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San-Antonio polka

Электронная книга - «San-Antonio polka». Краткое содержание книги:

Sans vouloir me vanter, vous savez bien que je suis suffisamment sublime pour ne pas avoir besoin de me faire mousser, je suis un skieur de first quality. Selon Béru, je possède à fond la technique du « sale-homme géant », du « Juliénas léger » et du « rapage contrôlé ».
Et c'est peut-être grâce à ces qualités que j'ai pu éviter une catastrophe nationale !
Comment ?
Entrez dans la danse et vous le saurez. Et en avant la polka de San-Antonio.
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— Vous faites de la sculpture, mon bon Quincy ? je questionne.

Il se marre comme une baleine en train de lire un San-Antonio !

— Non. La besogne était moins artistique. Nous venons de desceller la pierre d'un caveau.

Belloise murmure, effondré :

— Qu'est-ce qu'ils ont encore inventé ?

— Une chose très simple, fait Quincy. Nous sommes ici dans une vaste propriété appartenant à un vieux maniaque défunt depuis pas mal d'années et qui a voulu se faire inhumer dans ses terres. Nous sommes très loin de tout. Personne n'entre jamais dans le domaine. Vous jugez ?

— Et alors ? interrogé-je.

— Alors nous allons donner de la compagnie à son cadavre. Vous allez être descendus tous les trois dans la tombe.

— Chouettes vacances ! Ensuite ?

— Ensuite vous réfléchirez.

— J'adore. Et lorsque nous aurons bien réfléchi ?

— Vous nous direz où se trouve Lormont et alors nous adresserons le lendemain un message à la police pour signaler à vos collègues où vous êtes et ils viendront vous tirer de là tandis que nous, nous serons à l'étranger ! bien à l'abri de toutes poursuites.

— Et si nous ne parlons pas ?

— Mon Dieu, vous mourrez d'inanition et vous serez tout enterrés.

Un silence plus pesant que la plaisanterie d'un gendarme s'abat sur notre groupe.

— Peut-être voudriez-vous parler tout de suite, fait Ray (au mur Sébastopol). Il faix frais dans ces caveaux et une pneumonie est vite contractée.

La voix de Béru, sa chère voix de lion enrhumé, s'élève alors :

— Mais oui, San-A. Dis-y tout de suite où qu'est le Lorgnon !

Je pige l'intention du Mastar. Gagnez du temps en donnant aux gars une adresse bidon. Comme ils voudront la vérifier avant de nous mettre à mort, nous bénéficierons de plusieurs heures.

— Soit, fais-je. Lormont a été conduit dans un chalet de Morion, au-dessous de Courchevel. Il s'y planque sous la surveillance d'un homme à nous.

Quincy se tourne vers Ray (barbatif). Ils échangent un regard de triomphe.

— Le nom du chalet, je vous prie ?

— La Fleur des Alpes. C'est près d'un remonte-pente !

De la sorte, le temps qu'ils aillent vérifier, ça nous fera un bout de moment de répit.

— Eh bien ! nous allons voir ! tranche Quincy. En attendant vous allez descendre au sépulcre, mes chers amis ! Si vous avez dit vrai nous tiendrons parole ! Si vous avez menti… (il rit) nous tiendrons parole également !

Sur ce, les deux bonshommes nous halent sur l'herbe mouillée par la rosée.

Ils commencent par charrier Belloise Mon pauvre Riri essaie de se démener, mais Ray (calcitrant) lui tire son shot favori dans les côtelettes et, le souffle coupé, le mâlfrat se tait. Pendant qu'ils s'éloignent, Béru se met à mugir « au secours » de sa voix conçue pour vendre du poisson à la criée. Miss Eva s'approche de lui et lui cloque un coup de crosse de son outil sur le front. Silence du Gros. Ce qu'il peut enregistrer comme fêlures, le B.B. ! Sa boîte crânienne doit ressembler à une faïence ancienne. Je l'imagine toute craquelée, pas présentable du tout. Si un jour son squelette finit sa carrière dans une Faculté, les étudiants devront le rafistoler au scotch (d'autant plus que le scotch, ça le connaît, Béru !)

Je suis le dernier à être coltiné. Pas moyen de luter. C'est la fin des haricots.

Nous voici devant un étrange mausolée, de style vachement païen. Une ouverture bée, noire dans le noir de la nuit. La bouche de la mort. Elle exhale un souffle putride.

— Le moment de la séparation est arrivé, monsieur le commissaire.

— Ne pleurez pas, fais-je, on se reverra peut-être un jour.

— Dans ce monde, ça m'étonnerait.

Il fait un signe à Ray (munéré). Icelui, me biche aux épaules et me tire jusqu'à l'orifice. Mon ultime regard est pour Eva, dont la chevelure d'or éclaire la nuit.

Et puis c'est une brève chute, amortie par la brioche de Béru.

Le Gravos mugit de douleur.

— Tu pourrais tomber ailleurs, non ! grommelle-t-il.

— En tombant ailleurs je serais tombé plus mal, Gros. T'as la qualité Simmons, toi, au moins !

Et puis je me tais car le rectangle, de clarté vient de disparaître, là-haut. Ces messieurs ont refermé le caveau. Une odeur affreuse plonge dans mes fosses… nasales. J'ai un haut-le-cœur.

Belloise, dans le noir, soupire :

— Je suis contre le cercueil du type. Je vais devenir cinglé !

— Courage ! exhorté-je, Ils ne nous ont pas butés, c'est l'essentiel. Maintenant nous allons aviser !

— Aviser mes choses ! déclare tout net Bérurier, auquel il arrive d'avoir son franc parler.

Et le Gros enchaîne :

— On l'a in the baba, comme disent les allemands. Ligotés au fond d'un caveau situé en harasse campagne, qu'est-ce que tu veux fiche, dis, malin ?

— Inspecteur principal Bérurier, je vous prie de conserver vos distances !

Belloise n'est pas d'humeur à plaisanter.

— On va crever étouffés, prophétise ce petit optimiste.

— Le fait est que l'air de cet endroit n'a pas la qualité Courchevel !

— Justement, dis-je, il s'agit de l'économiser ! Arrêtez un peu vos phonographes à couenneries, messieurs. Et essayez plutôt de vous défaire de vos liens. Le premier qui y…,…parviendra aura droit à une bouffée d'oxygène !

Un bon moment durant (ou Dupont si vous préférez) chacun s'escrime. C'est Bérurier qui fait le plus gros ramdam. Ses liens sont à rude épreuve. Mais tels les roseau de la fable, ils plient mais ne rompent pas. Les miens opposent la même résistance et ceux de Belloise également. Nous sommes toujours ligotés à l'intérieur de nos fiches, si bien que nous ne pouvons pas essayer de nous entredélier. Le Mastar se remet à jurer. Il dit qu'il en a marre de ce métier et bien décidé : il va envoyer cette fois c'est sur, sa démission !

Au bout d'une heure dix minutes trois secondes d'efforts, nous en sommes toujours au Même point.

— T'as z'eu tort de leur dire que ton mec était z'en Savoie, fait Son Enflure. D'ici qu'ils aient fait le voyage, on sera morts asphyxiés !

Je ne réponds rien. Le mieux est d'attendre. Une plombe encore s'écoule. Belloise se met alors à hurler de façon démentielle. J'ai idée que ce séjour est mauvais pour son système nerveux. Manquerait plus qu'il devienne jojo à c't'heure.

— Tu la boucles, dis, fripouille ! vitupère Alexandre-Benoît. Je te défends de gaspiller mon oxygène !

Mais l'autre continue sa chanson ! Il flanche nettement, Riri. Le cri qu'il pousse me fore les portugaises jusqu'au subconscient.

— Qu'est-ce qu'on pourrait faire pour le calmer ? demande le Gravos. Cet endoffé va finir par me chanstiquer la pensarde, je te le promets. Déjà que le patelin n'est pas folichon !

— La musique adoucit les mœurs, émets-je. On pourrait essayer !

— C'est vrai, ricane l'Obèse, alors mets-lui un disque. Si t'as du Tino, c'est gagnant !

— La musique est une chose qui se fabrique, dis-je.

— D'ac, seulement j'aie z'oublié ma cornemuse dans le tiroir de ma table de nuit, faut pas m'en vouloir !

En guise de réponse je me mets à siffler. Béru pige et me joue l'accompagnement.

C'est ainsi que, pour la première fois dans l'histoire de la police, deux matuches ligotés au fond d'un sépulcre habité sifflent La Madelon pour calmer les nerfs d'un truand !

Faut le voir pour y croire, non ? Avouez qu'il n'y a qu'à nous que ça arrive, ces choses-là !

En tout cas, c'est magique. Au bout d'un instant, le gars Riri cesse ses glapissements de coyotte ayant les chocottes.

Il finit même par murmurer, d'un ton vraiment inquiet :

— Mais qu'est-ce qui vous prend, tous les deux ? Vous devenez fous ou quoi ?

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