La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
Nota. Ceci n’est pas la faute des prêtres, qui sont toujours ce que le gouvernement veut qu’ils soient; mais celle des législateurs civils, qui ont envisagé la religion sous un point de vue différent du véritable. Ainsi, toutes les fois que les philosophes déclament contre les prêtres, c’est qu’il faut un mot pour se faire entendre: les prêtres ne sont pas plus coupables des abus de la religion, que les autres citoyens. Ils reçoivent, comme eux, de l’éducation, tous les préjugés dangereux sur leurs prérogatives, et ils les soutiennent par intérêt personneclass="underline" mais que la société règle une fois ces prérogatives, et le prêtre, qui est notre fils, notre frère, sera ce qu’on voudra qu’il soit.
VII. Les occupations basses, quoiqu’utiles, sont méprisées: qu’en résulte-t-il?
VIII. Le préjugé de la différence des conditions est contraire à la raison, à la religion.
IX. Pourquoi une femme ne reçoit-elle pas tous les hommes? Ce qui est permis avec l’un, ne peut être défendu avec l’autre: c’est un préjugé?
Ce qu’on peut faire.
I. Il est permis d’assassiner à la guerre, c’est-à-dire, de guetter nommément un ennemi, et de le coucher par terre d’un coup de fusil, de pistolet, de sabre, d’épée, de poignard. On tue licitement, en se battant dans la mêlée. On peut violer, si le général qui met la ville au pillage, l’ordonne; l’infamie retombe sur lui. On peut incendier à la guerre, on le doit quelquefois. On peut empoisonner les vivres d’une garnison opiniâtre. On vole, on pille, on trompe légitimement sur mer et sur terre, pendant cet horrible fléau, qui ne l’est que par le mal qu’il autorise.
II. Certainement il est permis à une femme, à un homme d’user de ses facultés, pour le plaisir, en se tenant dans les bornes de la raison. Les actions naturelles ne sauraient être un crime contre la nature, quoique les hommes aient pu convenir entre eux qu’il ne serait permis de s’y livrer qu’en telles et telles circonstances. C’est pourquoi, dans le cas où la convention sociale gênerait la liberté naturelle, je crois permis de se cacher pour se satisfaire, et pour éviter le déshonneur; à condition qu’on n’outragera pas la nature. Car alors, si les peines physiques venaient à déceler la violation de la loi sociale, on souffrirait également et la peine que la société imposera, et celle de la nature: or c’est une folie que de s’y exposer. Si donc une fille fait un enfant, qu’elle se cache: mais si on vient à le savoir, qu’elle s’en fasse honneur, comme d’une action naturelle, et qu’elle en tire la preuve qu’elle n’est pas une libertine. Car l’estime publique nous est nécessaire, et quand elle nous échappera d’un côté, il faut tâcher de la rattraper de l’autre.
III. Il suffit de ne pas scandaliser, et de ne pas contribuer à ôter aux ignorants un frein nécessaire, notre croyance ne peut jamais être opposée à nos lumières: mais je soutiens que la croyance chrétienne est conforme aux lumières, et qu’il n’est rien de si aisé que de modeler sa conduite sur cette croyance, qui consiste à aimer ses semblables, à leur faire du bien, à rendre à l’être-principe l’hommage filial de notre existence, à regarder J.-C. comme la plus pure émanation de Dieu, eu égard au bien que sa doctrine a fait aux hommes.
IV. Nous ferons toujours du bien aux autres: parce qu’il en résultera pour nous une sûreté d’existence, qu’est le plus grand des plaisirs: ce bien nous sera rendu par les autres; nous jouirons d’un sentiment délicieux, celui d’en être aimés, surtout, si nous faisons le bien désintéressement, et sans blesser l’orgueil de nos obligés: notre réputation de bienfaisance, ou de bienveillance (car l’une égale l’autre, lorsqu’on manque de pouvoir) n’en sera pas moins étendue, et elle en sera beaucoup plus pure: tout ce que l’ostentation ôte au secret, elle l’ôte à notre réputation, pour le donner à l’ingratitude. Celui qui fait du mal aux autres est un fou qui, de gaieté de cœur, s’expose sous une maison que des maçons démolissent.
Passons aux préjugés à respecter.
I. Mais combien n’a-t-elle pas retenu de scélérats! Je me rappelle que dans ma jeunesse, aux veillées, on m’en faisait des contes, qui excitaient en moi un frissonnement salutaire, qui m’a éloigné de mille actions, non seulement injustes, mais préjudiciables à ma santé.
II. Cependant, combien de voyageurs effrayés elle a rassurés; combien de soldats chrétiens elle a raffermis, lorsqu’ils étaient le plus exposés!
III. Par ce moyen, elle serait très utile! elle entretiendrait les enfants dans la soumission à leurs parents, et ceux-ci dans la tendresse paternelle et maternelle.
IV. Non: combien de malades la confiance au médecin tranquillise sur leur état, et qui guérissent naturellement au moyen de cette précieuse tranquillité, que les animaux ont sans médecins!