Le gang des rêves
- Автор: Fulvio Luca di
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440061
- Переводчик: Elsa Damien
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Le gang des rêves». Краткое содержание книги:
L’histoire commence, vertigineuse, tumultueuse. Elle s’achève quelques heures plus tard sans qu’on ait pu fermer le livre, la magie Di Fulvio.
Roman de l’enfance volée, Le Gang des rêves brûle d’une ardeur rédemptrice : chacun s’y bat pour conserver son intégrité et, dans la boue, le sang, la terreur et la pitié, toujours garder l’illusion de la pureté.
Dramaturge, le Romain Luca Di Fulvio est l’auteur de dix romans.
Deux d’entre eux ont déjà été adaptés au cinéma ; ce sera le destin du Gang des rêves, qui se lit comme un film et dont chaque page est une nouvelle séquence.
Deux semaines plus tard, Ruth demanda un congé à Barry. Elle inventa une excuse, prit l’autocar pour Los Angeles et, de là, se rendit à Newhall. Le jour où elle franchit le portail du Newhall Spirit Resort for Women, la clinique pour maladies nerveuses où elle avait été internée, ce n’était pas un dimanche. Mais on la laissa entrer quand même et elle fut autorisée à voir Mme Bailey.
Comme toujours, Ruth la trouva assise devant sa fenêtre, le regard perdu dans son monde. Ruth s’assit près d’elle en silence et prit sa main dans la sienne. Mme Bailey ne réagit pas.
« J’ai toujours peur de finir dans le piège, dit Ruth après un moment. Qu’est-ce que je dois faire ? »
Mme Bailey continuait à regarder par la fenêtre, sans rien voir.
Ruth resta à son côté, sans mot dire. Puis, au bout de presque une heure, elle abandonna la main de Mme Bailey, se leva et se dirigea vers la porte.
« Un jour, un enfant, le fils d’un homme qui vendait des canaris, décida de libérer tous les oiseaux de son père » commença soudain Mme Bailey.
Ruth s’arrêta, la main déjà sur la poignée.
« Il ouvrit les cages et tous les canaris s’échappèrent, emplissant le ciel de leurs gazouillis, continua Mme Bailey. Tous, sauf un. Un canari femelle qui s’appelait Aquila, la plus vieille du groupe, qui était même plus âgée que l’enfant. Le gosse haussa les épaules : elle va bien finir pas s’envoler et prendre sa liberté ! se dit-il. Mais, le soir venu, le canari était toujours là, tapi dans un coin de la cage, le plus loin possible de la porte. “Je suis désolé, mais c’est pour ton bien, Aquila !”, dit alors le gamin en enlevant de la prison ouverte la soucoupe d’eau et celle avec les graines, certain que la faim et la soif obligeraient le canari à conquérir sa liberté. Le lendemain, l’oiseau se trouvait encore là, au même endroit, mais maintenant il était rigide, dos rougeâtre contre le sol de la cage et petites pattes dirigées vers le plafond, squelettiques et contractées. Ses yeux étaient rendus inexpressifs par un voile opaque et ses ailes, qui n’avaient jamais volé, enserraient son sternum, comme des chaînes. » Mme Bailey soupira et se tut.
Ruth sentit le souffle lui manquer. Puis un flot de larmes noya ses yeux. Elle retourna s’asseoir près de Mme Bailey et resta là à pleurer, en silence.
Alors Mme Bailey tendit la main et prit celle de Ruth dans la sienne.
Ruth ne tourna pas la tête pour la regarder. Elles restèrent toutes deux silencieuses, là devant la fenêtre, sans rien voir de ce qu’il y avait dehors, chacune perdue dans son monde, ses pensées et ses souvenirs.
Au coucher du soleil, un employé entra dans la chambre avec le dîner et dit à Ruth qu’elle devait partir.
Ruth retira sa main de celle de Mme Bailey et quitta le Newhall Spirit Resort for Women.
Ce soir-là, de retour à Los Angeles, elle sonna à la porte de M. Bailey et dormit dans sa vieille chambre de l’agence Wonderful Photos.
Si Arty croyait pouvoir le baiser, il se trompait sur toute la ligne ! « C’est fini » lui avait annoncé Arty deux mois auparavant. Fini le Punisher. Finie la cocaïne. Tu parles, que c’était fini ! Ce serait seulement fini quand il le déciderait, lui ! Arty prétendait qu’ils ne gagnaient plus assez, qu’il n’y avait pas de marge. Quelle connerie ! Bill était certain qu’en réalité, Arty voulait le remplacer et donner son masque à quelqu’un d’autre. Mais le Punisher, ce n’était pas un masque, c’était celui qui était derrière le masque. Arty imaginait pouvoir encore se faire des tonnes de fric sans lui. Quelle connerie ! Bill ne le lui permettrait pas.
Le jour où Arty l’avait surpris en train de violer la salope mexicaine, Bill s’était dit qu’il allait le tuer. À l’évidence, c’était ça, le destin d’Arty. Se faire crever par Bill. Il n’était resté en vie que pour lui ouvrir les portes du paradis, mais à présent sa mission était achevée.
« Va t’faire foutre, Arty ! C’est moi qui n’ai plus besoin d’toi. Amen ! » ricana Bill en aspirant une bonne dose de cocaïne. Il revissa la fiole en verre fumé et la mit dans sa poche. Il respira à pleins poumons, en grinçant des dents. Il la sentait. Elle était en train de monter. Celle du matin, c’était la meilleure. La première, c’était pour se lever. La deuxième, pour se sentir invincible. Ses dents commençaient à être anesthésiées. Ainsi que ses narines et sa gorge. Et ses pensées devenaient brillantes et tranchantes comme un bistouri.
« Arty de mes deux ! » s’exclama-t-il.
Deux mois auparavant, quand le réalisateur lui avait déclaré que c’était fini, Bill avait feint le désespoir et s’était mis à le supplier. Inconsciemment, il avait joué là un rôle, ce qu’il n’avait pas tardé à réaliser. Sur le coup, il avait vraiment cru être désespéré et, bave aux lèvres, il avait imploré ce maquereau pourri de lui donner une autre fiole de cocaïne. Mais en réalité, son instinct l’avait engagé dans une voie géniale : faire mine d’être faible devant l’ennemi afin de pouvoir mieux le baiser. Il avait compris sa propre stratégie deux jours plus tard. Deux jours passés au lit, sans la force de se lever ni de réagir, deux jours où il s’était senti perdu. Fini, comme avait dit cet Arty de mes deux. Fini dans cette petite chambre de merde d’une pension de merde dans cette ville de merde où il était resté prisonnier. Avec trois sous de merde en poche. Mais Bill n’était pas fini. Et il s’était relevé. C’était la rage qui lui avait donné la force nécessaire. La rage avait insufflé de l’adrénaline dans tout son corps.
Les deux jours suivants, il avait filé Arty. Il avait étudié tous ses mouvements. Avant de frapper. Ces deux jours lui avaient permis de découvrir qui fournissait la cocaïne à Arty : Lester, un petit mec tout pimpant. Bill avait débarqué chez Lester, l’avait massacré et s’était fait donner le nom de celui qui contrôlait le marché. Tony Salvese l’avait reçu à l’arrière d’une salle de billard, protégé par deux sbires, pistolet à la ceinture. Bill avait révélé à Tony Salvese qui il était : le Punisher. Alors Tony Salvese avait ri et avait lancé à ses hommes : « C’ui-là, y s’est tapé les plus belles garces de Hollywood ! » Les sbires avaient ri à leur tour et avaient regardé Bill d’un autre œil. Bill avait expliqué qu’il voulait vendre de la cocaïne à Hollywood. Tony Salvese lui en avait confié un kilo. « Les salopes, ça aime la cocaïne, hein ? s’était-il exclamé. Quatre-vingt pour cent, c’est pour moi. Et s’il manque un centime, ta bite c’est pour mon chien. » Quand Bill avait quitté la salle de billard, cocaïne glissée dans le pantalon, il était retourné chez Lester. Tête encapuchonnée, il avait volé toute la cocaïne et tout l’argent qu’il avait pu trouver. Enfin, il s’était rempli les narines.
Maintenant, il vendait donc de la cocaïne. Trouver des clients n’avait pas été difficile. Il avait fait le tour des gens qui connaissaient ses films et, à chacun d’entre eux, il avait révélé son identité. Ainsi, il fréquentait à nouveau le milieu du cinéma. Et bientôt, il recommencerait à faire des films, se disait-il. Parce qu’il n’y avait personne comme lui. Certes, il devrait attendre un peu. Mais Bill était patient. Déjà, deux de ses clients avaient organisé des petites fêtes dans un motel juste en dehors de Los Angeles, auxquelles il avait été invité. Ils lui avaient fait mettre le masque du Punisher et lui avaient demandé de violer une salope devant eux. Comme ça, en direct. Bill avait eu l’impression d’être le magicien des anniversaires de gosses. Ce n’était pas mirobolant, mais c’était un début. Ensuite, on l’avait appelé pour participer à deux autres fêtes. Une fois, il n’avait pas réussi à bander, mais la cocaïne rendait lucide et intelligent, et Bill n’avait pas paniqué. Il avait regardé ces débauchés et leur avait dit : « J’ai bien attendri la viande, maint’nant c’est vot’e tour ! » Cela avait été une idée fantastique. Ils lui avaient filé cinq cents dollars en plus, tellement ils étaient contents. Oui, il retrouverait bientôt sa place dans le milieu. Il redeviendrait bientôt le Punisher.