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Les Pardaillan - Livre III - La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre III - La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'évêque prince Farnèse, fait arrêter Léonore, sa maîtresse, fille du baron de Montaigues, supplicié pendant la Saint Barthélémy. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graciée par le Prévôt, elle est emmenée sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farnèse torturé par la situation, le voilà père et cependant homme d'église, la petite Violette est emportée par maître Claude, le bourreau…
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Ce n’était plus une femme… C’était un être mystérieux, à qui il plaisait de se montrer femme, mais qui tout à l’heure peut-être serait prince, reître ou prêtre.

Jacques Clément, depuis la nuit dans la chapelle des jacobins, vivait dans une sorte d’éréthisme sentimental, ou plutôt dans une crise de folie spéciale. Très raisonnable et même capable de beaux sentiments, comme on l’a vu par sa rencontre avec Pardaillan, d’esprit sombre, mais très lucide, son imagination le transportait dans une vie à part dès qu’il était question de cette vision et de ce qui s’y rattachait… c’est-à-dire le meurtre projeté d’Henri de Valois.

Il lui semblait alors entendre des voix surhumaines et apercevoir des êtres fantastiques au milieu desquels il se mouvait à l’aise, comme si le domaine du fantastique eût été désormais la seule réalité réelle. Tout le reste, Paris, le monde, la religion devenait irréel. Ce qui était vrai seulement, c’était le songe. Bourgoing, prieur des jacobins, avait dit à Jacques Clément: «Pour l’absolution que vous demandez, mon fils, seul un envoyé direct du Saint-Père, une émanation de la papauté, en prince armé de pleins pouvoirs peut vous la donner.»

Dans l’idée du moine, cette Fausta, cette princesse étrangère affiliée à la Sainte-Ligue devait le mettre en présence du prince de l’Église dont avait parlé Bourgoing. Et Fausta venait de dire: «Vous êtes devant celle qui peut vous absoudre…»

Le moine regarda Fausta et ne la reconnut pas. Il vit ce visage qui, de doucement féminin, était devenu flamboyant et majestueux. Un étrange frémissement s’empara de lui. Il entendit à son oreille ce coup de cymbales qu’il entendait lorsque, de la vie réelle, il se transposait subitement dans l’irréel. Et ses yeux s’étant abaissés jusqu’à la main de Fausta, il ne fut pas surpris d’y voir l’anneau des papes!…

Seulement il trembla comme il tremblait toujours quand il se voyait près du surnaturel. Son front se couvrit d’une sueur glacée. Lentement il se laissa tomber à genoux et balbutia:

– Qui êtes-vous?… M’êtes-vous envoyée par le Seigneur? Êtes-vous un de ces anges, comme elle?

À la question qui venait de lui être posée, Fausta répondit avec une sincérité absolue:

– Vous vous méprenez, sire moine. Je ne suis pas un ange. Ou du moins je ne suis pas un de ces êtres aériens à qui Dieu permet parfois de se mettre en rapport avec ses élus. Mais tenez pour certain que je suis l’Envoyée, celle à qui Dieu a donné mission de rétablir son autorité sur ce bas monde.

Qui sait s’ils n’étaient pas aussi illuminés l’un que l’autre? Qui sait la part d’ambition et d’astuce et la part de croyances qui entraient en composition pour produire cet être exceptionnel, ce phénomène: la Fausta?

– Qui donc êtes-vous alors? demanda le moine.

– Je suis votre souveraine pontificale! répondit Fausta avec un irrésistible accent d’autorité. Je suis celle que le conclave secret a élue pour combattre la faiblesse et l’astuce impie de Sixte, et qui est venue en France pour abattre l’hérésie.

– Souveraine pontificale, murmura Jacques Clément. Le Révérend Père Bourgoing m’avait bien parlé à mots couverts de cet étrange événement. Mais je le mettais au rang des fables…

– L’apparition de l’ange est-elle une fable? Cesse de douter, moine! humilie ton front devant la sainteté de Fausta Ire comme Fausta humilie son front devant la gloire du Très-Haut… Tu es venu ici chercher une absolution. Cette dextre seule peut la verser sur la tête. Parle donc sans crainte, sans orgueil ni faiblesse. Et afin que tu n’aies plus aucun doute sur tes destinées et les miennes, regarde…

En même temps, Fausta décrocha vivement le poignard qu’elle portait à la ceinture et le jeta devant le moine toujours agenouillé. Celui-ci le saisit en frissonnant et l’examina avec un indicible étonnement.

– Est-ce bien le même? demanda Fausta.

– Oui, répondit sourdement Jacques Clément, c’est bien le même poignard que j’ai reçu, et je vois maintenant que vous êtes en communication avec l’ange…

À ce moment, avec une soudaineté foudroyante, les ténèbres se firent autour de Jacques Clément. Il ne vit plus ni Fausta ni rien de ce qui l’entourait. Et cette horreur sacrée qu’il avait éprouvée dans la chapelle des jacobins s’empara de lui, lorsqu’une clarté très douce illumina peu à peu le fond de la pièce, et que dans cette clarté, il vit surgir l’ange… Comme la première fois, cet ange avait les traits de la duchesse de Montpensier. Jacques Clément tendit ses bras éperdus vers cette apparition. Soudain, l’ange se rapprocha de lui, se pencha et murmura:

– C’est aujourd’hui, Jacques Clément que tu vas savoir par quelles routes tu iras à l’immortalité, à ma gloire céleste… et au bonheur terrestre. La souveraine pontificale est chargée de t’instruire,… Écoute-la…

Aussitôt, l’ange se recula vivement, et il sembla au moine que cet être s’évaporait. La lumière, de nouveau, inonda la pièce, et hors de lui, les cheveux hérissés, le moine se relevant d’un bond se précipita vers le point où l’ange s’était montré. Mais il ne vit qu’une tapisserie qui recouvrait un pan de muraille.

La pensée d’une supercherie ne pouvait venir au moine. Mais cette pensée même lui fût-elle venue qu’il eût dû se rendre à l’évidence: derrière la tapisserie qu’il souleva, il n’y avait aucune issue.

– Au nom du ciel, madame, s’écria-t-il en essuyant la sueur froide qui couvrait son visage, n’avez-vous rien vu dans cette pièce pendant que s’est faite l’obscurité?

– Sire moine, revenez à vous, je vous prie… la lumière n’a pas cessé de briller.

– Quoi! cette pièce n’a pas été un instant plongée dans les ténèbres?

– En aucune façon…

– Et vous n ‘avez pas vu un corps aérien, là, devant cette tapisserie?…

– Je n’ai vu que vous, sire moine…

– Que Dieu me conserve la raison! reprit Jacques Clément.

– Croyez-moi, sire moine, Dieu vous conservera la raison tant que vous mettrez cette raison à son service.

– Que faut-il donc que je fasse?… s’écria le jeune moine.

Et se rappelant tout à coup les paroles de l’ange, il se remit à genoux devant Fausta, baissa son front jusqu’au plancher et, ainsi prosterné, murmura:

– Vous êtes la souveraine pontificale, je le sais, je le vois, je le crois. Ayez pitié de moi…

Fausta laissa tomber un long regard sur le moine prosterné à ses pieds. Mais ce n’était pas de la pitié que Jacques Clément eût pu lire dans ce regard, s’il l’eût surpris: c’était une froide résolution.

– Ce n’est pas de la pitié qu’il faut avoir pour vous, dit-elle avec cet accent d’autorité qui lui était particulier; c’est plutôt de l’envie, car vous êtes un élu, désigné par Dieu lui-même pour accomplir la grande œuvre.

– Vous savez donc? haleta le moine.

– Je sais que vous avez reçu d’un ange un poignard semblable à celui que j’ai reçu moi-même et que je viens de vous montrer. Avec ce poignard, vous devez frapper Valois…

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