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Les Pardaillan - Livre III - La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre III - La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'évêque prince Farnèse, fait arrêter Léonore, sa maîtresse, fille du baron de Montaigues, supplicié pendant la Saint Barthélémy. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graciée par le Prévôt, elle est emmenée sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farnèse torturé par la situation, le voilà père et cependant homme d'église, la petite Violette est emportée par maître Claude, le bourreau…
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– Eh bien, n’en parlons plus! dit Charles d’Angoulême.

– C’est cela, reprit Pardaillan. Ne parlons plus du signal. Mais vous pouvez continuer votre récit.

La Roussotte, à qui la langue démangeait comme à une digne commère qu’elle était, reprit donc:

– Ce fut la Pâquette qui frappa. À peine eut-elle frappé que la porte s’ouvrit. Et nous reculâmes…

– Bah! c’était donc bien terrible!…

– Vous allez voir, reprit la Roussotte en frissonnant. La porte ouverte, nous entrâmes, non sans de longues hésitations. Mais dès que nous fûmes entrées, la porte se referma d’elle-même… la lumière qui inondait la pièce où nous étions s’éteignit. Je poussai un grand cri et tombai à genoux…

– Moi aussi, dit Pâquette toute pâlissante à ce souvenir.

– Je fermai les yeux!…

– Moi aussi! ajouta Pâquette.

– Lorsque je les rouvris, continua la Roussotte, je vis qu’un peu de clarté s’était faite dans la pièce, mais si peu qu’à peine distinguait-on les meubles et les murs. Mais cette clarté était suffisante pour laisser voir deux cordes qui pendaient au plafond, et au bout de chaque corde, un beau nœud coulant… Alors, je compris que nous allions être pendues, et je me mis à pleurer… Tout à coup, deux hommes apparurent, deux géants masqués de noir. Je ne sais ce que pensait Pâquette, mais moi je ne pensais même plus; l’horreur me paralysait; l’un des géants saisit le nœud coulant qui se balançait au-dessus de ma tête, et comme si cette corde eût eu la faculté de s’allonger, il baissa ce nœud jusqu’à moi qui étais à genoux, et bientôt je sentis que la corde me serrait le cou…

La Roussotte, à ce mot, porta la main à son cou, par un geste machinal, et respira longuement. Pâquette murmura:

– Pendant ce temps, l’autre géant me serrait le cou à moi!…

– Diable! dit froidement Pardaillan, la situation manquait de gaieté!…

– Comme vous dites, monsieur le chevalier.

– Et comment fûtes-vous sauvées? Car enfin, vous le fûtes, puisque vous voilà saines et sauves et parfaitement gaillardes.

– Vous allez voir, continua la Roussotte. Quand j’eus la corde au cou, je me mis à réciter en moi-même une prière pour tâcher au moins de sauver mon âme, puisque je ne pouvais plus sauver mon corps. Ayant entrouvert un œil, je vis que les deux géants avaient disparu. Nous étions l’une en face de l’autre, à genoux, chacune avec notre corde au cou. Je ne sais quelle figure je pouvais faire, mais celle de Pâquette m’épouvanta. Je voulus lui parler, mais aucun mot ne sortit de ma gorge. Alors, monsieur le chevalier, oh! alors, il se passa une chose vraiment effrayante. Écoutez… Comme je regardais Pâquette que je voyais blanche comme une morte avec des traits tout retournés, je vis que la corde qu’elle portait au cou et qui était accrochée au plafond par l’autre bout, oui… cette corde se mit à se tendre!… Pâquette poussa un cri comme j’ai entendu quelquefois les chats en pousser de pareils, sur les toits, dans les nuits de mars. Au même instant, elle se mit debout. Et dans ce même instant, je sentis que la corde que j’avais à mon cou se tendait aussi et moi aussi, je poussai le même cri.

– Oui, le cri de chat sauvage, hein?

– Oui, monsieur le chevalier, dit la Roussotte ébahie. Et moi aussi je me mis debout!… Alors, j’essayai de défaire le nœud: impossible!… La corde se tendait. Elle m’attirait vers le plafond… mais elle se tendait lentement, si lentement, que je la voyais se tendre, monsieur. Oh! je voulus l’arrêter, je la saisis… Mais la corde continuait de se tendre… Je ne puis vous exprimer ce qu’il y avait d’horrible pour moi à voir cette corde se tendre avec cette lenteur; c’était mourir dans chaque seconde… Encore un peu, encore une petite secousse, et la corde m’enlèvera, je serai suspendue, je serai pendue.

– Tais-toi! Tais-toi! haleta Pâquette affolée.

– Quoi! n’est-ce pas ainsi que les choses se sont passées?…

– Oui! Mais tu racontes cela d’un air… il me semble que j’y suis encore!…

– Le fait est, dit Pardaillan, que c’était là une coquette façon de mourir…

– Oh! murmura Charles en frissonnant, cette Fausta est donc le génie de la perversion…

Il y eut un instant de silence, pendant lequel la Roussotte et Pâquette se remirent de leur émotion en vidant un gobelet de vin que Pardaillan leur versa de la dame-jeanne.

– J’en ai gardé la petite mort, reprit alors la Roussotte. Mais enfin, pour achever de vous raconter, voilà que je vois tout à coup la Pâquette qui saisit une chaise près d’elle juste au moment où sa corde, à elle, allait la soulever! Et elle grimpe sur la chaise. Dans mon dernier regard, je vois aussi un escabeau près de moi. Je l’attire, je monte! Nous voilà sauvées… sauvées pour dix minutes… car les maudites cordes, comme si de rien n’était, continuaient, à se tendre!… En sorte que nous étions toutes deux perchées comme des poules, ou si mieux vous aimez, nous étions comme deux ablettes au bout de deux lignes…

Et la Roussotte acheva cette comparaison par les gestes qu’elle crut les plus expressifs. Et il se dégageait de ce récit, de ces attitudes de la narratrice, une sorte de comique macabre, en sorte que Pardaillan ne pouvait s’empêcher de rire et de frissonner tout à la fois.

– Bon! Au bout de dix minutes, donc dix siècles, mes gentilshommes, dix agonies, dix morts! au bout de ce temps, dis-je, voilà les cordes retendues!… Plus d’espoir, alors!… Je me hisse sur la pointe des pieds, et tout d’un coup, comme dans une folie, je me mets à crier: «Grâce! Grâce!»

– Et moi aussi, dit la Pâquette. En entendant la Roussotte, je crie: «Grâce! Grâce!…»

– Et notez qu’il n’y avait personne!… Mais je crie de plus belle: «Grâce! Je ne le ferai plus!…» Alors, la corde s’arrêta tout à coup de se tendre! Et même elle se détend un peu!… «Grâce! Plus jamais je n’entrerai ici!…» La corde se détend!… Et voilà qu’une voix sortie de je ne sais où une voix qui me glace d’horreur, une voix pourtant douce, mais si dure, aussi, cette voix donc, bien qu’il n’y eût personne dans la pièce, nous dit: «Vous repentez-vous?…»

«- Oui! oh! oui! que nous crions en sanglotant toutes deux.

«- Essayerez-vous encore de surprendre des secrets sacrés?…

«- Jamais! oh! jamais!…

«- Eh bien, pour cette fois, Dieu vous a fait grâce! Allez, et soyez fidèles!…» À ces mots, continua la Roussotte haletante, voilà les cordes qui se détendent tout à fait. Je saute au bas de mon escabeau. Pâquette saute en bas de sa chaise. Je m’évanouis. Lorsque je revins à moi, je me trouvais étendue dans une salle de l’auberge, et Pâquette était près de moi. En sorte que sans la vive douleur que nous éprouvions toutes deux autour du cou, nous aurions pu croire que nous avions rêvé.

La Roussotte se tut quelques instants. Elle se frottait doucement le cou.

– Voilà, reprit Pâquette, ce qui nous est arrivé pour avoir voulu regarder de l’autre côté de cette porte…

– Et vous comprenez, ajouta la Roussotte, que plus jamais nous n’avons eu envie de recommencer…

– Diable! fit Pardaillan, mais moi, tout ce que vous racontez là me donne une furieuse envie d’aller y voir…

Les deux hôtesses effarées se regardèrent en pâlissant.

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