Les Pardaillan - Livre III - La Fausta
- Автор: Зевако Мишель
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre III - La Fausta». Краткое содержание книги:
– Le duc de Guise, madame, nous a dit ceci: «Je crois que tous quatre nous mourrons de la main du damné Pardaillan!» Il n’avait pas besoin de le dire en ce qui me concerne. Voici seize ans que je le sais, moi! Et c’est atroce, madame, au point que j’ai senti la folie m’envahir parfois… Ce n’est pas la peur de la mort, non, puisque je la brave, puisque je l’ai bravée, puisque j’ai voulu me tuer… Pour moi, pour Guise, Pardaillan représente des choses formidables du passé, et c’est pourquoi nous redoutons un avenir terrible tant qu’il vit… Or, il vit, madame… il est libre!…
Ici, Maurevert fit en quelques mots le récit des événements qui s’étaient passés à la Bastille. Ce récit, Fausta l’écouta avec le même calme apitoyé. Maurevert acheva alors:
– Voilà ce que je suis venu vous dire, madame. C’est-à-dire que le duc, moi, Leclerc, Maineville, nous nous unissons désormais pour atteindre l’ennemi commun. C’est-à-dire, madame, que je ne puis m’attarder à l’abbaye de Montmartre. Le duc part pour Chartres, nous partons ensemble tous les quatre.
– C’est fort bien vu, dit paisiblement Fausta. Mais enfin, depuis ce matin que cet homme est sorti de la Bastille, qu’avez-vous déjà fait pour le retrouver!
– Nous avons mis sa tête à prix: cinq mille ducats d’or… mais sans espoir; car selon toute vraisemblance, il a quitté Paris à la pointe du jour; on l’a vu se diriger vers la porte Saint-Antoine. Nous avons bien lancé quelques cavaliers vers Vincennes; mais moi, je savais tout cela inutile…
Maurevert se tut brusquement, et attendit avec impatience de pouvoir se retirer.
– Retournez donc auprès du duc, dit Fausta, toujours avec la même tranquillité. Nous reprendrons nos projets particuliers, sire de Maurevert, quand avec l’aide de vos trois amis vous aurez triomphé de votre ennemi.
Maurevert s’inclina et se dirigea vers la porte par où il était entré.
– Non, dit Fausta, passez par ici…
Elle lui désignait la porte qui faisait communiquer le palais et l’auberge. C’était un principe, au palais Fausta, qu’on vît le moins de monde possible entrer ou sortir, surtout le jour.
Maurevert ayant salué Fausta sortit donc et se trouva dans l’auberge, ou du moins dans cette salle somptueuse qui semblait n’être que le prolongement du palais. Il la traversa et parvint dans un cabinet, au moment où l’une des hôtesses, Pâquette, y entrait elle-même par une autre porte. Pâquette, apercevant cet étranger, ferma vivement cette porte comme si elle eût craint qu’il n’aperçût des personnes qui se trouvaient dans la pièce voisine. Maurevert, déjà, avait atteint la salle commune, et comme Pâquette lui demandait ce qu’il désirait, il parut s’apercevoir alors seulement qu’il était dans une auberge. Il secoua la tête et sortit.
«C’est un fou», songea Pâquette, qui ayant pris une petite dame-jeanne de Saumur, regagna le cabinet d’où elle sortait quand elle avait rencontré Maurevert.
– J’ai eu peur, dit Pâquette en entrant. ‘
– De quoi? fit la voix narquoise de Pardaillan.
Ces gens que Maurevert avait failli apercevoir, ou qui auraient pu l’entrevoir lui-même si Pâquette n’avait si vivement fermé la porte, ces gens, c’étaient Pardaillan et Charles d’Angoulême, qui après le départ de Jacques Clément, étaient restés à la même table, dans le même cabinet…
– De quoi? reprit Pâquette. D’un homme à sinistre visage qui ne m’a pas répondu un mot quand je lui ai parlé, qui est entré dans l’auberge, Dieu sait comme, et qui peut-être est à votre recherche!…
– Eh bien, qu’il cherche! dit froidement le chevalier.
Et reprenant l’entretien où il l’avait sans doute laissé:
– Ainsi, ma belle Roussotte, et vous, ma jolie Pâquette, vous êtes ici non pas les hôtesses du Pressoir de fer, comme l’assure votre enseigne, mais, à vrai dire, les servantes de cette dame mystérieuse.
– Que Dieu vous garde de jamais la connaître! s’écria la Roussotte.
– Ses servantes! reprit Pardaillan. Peut-être ses espionnes?…
Le mot n’offensa nullement les deux anciennes ribaudes.
– Ni servantes, ni espionnes, dit simplement Pâquette… Seulement, voici: le lendemain du jour où nous avons ouvert ici une auberge à laquelle nous avons donné cette enseigne en mémoire de vous et aussi en mémoire de Catho, ce jour-là, nous reçûmes la visite d’un grand bel homme qui eût été magnifique et tout à fait plaisant à voir s’il n’eût eu la mine sévère, et d’une tristesse telle que jamais je ne vis tristesse pareille. Est-ce vrai, la Roussotte?…
– C’est vrai. Monseigneur Farnèse était à la fois le plus magnifique cavalier et le prêtre le plus lugubre qu’on puisse imaginer.
– Monseigneur Farnèse! s’exclama sourdement Charles d’Angoulême.
– C’était le nom de cet homme, comme nous l’apprîmes plus tard. Il paraît qu’il est cardinal. Enfin, il nous proposa de nous aider dans l’établissement de notre auberge, à telles enseignes qu’il paya pour nous les huit mille livres que coûta cet établissement. Non content de cela, il nous assura qu’il nous ferait une rente de six cents écus pour nous deux, si nous voulions consentir à lui louer à perpétuité une salle au fond de notre auberge et à laisser percer dans cette salle une porte communiquant avec la maison voisine. Tout cela fut accepté, bien entendu… Et peu à peu, cet homme nous instruisit de ce qu’attendait de nous sa maîtresse. Peu à peu aussi, nous apprîmes à connaître cette maîtresse… La salle du fond fut magnifiquement meublée… il s’y passa quelquefois des orgies merveilleuses… d’autres fois, on y attira des gens que nous ne revîmes jamais…
Pâquette frissonna et la Roussotte se signa.
– Lorsque nous vîmes qu’il se passait là d’étranges événements, continua Pâquette, et que nous devenions comme des hameçons pour attirer les gens dans une caverne de truands, nous nous repentîmes, mais il était trop tard. Et puis, que nous demandait-on? Simplement de conduire jusqu’à la salle en question les gens qui viendraient nous faire un signe.
– Pareil à celui que vous a fait tout à l’heure ce jeune homme?
– C’est bien cela… Alors, que voulez-vous, quand il venait des gens, nous les conduisions, et voilà tout. Nous ignorons ce qui se passe dans la maison voisine.
– Et vous n’avez jamais essayé d’y pénétrer?…
– Oh! que si!… s’écria naïvement la Roussotte. Seulement…
– Seulement? interrogea Pardaillan.
– Eh bien, continua la Roussotte, un jour nous avons voulu ouvrir, et nous n’avons pas pu. Alors, la curiosité nous a prises toutes les deux, plus forte que jamais, et Pâquette s’est décidée à frapper à la porte selon le signal convenu…
– Et ce signal? demanda négligemment le chevalier.
La Roussotte et Pâquette se regardèrent avec effarement.
– Le signal! balbutia Pâquette.
– Oui, je vous demande par quel signal vous parvîntes à ouvrir la porte; car finaudes comme vous êtes toutes deux, vous avez dû y parvenir.
La flatterie n’eut cette fois aucun succès.
– Hélas! monsieur le chevalier, vous ne savez donc pas que nous risquons notre vie à vous parler de ces choses? Que serait-ce si nous faisions la révélation que vous nous demandez!…