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Les Pardaillan – Livre III – La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre III – La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'?v?que prince Farn?se, fait arr?ter L?onore, sa ma?tresse, fille du baron de Montaigues, supplici? pendant la Saint Barth?l?my. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graci?e par le Pr?v?t, elle est emmen?e sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farn?se tortur? par la situation, le voil? p?re et cependant homme d'?glise, la petite Violette est emport?e par ma?tre Claude, le bourreau…
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Oui, il reviendra!… puisqu’il l’a dit!… Demain!… Demain matin, elle le reverra!… Et les presque dernières paroles de la Simonne murmurent à son cœur une consolation:

– Ce jeune homme… ce sera ton sauveur… car il t’aime!…

Être aimée de lui!… Quel rêve!…

Tout à coup, elle s’aperçut que Belgodère ne se dirigeait ni vers la place de Grève, ni vers la rue de la Tissanderie où se trouvait l’Auberge de l’Espérance.

– Où me conduisez-vous? balbutia-t-elle, prise d’un nouvel effroi.

Le bohémien, sans rien dire, serra plus fort la main de Violetta et marcha plus vite. Il passa entre la double rangée des maisons d’un pont et, le fleuve franchi, tourna à gauche: l’endroit était sinistre; c’étaient les noires et tortueuses ruelles des Ursins, d’Enfer, et enfin du Cloître… C’était la Cité!…

La Cité – l’île du Palais – se terminait par deux promontoires: l’un à l’ouest, c’était le terre-plein sur lequel s’appuyaient alors les premières constructions d’un nouveau pont inachevé où vingt-six ans plus tard devait s’élever le cheval de bronze portant la statue d’Henri IV, et qui continue encore, nous ne savons pourquoi à s’appeler le Pont-Neuf; à l’est, c’était, derrière Notre-Dame et le palais archiépiscopal, une langue de terre sur laquelle se dressaient côte à côte deux constructions pareilles à deux sœurs se tenant par la main… mais deux sœurs dont l’une était une mignonne créature, et l’autre un monstre de hideur.

La première, petite, accorte, plaisante, ses fenêtres ornées de jolis vitraux, portait au-dessus de son perron une enseigne pimpante, enguirlandée, sur laquelle on pouvait lire ces mots assez bizarres qui peut-être faisaient allusion à la cuve où l’on presse le raisin… ou peut-être à quelque événement passé:

AUBERGE DU PRESSOIR DE FER

tenue par la Roussotte et Pâquette

L’autre maison, très grande, avait une face muette, effrayante, des murs pourris, lépreux, lézardés, de rares fenêtres clignotantes; elle paraissait prête à s’effondrer de vétusté, d’abandon, de ruine; elle suintait la tristesse, elle suait l’épouvante; et son portail de fer, avec son énorme marteau de bronze, lui donnait une apparence de forteresse… une forteresse qui eût gardé des morts, des secrets monstrueux.

Le promontoire a disparu, rongé par les eaux patientes; la maison terrible n’existe plus; à sa place – ou presque – émerge timidement aujourd’hui un bâtiment humble et bas aux pieds duquel la Seine se lamente, comme alors, en clapotis d’effroi, et qui semble perpétuer l’horreur dans ce coin de Paris… La morgue!…

Belgodère, tenant toujours Violetta par la main, s’arrêta un instant devant l’Auberge du Pressoir de Fer; mais, secouant la tête, il marcha droit au formidable portail de la construction voisine.

– Où sommes-nous? bégaya Violetta en jetant autour d’elle un regard éperdu.

Belgodère ne répondit pas. Il heurta le lourd marteau de bronze.

– J’ai peur! Oh! j’ai peur!…

La porte de fer s’ouvrit sans bruit. Violetta voulut se rejeter en arrière; le bohémien la harponna solidement; dans la seconde qui suivit, elle se vit dans un vaste vestibule dallé, aux hautes murailles nues, faiblement éclairé, où se tenaient deux hommes masqués, la dague nue à la ceinture.

– Où suis-je! Où suis-je!… palpita la jeune fille.

– Voici la petite que moi, Belgodère, devais amener ici. C’est bien ici? fit le bohémien.

– C’est ici! dit l’un des deux gardes.

Au même instant, cet homme jeta sur la tête de Violetta un sac de toile noire qu’il serra au cou par un cordon. Sans un cri, sans un souffle, paralysée par une de ces terreurs extraordinaires comme on n’en a que dans certains hideux cauchemars, Violetta se sentit soulevée, entraînée, emportée elle ne savait où!… L’autre géant masqué tendit à Belgodère une bourse bien gonflée:

– Voici les cent ducats d’or que tu as demandés…

– Ce n’est pas moi qui les ai demandés, grommela le sacripant. C’est monseigneur le duc qui m’a dit la chose: dix bourses contenant chacune dix ducats…

– Monseigneur le duc? demanda l’homme avec étonnement. Tu veux dire: le prince?…

– Duc, prince si vous voulez. Peu importe. L’essentiel est que ma besogne est faite.

– C’est vraiment l’essentiel. Prends ton or, et file! Un instant, l’ami: si tu veux avoir la langue arrachée, si tu veux être écorché vif, tu n’as qu’à souffler à âme qui vive un mot de ce que tu viens de faire… Encore un conseiclass="underline" tâche d’oublier si bien cette maison que jamais on ne te voie rôder par ici… Et maintenant, au large!

Le bohémien s’inclina jusqu’à terre, avec un sourire narquois, et sortant à reculons, s’évanouit dans la nuit.

* * * * *

Dix heures sonnèrent à Notre-Dame. Belgodère avait disparu depuis longtemps. Ce fut à ce moment que maître Claude, s’approchant à son tour de la terrible maison, heurta le marteau de bronze, comme avait heurté le bohémien.

Comme pour le bohémien… comme pour Violetta! La porte de fer s’ouvrit sans bruit. Après la victime, le bourreau!… Sans doute les deux hommes masqués le reconnurent, car l’un d’eux, lui faisant signe de le suivre, se mit à le précéder dans l’intérieur de la maison. Et sans doute, aussi, maître Claude connaissait cet intérieur… car il ne manifesta aucun étonnement de ce qu’il voyait.

Et pourtant, il y avait là de quoi stupéfier l’esprit, et affoler l’imagination!

Dès le vestibule franchi, cette maison hideuse dont la façade branlait, dont les murs extérieurs poussiéreux, noircis et rongés par la lèpre des siècles tombaient en ruine, oui, cette maison devenait un fabuleux palais de monarque asiatique, une succession de pièces vastes et ornées avec une magnificence inouïe, aboutissant à une salle immense au fond de laquelle, sous un dais, s’élevait un trône d’or, merveille de sculpture et de ciselure…

Les plafonds de ces pièces peints à fresque, les hautes murailles couvertes des toiles du Primatice, du Tintoret, d’Annibal, Carrache, de Raphaël, du Corrège, de Véronèse, les dressoirs de chêne précieusement fouillé, les admirables tapisseries des fauteuils, les mosaïques prestigieuses des parquets, les somptueuses tentures, les panoplies d’armes étincelantes, formaient un prodigieux ensemble d’un luxe écrasant, d’une beauté sévère, d’un goût très pur…

Dans la salle du trône, douze torchères en or massif supportant chacune douze flambeaux de cire rose, des colonnes alternativement de jaspe et de marbre, d’énormes vases de porphyre contenant de gigantesques bouquets aux fleurs radieuses, des tapisseries d’Arabie, soixante fauteuils aux dossiers très hauts, tous surmontés d’une tiare sculptée, tous portant une F brodée sous laquelle se croisaient deux clefs symboliques, les statues de marbre entre les colonnes, constituaient un décor fantastique, exorbitant, qui tenait du rêve et que semblaient garder, comme un trésor des Mille et une Nuits, vingt-quatre hommes d’armes vêtus d’acier, silencieux, immobiles, hallebarde au poing, douze à gauche du trône, douze à sa droite…

Et ce décor, dans sa splendeur, gardait on ne savait quoi de menaçant et de formidable, comme s’il eût été fait pour quelque souveraine orientale, pour quelque antique impératrice, distribuant autour d’elle selon son caprice l’amour ou la mort.

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