela lui eût délié la langue. Après?

– Après, Pardaillan?… Sur de vagues indications, je suis parti comme un fou, j’ai exploré les rues qui avoisinent la Grève, je suis revenu à l’auberge, je suis reparti, et enfin, me voici… désespéré à la mort…

Pardaillan garda le silence. Il réfléchissait, caressant d’une main distraite la tête du chien posée sur ses genoux.

– Oui, gronda-t-il enfin, comme se parlant à lui-même, c’est bien le temps des rapts, des viols, des vols, des meurtres, des trames sombres. Qui peut avoir intérêt à faire disparaître une pauvre petite bohémienne? Qui sait?… Et qui sait aussi qui peut bien être cette enfant?… Et qui sait les accointances que peut avoir ce Belgodère?… J’ai vu sur les plages de la Méditerranée les crabes s’en aller, louches et tortueux, vers de noires tanières. Le bohémien ressemble à ces crabes… il a leur allure oblique, leur indéchiffrable physionomie…

– Pardaillan, Pardaillan, vous me faites frémir!

Le chevalier haussa les épaules. Tout à coup, ses yeux se fixèrent avec plus d’attention sur le chien. Il tressaillit, médita un instant, et relevant la tête:

– Auriez-vous d’aventure un objet quelconque ayant appartenu à cette jeune fille?…

Le duc d’Angoulême rougit, soupira, et finit par tirer de son pourpoint une écharpe en soie brodée.

– Je l’ai… ramassée, hier, dans la voiture du bohémien, balbutia-t-il en la tendant au chevalier.

– Dites donc que vous l’avez volée, fit paisiblement Pardaillan qui fourra l’écharpe dans sa poche, se leva, reboucla sa rapière et ajouta: rentrez chez vous, monseigneur, et attendez-moi rue des Barrés. Peut-être ce soir ou demain matin vous apporterai-je des nouvelles… car j’ai un guide sûr.

– Un guide?…interrogea Charles.

– En route, Pipeau! commanda Pardaillan au chien qui poussa un aboi sonore. Te voilà bien vieux et goutteux, et sage, tel un bedeau, mon pauvre camarade; mais je pense qu’il te reste assez de nez pour conduire encore ton maître… bien que ton maître ne soit ni aveugle, ni manchot, ni boîteux, ajouta-t-il en grommelant.

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