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Les Pardaillan – Livre III – La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre III – La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'?v?que prince Farn?se, fait arr?ter L?onore, sa ma?tresse, fille du baron de Montaigues, supplici? pendant la Saint Barth?l?my. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graci?e par le Pr?v?t, elle est emmen?e sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farn?se tortur? par la situation, le voil? p?re et cependant homme d'?glise, la petite Violette est emport?e par ma?tre Claude, le bourreau…
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– Il faudra bien que j’aboutisse quelque part! grommelait furieusement le chevalier qui pareil au prince de la légende parcourait, l’épée à la main, cette façon de palais enchanté.

Et malgré toute sa force d’âme, il éprouvait le vertige du danger inconnu. Une salle encore fut franchie, salle immense et somptueuse avec ses colonnes de jaspe… la salle du trône; puis deux ou trois pièces encore que Pardaillan traversa presque en courant, haletant, les yeux exorbités, l’angoisse au cœur, en criant à pleine voix:

– Mais tout le monde a donc peur de ma rapière, dans ce nid d’assassins!…

Pardaillan se trompait: c’est lui qui avait peur…, peur du silence, de la solitude, de l’inconnu. Brusquement, il fut rassuré. Il venait enfin de pénétrer dans une salle aux murailles nues, sinistre, coupe-gorge ou prison… mais dans cette salle, il y avait des hommes, des gens en chair et os, bâtis comme lui!… Il respira longuement et se mit à rire, tout en tombant en garde.

– Par les boyaux du diable, j’ai failli avoir peur, dit-il.

C’était pourtant le moment d’avoir peur: ces gens étaient au nombre d’une trentaine. Ils étaient armés d’épées et de poignards. Ils se tenaient debout, tout autour de la salle, contre les murs. À l’entrée de Pardaillan, aucun d’eux ne fit un geste. Et dans la minute qui suivit, il eut le temps de bien se rendre compte de sa situation. Elle était terrible.

D’abord, la porte, comme toutes les autres venait de se fermer. Ensuite au milieu, au beau milieu du plancher s’ouvrait un trou carré. Au fond de ce trou, il entendait mugir les eaux de la Seine. Enfin, tout autour de lui, des gens armés. S’il faisait un faux pas en se défendant, il tombait dans le trou. S’il bougeait en avant, en arrière, à gauche et à droite, il se heurtait aux aciers qui luisaient confusément dans cet antre à peine éclairé!… Pardaillan se trouvait en effet dans la salle des exécutions, c’est-à-dire dans cette salle même où maître Claude avait pénétré pour étrangler Violetta et la précipiter ensuite dans le fleuve, dont les flots venaient se heurter aux soubassements du palais avec un murmure confus.

Il y eut, comme nous l’avons dit, une minute de silence.

«Si je pouvais seulement m’acculer à un de ces angles!» songeait Pardaillan.

Brusquement retentit de l’autre côté des murs un bruit éclatant et prolongé, semblable au bruit que peuvent faire deux cymbales violemment heurtées l’une contre l’autre. Alors les statues adossées aux murs s’animèrent et se mirent en mouvement, les épées en garde: dans le même instant, Pardaillan se vit au centre d’un vaste cercle d’acier.

Ce cercle se resserra sans hâte. Chacun de ces hommes, l’épée nue en avant, marchait vers le trou noir qui béait. Ils ne semblaient pas voir Pardaillan, ni s’occuper de lui. Seulement, la manœuvre apparut au chevalier d’une admirable simplicité: de quelque côté qu’il se tournât, il avait une pointe sur la poitrine. C’était sûr: il allait être lardé de coups d’épées, et à force de reculer, il lui faudrait bien sauter dans le trou!…

Tout cela, Pardaillan le vit et le comprit en deux secondes.

Au moment même où les statues s’animaient et se mettaient en mouvement, il se rua en avant pour franchir le cercle d’acier, et porta devant lui deux ou trois coups de pointe. Et un frémissement de terreur le parcourut cette fois des pieds à la tête: il était sûr d’avoir touché deux de ses assaillants… de les avoir touchés à mort!… Et aucun ne tombait!…

Il comprit que tous ces hommes étaient vêtus de cottes de mailles qui les rendaient invulnérables, sauf au visage!… Et ces visages, alors, il les regarda. Car il eut le temps de les regarder?… Car les assaillants avançaient avec une effroyable lenteur… Et cette fois l’épouvante se glissa dans son cœur…

Car ces visages immobiles» sans un pli, sans expression, pareils à des visages de morts, il comprit que c’étaient des masques… Non, même pas au visage, il ne pouvait atteindre les formidables statues qui marchaient sur lui, lentement, combien lentement!…

Il jeta un rapide coup d’œil derrière lui. Il était à trois pas du trou carré ouvert pour le recevoir. Une deuxième fois, il se rua, silencieux, haletant, les cheveux hérissés… Et il recula: aucun des hommes n’était blessé, et lui venait d’être touchera l’épaule, au, défaut de sa cuirasse de buffle.

Il se ramassa sur lui-même…

Le cercle d’acier se resserra encore un peu… les statues venaient de faire deux pas, et maintenant, le cercle très étroit se composait de deux ou trois hommes en profondeur.

À ce moment, des mystérieuses profondeurs du palais s’éleva un chant funèbre, comme si un grand nombre de moines ou de prêtres fussent rassemblés pour un De profundis. En même temps, une cloche se mit à sonner le glas et les mugissements d’un orgue se déroulèrent en larges volutes d’une musique plaintive et menaçante.

Pardaillan reçut la secousse du frisson mortel. C’était pour lui, ce glas! Et Fausta, raffinée organisatrice de fantastiques mises en scène, faisait chanter sur ce vivant l’office des morts!… Alors, l’esprit de Pardaillan franchit les limites de l’horreur et de l’effroi. Il eut soudain ce sang-froid terrible, cette limpidité de vision, cette foudroyante rapidité de décision qui président aux «coups de folie».

Au moment précis où les pointes des épées allaient l’atteindre, le pousser dans le trou, il se baissa, se ramassa sur lui-même, se détendit soudain; il y eut dans les jambes des assaillants le grouillement bref d’une bête qui passe en mordant, d’un sanglier qui fonce, défenses en avant: deux ou trois hurlements de douleur éclatèrent, et deux hommes tombèrent éventrés par la dague de Pardaillan qui, ne pouvant frapper ni aux visages masqués ni aux poitrines cuirassées, décousaient des entrailles!… L’instant d’après, il se trouvait hors du cercle infernal, et se relevait, d’un bond, gagnait un angle de la salle où il s’acculait!…

Une minute de répit pendant laquelle les voix graves des moines lointains, le mugissement de l’orgue et le son de la cloche couvraient tout autre bruit.

Les bourreaux, les gens d’armes de Fausta eurent un effarement. Puis l’un d’eux, le chef sans doute, prononça quelques mots brefs et rudes, et aussitôt, dans une manœuvre silencieuse et rapide, le cercle se brisa; ils se formèrent sur trois ou quatre rangs et marchèrent vers le coin où s’était acculé le condamné.

En cette minute, Pardaillan, le corps entier vibrant, les nerfs tendus à se rompre, la tête en feu, jeta un regard de fauve pris au piège. Et il souffla fortement, d’un souffle rauque… en même temps, il rengaina sa rapière et saisit un objet accroché au mur.

Cette salle était la salle des exécutions. C’est là qu’on tuait ceux que le tribunal secret avait condamnés. C’était la salle du bourreau… Et comme c’était la salle du bourreau, un peu partout, aux murs étaient accrochés en bon ordre les instruments du bourreau: ici des paquets, de cordes, là une masse pour assommer, là des coutelas, plus loin des haches.

Cet objet que Pardaillan venait de saisir, c’était une masse. Elle se composait d’une énorme boule de fer hérissée de pointes et emmanchée d’un bois rugueux à peine poli.

Ce fut, nous avons dit, une minute de répit pendant laquelle les meurtriers s’organisèrent pour un nouveau système d’attaque.

Pardaillan, sa masse à la main, les vit s’avancer sur lui, de leur pas égal. Cela formait une sorte de bête monstrueuse hérissée d’acier, et cela ressemblait assez à l’antique formation du combat des Thébains.

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