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La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville

Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:

Ce roman épistolaire nous conte l'histoire classique d'une jeune fille, provinciale d'origine modeste, qui monte à Paris. Après avoir profité, sans en abuser, de la bonté d'une amie de la famille, la facilité et la vie dans la grande ville incitent notre héroïne à se faire «entretenir» par un marquis. La maîtresse sera en bons termes avec la marquise puisque son propre frère en est l'amant. Mais ces amours ne durent guère et la déchéance sera grande?
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Ma chère femme. Ne t’inquiète pas de mon absence d’une partie de la journée. Je suis au jeu: j’ai perdu hier; mais j’espère me rattraper aujourd’hui. J’ai pris notre argent; mais je t’en rendrai bon compte ce soir. Ne le cherche pas.

Comme je n’avais pas de monnaie, j’ai pris la tienne: tu n’as rien à dépenser aujourd’hui, sois tranquille. À ce soir.

Le commissionnaire est payé.

Je fus très en colère, tout en croyant que c’était une vérité; je ne pensais qu’à la possibilité d’une perte au jeu de tout ce que nous avions. Je me tranquillisai: je dînai seule, et il fallut, dès ce premier repas, demander crédit, qu’on me fit d’assez mauvaise grâce. Dans l’après-dîner, je voulus mettre quelque chose en ordre de mes hardes: j’ouvris mes malles; plus de dentelles, plus de bijoux! il ne restait que mon linge et mes robes! j’eus l’a bonhomie de croire qu’il avait craint les revers du jeu, et qu’il s’était muni: mais je me promettais bien, si je pouvais ravoir ce qui m’appartenait, qu’il n’y toucherait plus! je l’attendis pour souper. Personne. le mangeai quelques tristes restes de mon dîner, je me mis à lire, en attendant, jusqu’à six heures du matin, que je m’assoupis. En m’éveillant, il me sembla qu’un voile se déchirait de devant mes yeux; je sentis que j’étais dupée, volée, abandonnée, sans ressources! Je fus au désespoir… Cependant je me calmai, songeant que souvent les joueurs passent le jour et la nuit, mais ce retard était pour moi d’un mauvais augure: j’imaginais qu’il avait perdu, et qu’il n’osait revenir. Je fus toute la journée dans un état cruel. Vers le soir, n’ayant rien pris, je fis vendre une de mes robes, qu’on donna pour une misère, quoiqu’elle fût très belle, et j’eus quelque argent.

La nuit vint: j’étais à chaque instant aux écoutes; chaque passant me paraissait celui que j’attendais, et mon cœur battait à la marche de tous ceux que j’entendais sous mes fenêtres: ils s’éloignaient, et j’étais au désespoir. Enfin quatre jours s’écoulèrent. Je témoignai alors mes inquiétudes à mon hôtesse. Elle me dit qu’il fallait faire faire des recherches. «Mais il a emporté tout mon argent! – Vous avez des effets, vendez. – On n’en donne rien. On fait ce qu’on peut dans votre passe.» Il fallut vendre, et en peu de temps, ruinée, accablée de chagrin et de honte, obligée d’avouer au commissaire, devant qui je portai plainte, que ce n’était pas mon mari, je me vis huée, et ne sachant où me cacher.

Dans cette situation, il fallait recourir à l’ami. Je m’en gardai bien! c’était lui que je redoutais le plus. Mon hôtesse, qui me voyait à la fin de mes ressources, me dit que puisque j’étais déjà… Je n’avais qu’à l’être davantage, si je n’avais rien de mieux à faire. La honte, la colère, l’indignation contre moi-même, et contre les autres, me fit suivre ce conseil; je la priai de me laisser ma chambre, et de m’adresser quelqu’un. Elle m’envoya effectivement un marchand de la rue du Roule, âgé de cinquante-cinq ans, un grand sec bourgeonné, qui m’offrit un louis par semaine. J’acceptai, ne pouvant faire autrement. Mais bientôt le dégoût que me causa cet homme me le rendit insupportable. Je vendis secrètement tout ce qu’il m’avait donné, je tirai de lui le plus qu’il me fut possible, je me mis de mon mieux, et j’allai me promener au Palais-Royal, dans les allées solitaires. J’y fus enfin abordée par un homme moins laid que le bourgeonné, mais environ du même âge, qui me parla honnêtement d’abord, pour me sonder. Le voyant à peu près ce qu’il me fallait pour l’instant, je ne fis pas la bégueule, je ris avec lui. Charmé de ma rencontre, il me fit des propositions, que je reçus mal, et dont il me demanda pardon. Il allait me quitter. Je le retins. «Vous êtes un galant homme, lui dis-je, et je ne veux pas vous tromper. Vous m’avez prise pour une fille: ce n’est pas mon sort, grâce au cieclass="underline" mais je puis me lier avec un honnête homme…» Le voyant interdit, j’ajoutai: «Je donnerai toutes les preuves possibles de mon honnêteté: voyez? Je ne suis venue ici que pour faire une connaissance, dont j’ai besoin: je la veux honnête; vous me convenez: ne laissez pas échapper une occasion que vous ne retrouverez peut-être jamais…» Ma beauté (à ce qu’il me dit) me rendait persuasive; il me répondit que si j’étais effectivement une fille décente, et non une coureuse, que je lui convenais parfaitement, et qu’il s’estimerait heureux de m’être utile. Je lui fis alors mon histoire, à quelques déguisements près. J’avais eu trois amants successifs, auxquels j’avais été fidèle. Le premier était en Amérique pour ses affaires, et ne m’écrivait pas; le second m’avait abandonnée, sans me rien laisser; et je ne voulais pas du troisième, qui n’avait encore (disais-je) rien obtenu de moi. Je parlais avec la candeur et la naïveté que tu me connais; je fus crue, et conduite dans la rue du Chantre, où l’homme me montra un petit appartement très joli, que venait de quitter une maîtresse qu’il avait depuis deux ans, laquelle était entrée à l’Opéra, où elle commençait à se distinguer. Je fus installée sur-le-champ, les clefs me furent remises: nos conventions furent trois louis par semaine, sans les robes et les autres présents. Contente de ce qui m’aurait paru bien mesquin avant mes malheurs, je retournai chez moi; j’emportai dans un fiacre, qui m’attendait rue Béthisi, tout ce que je pus emporter, et je quittai chambre, hôtesse, et vieux bourgeonné, pour ne les plus revoir, si je pouvais.

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