La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
II. Chacun est maître de son corps: mais en abuser, au point de se perdre soi-même moralement et physiquement, est un crime contre la nature et contre la société. La nature nous punit par les maux physiques, tels que les maladies. La société, à laquelle nous nous sommes rendus inutiles, nous flétrit, nous rejette de son sein; nous couvre d’opprobres, d’infamies. Je ne vois pas du tout qu’elle ait tort; et c’est une très fausse philosophie, que de prétendre se mettre au-dessus du déshonneur social; il est un mal réel, un mal qui a les conséquences les plus sérieuses: vous dites, dans une lettre que j’ai vue, que je vous ai ôté tout frein: je ne vous ai pas ôté celui-là; tout au contraire; je vous ai toujours dit, qu’Épicure ne violait pas les lois de son pays. J’ai pensé, en vous parlant, que je parlais à des êtres raisonnables, auxquels il suffisait de dire, la raison, la réciprocité ne veulent pas cela. La raison, c’est Dieu; la réciprocité, c’est la société: tous les deux punissent l’un pour l’autre.
III. On n’est pas obligé de croire telle ou telle religion; mais si on brave impudemment toute espèce de religion devant le monde, il en résulte de grands maux: 1. On scandalise, on blesse cruellement ceux qui croient une religion quelconque; on les anime contre soi; on leur inspire le désir de nous faire du mal. 2. Comme les gens non instruits, qui ont besoin du frein de la religion, sont en très grand nombre, il arrive de là qu’on contribue à les rendre nuisibles à la société: d’où il suit qu’on est réellement coupable, par cela seul. On ne peut donc, à cause du scandale et du danger, manquer à s’acquitter des devoirs publics de la religion.
IV. Rien ne nous force à faire du bien aux autres: la nature, à la vérité, nous a donné la compassion; mais l’intérêt personnel que nous tenons d’elle, est beaucoup plus fort, et il nous est impossible de ne pas en suivre l’impulsion. Mais ne leur faisons jamais de mal, quoiqu’il se présente un grand bien personnel à notre égard, par une raison dictée par le bon sens et par l’équité – le bon sens nous enseigne que tout ce que nous faisons, peut nous être fait: l’équité nous dit qu’un mal fait à autrui blesse l’ordre éternel, qui est Dieu; et cette voix, qui se fait entendre au fond de notre cœur, et qu’on nomme conscience, est celle de l’ordre éternel, dont elle atteste l’existence contre tous les beaux raisonnements des prétendus athées, qui ne le sont pas plus que moi en ce moment. Il faut écouter cette voix; sans quoi la peine de la violation sera prompte, fut-on revêtu de la puissance souveraine.
Préjugés à respecter.
I. Les diables. Il est certain, quoi qu’on en dise, que c’est une fausseté que leur existence; que leur croyance peut produire du mal; qu’elle cause des frayeurs très douloureuses aux âmes honnêtes et timorées; qu’elle a empoisonné les derniers moments d’une foule de malheureux moribonds.
II. Celle des anges n’est pas à beaucoup près aussi utile, ni aussi dangereuse.
III. Celle des revenants est moins effrayante que celle des diables; mais elle l’est beaucoup! Il faudrait la rectifier à la chinoise, en bannir ce qu’elle a d’effrayant, et la rendre un sujet de consolation.
IV. Les médecins guérissent de très peu de maladies, et tuent beaucoup de monde: il semble qu’il les faudrait anéantir, comme dangereux, comme nuisibles au genre humain?
V. Les rêves. C’est une vraie superstition, et jamais les songes n’ont rien signifié. C’est un effet de ce qu’on a, ou vu, ou entendu, ou senti, ou pensé, ou une combinaison monstrueuse de tout cela, opérée par les organes matériels de la pensée durant le sommeil. Rarement les rêves ont pour objet ce qui nous arrive actuellement, quoi que cela nous affecte beaucoup; ils ne nous retracent le plus ordinairement que les choses éloignées, et dont le souvenir commence à s’effacer. La manière de rêver n’est pas la même pour tous les hommes; il en est dont les rêves sont agréables et sages, d’autres dont les rêves sont fous; enfin le même homme a des songes tantôt sages, tantôt fous.
VI. Je ne mets pas la Religion au rang des préjugés, mais il y a des préjugés dans la religion, qui paraissent très préjudiciables au bonheur du genre humain, j’ai pensé quelquefois à en faire un plan de réformation, que dans ma jeunesse je croyais d’une sagesse consommée: heureusement que j’ai différé de le publier! Les prêtres sont riches, au lieu d’être pauvres: ils ne présentent que de l’ostentation dans le culte, au lieu d’adorer en esprit et en vérité: ils sont acharitables, vindicatifs, impérieux; ils négligent d’observer toutes les maximes du législateur, au point de faire précisément le contraire de ce qu’il prescrit, etc.