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Les Pardaillan - Livre III - La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre III - La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'évêque prince Farnèse, fait arrêter Léonore, sa maîtresse, fille du baron de Montaigues, supplicié pendant la Saint Barthélémy. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graciée par le Prévôt, elle est emmenée sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farnèse torturé par la situation, le voilà père et cependant homme d'église, la petite Violette est emportée par maître Claude, le bourreau…
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– Ainsi, dit le moine avec une ardeur où on pouvait encore découvrir quelque hésitation, il est vraiment permis de tuer un roi?…

– Qui en doute, si ce roi est criminel!

– Et j’aurai l’absolution entière?

– Vous l’avez! dit gravement Fausta.

Et levant la main droite dans un geste de bénédiction, elle prononça les paroles sacramentelles que Jacques Clément écouta avec une avidité stupéfaite.

– Relevez-vous, dit alors Fausta, vous êtes armé. Soyez prompt et brave.

– Souveraine, fit le moine d’une voix tremblante, répétez l’ordre, je vous en supplie. Qu’il n’y ait pas de confusion possible… Que dois-je faire de Valois? Je dis Henri de Valois, roi de France sous le nom d’Henri III. Que dois-je faire?…

Fausta; pour la deuxième fois leva sa main où étincelait l’anneau pontifical.

– Percat iste! dit-elle sourdement.

Le moine s’inclina:

– Vos instructions? demanda-t-il. Car seul et faible comme je suis, comment pourrais-je l’atteindre?

– Après-demain, dit Fausta, partira de Paris la grande procession qui doit aller à Chartres porter au roi les doléances du peuple de Paris. Prenez place dans le cortège. Nul ne peut s’étonner de vous y voir. Pendant la route, faites en sorte de n’attirer point l’attention sur vous par un excès de zèle. Modestement confondu dans la foule, priez en vous-même et songez que vous portez en même temps que la parole de Dieu, la fortune de la nouvelle Église!

– Et une fois à Chartres? interrogea le moine d’une voix ardente.

– Vous me retrouverez là pour vous guider… à moins que vous ne soyez guidé par l’ange lui-même…

– L’ange! dit Jacques Clément en tressaillant. Je le verrai donc?

– Je crois que vous le verrez, sinon sous sa forme aérienne, du moins sous sa forme matérielle.

Jacques Clément, cette fois, fixa un regard de défiance sur la Fausta et demanda:

– Quoi! madame, vous connaissez donc cette forme matérielle? Comment la connaissez-vous?

– Comme vous la connaissez vous-même. J’ai vu ce que vous avez vu, en d’autre lieux et d’autres temps que vous, voilà tout. J’ai entendu ce que vous avez entendu. Douteriez-vous de ces apparitions, sire moine? Douteriez-vous que Dieu a pu donner permission à des êtres célestes de communiquer avec nous pour nous transmettre sa volonté?

– Le ciel m’en garde! dit le moine avec ferveur.

– Donc, si je vous dis que peut-être verrez-vous l’ange sous sa forme matérielle, c’est que la duchesse de Montpensier sera à Chartres en même temps que vous et moi-même.

Le front pâle du moine s’empourpra. Il baissa ses paupières pour voiler le feu de son regard, et il balbutia ce seul mot:

– Marie!…

Alors la Fausta eut un sourire livide, et reprenant ce ton d’autorité souveraine par lequel elle inspirait le respect à de plus forts esprits que celui de ce moine:

– Regardez-moi bien, dit-elle.

– Je vous regarde, fit le moine, et je vois en vous une souveraine.

– Croyez-vous vraiment que je sois en communication avec la puissance céleste?

– Je le crois de toute mon âme…

– Eh bien, vous devez croire que toutes mes paroles me sont dictées, inspirées même…

– Oh! haleta le moine, qu’allez-vous donc me dire?…

– Ceci seulement: autant vous devez avoir confiance dans la forme aérienne de l’ange, autant vous devez vous défier de sa forme matérielle…

– Me défier de Marie! murmura le moine.

– N’a-t-elle pas déjà cherché à vous induire au péché mortel? Souvenez-vous de cette salle que vous venez de traverser pour arriver ici! Souvenez-vous de ce soir où vous y fûtes entraîné… Souvenez-vous du coup terrible qui frappa votre esprit lorsque se démasqua la femme qui vous tenait dans ses bras, et qu’en cette femme, vous reconnûtes celle que vous aimez depuis longtemps, en silence… Marie de Montpensier!

– Oh! vous savez donc tout, puisque vous savez que je reçus un coup terrible au cœur…

Le moine avait grondé ces quelques mots en grinçant des dents. Fausta qui l’étudiait avec la froide attention d’un chirurgien qui fait crier la chair sous son scalpel, Fausta qui apparaissait au moine, rayonnante de beauté et de majesté, véritable incarnation de la souveraineté pontificale, Fausta, disons-nous, voyant le jeune homme haleter, se hâta de continuer:

– Souvenez-vous que depuis cette nuit fatale, vos veines semblent charrier des laves enflammées, et que vos lèvres brûlées de fièvre cherchent dans la nuit un baiser pareil à celui qu’elle y déposa alors!…

– Grâce, madame et souveraine, râla le moine. Je ne sais par quel prodige vous êtes au courant de sensations que je n’ai même pas la force de m’avouer à moi-même, bien loin d’en avoir parlé à qui que ce soit au monde. Mais ces sensations, vous me les peignez avec une vérité affreuse, terrible, et qui achève de dévorer ce malheureux cœur.

– Soit, reprit Fausta avec une infinie douceur. Ne parlons donc plus du passé, et songeons à l’avenir. Vous voilà donc en garde. Et si vous vous trouvez en face de la duchesse de Montpensier…

– Eh bien? bégaya le moine.

– Eh bien, je vous l’ai dit: soyez en défiance… car… mon devoir est de vous prévenir… de vous prémunir… soyez en défiance… car…

– Madame, ma souveraine, de grâce…

– Eh bien, elle vous aime! dit la Fausta.

Le moine jeta un cri terrible et tomba prosterné, la face contre terre. Longtemps, il demeura ainsi, avec cette seule pensée vivante en lui, flamboyante comme un éclair qui l’eût aveuglé:

«Elle m’aime!… Me méfier d’elle… moi!… Ah! dût-elle me conduire en enfer!…»

Lorsqu’il se releva, il vit avec surprise que Fausta avait disparu. À sa place, une jeune femme souriante l’attendait. Elle le prit par la main, le conduisit à une porte qui, sur un signal donné par elle, venait de s’entrouvrir.

Le moine franchit cette porte, et se retrouvant dans l’auberge du Pressoir de fer, il put croire qu’il avait rêvé. Sans s’attarder, d’ailleurs, il quitta l’auberge et s’éloigna rapidement.

Dans le palais mystérieux, au moment où le moine ébloui, extasié, s’était prosterné, Fausta avait laissé tomber sur lui un regard de mépris. Et elle s’était retirée par une porte dérobée, ordonnant à une de ses suivantes de reconduire le moine.

Fausta était entrée dans une pièce voisine de celle où elle avait reçu Jacques Clément. Là, elle avait retrouvé une femme qui l’attendait sans soute avec impatience, car à la vue de Fausta, elle s’avança vivement à sa rencontre. Et si le moine eût été là, il eût reconnu aussitôt le costume de laine blanche et les longs cheveux d’or de l’ange qui venait de lui apparaître. Seulement, les traits de cet ange, de graves et mélancoliques, étaient devenus rieurs, et le visage sceptique de la duchesse de Montpensier eût peut-être alors porté un coup mortel aux croyances du moine.

Quoi qu’il en soit, l’ange s’étant avancé au-devant de Fausta, celle-ci lui prit les deux mains, la baisa au front et lui dit:

– Vous êtes vraiment l’ange de grâce et de beauté souriante dans la terrible bataille où tout est si noir et si triste autour de nous…

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