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San-Antonio met le paquet

Электронная книга - «San-Antonio met le paquet». Краткое содержание книги:

C'est par un petit événement en marge de nos activités professionnelles que démarre cette fois-ci l'aventure.
Une aventure vraiment extraordinaire, vous pourrez en juger par la suite si vous avez la patience de poursuivre.
Une aventure comme, à dire vrai, il ne m'en était encore jamais arrivé.
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Je file rejoindre les copains. Ils achèvent de dégager les deux corps et je les aide à les empaqueter dans des bâches. Nous avons une toile « lady » et une autre « gentleman ». On coltine ça dans la fourgonnette. Avant de déhotter, Lachaud fouille le sol en détail aux endroits où étaient ensevelis ces messieurs-dames. Il brise les mottes de terre une à une, comme on casse des noix véreuses. Il récupère çà et là des lambeaux d’étoffe qu’il serre dévotement dans des sachets de Cellophane. Je le laisse faire son turbin. Pendant qu’il s’escrime, Müller opère à l’intérieur du fourgon un premier examen des personnes en question, tandis qu’histoire de mettre ma main à la pâte je rebouche le trou exploré par Lachaud. Deux heures plus tard, c’est le retour sur Paris. Le mahomet en jette de plus en plus et l’intérieur de la camionnette fouette méchant.

— Alors, messieurs ? fais-je en allumant une cousue.

Müller qui, à la base, détient un accent alsacien épais comme un ciment prompt, a de la peine à jacter because sa fluxion dentaire. Il ressemble à une moitié d’hippopotame.

— La femme était jeune, dit-il. Ses mensurations, je vous les communiquerai postérieurement. Denture impec…

Là, sa voix se brise comme une tarte feuilletée sous le derche de Berthe Bérurier. Il caresse d’un doigt prudent la patate luisante qu’est sa joue droite et poursuit :

— Les os sont rongés par la chaux vive, ils n’ont toutefois pas été réduits en poudre parce que la chaux, au contact du sol humide, a perdu beaucoup de ses propriétés corrosives. Vous savez que l’oxyde basique du calcium…

Je le stoppe.

— Non, Müller, je ne le sais pas, et je m’en tamponne le bulbe. Après ?

— Ceci pour la dame. Naturellement, nous serons à même de vous en raconter plus long par la suite. Maintenant, l’homme. À mon avis, un individu d’une quarantaine d’années, assez grand. Hélas ! il jouissait également d’une parfaite denture, ce qui va vous donner du fil à retordre pour l’identification.

Nouvelle caresse à sa fluxion. Il salive péniblement et enchaîne.

— Néanmoins, il n’a pas été enterré dans la chaux et il se trouve dans un meilleur état de conservation, bien qu’à mon avis il ait été inhumé avant la femme.

D’affreux relents de charogne me fouettent le nase.

— Qu’est-ce que ça serait autrement, soliloqué-je. Alors ?

— Cheveux châtains… La fille, vous avez pu en juger… L’homme avait les pouces des mains très développés et en forme de spatule. C’était le genre de zig qui pouvait cacher une pièce de cinq francs sous son pouce.

Il se tait. Lachaud prend le relais.

— Portait au moment de sa mort un costume prince-de-galles, une chemise pervenche et une cravate tricotée noire… Chaussures en veau crispé…

— Merci, mes enfants, pour une première prise de contact, ça n’est pas mal.

Nous nous arrêtons pour croquer dans l’aimable routier où, la veille, Béru a pris le strabisme de la bonne pour une marque d’intérêt à son égard.

Lachaud et moi, on se commande une saucisse aux lentilles, et on réclame une purée très fluide avec une paille pour Müller.

CHAPITRE VIII

Dans lequel j’essaie de dresser un plan de campagne

Je me tiens dans la salle des sommiers, là où sont collationnés les pedigrees des malfrats et les fiches signalétiques des personnes disparues.

Au fur et à mesure que me parviennent les détails arrachés aux squelettes par les gnaces du labo, j’oriente mes recherches. Des tas de gens disparaissent chaque année sans laisser de traces, et pour un assez fort pourcentage, ne font jamais plus surface que ça soit mort ou vivant. Mais le contraire est très rare. Si l’on a souvent du mal à récupérer un disparu, par contre on finit toujours par cloquer une étiquette sur des restes. Or je me prends les nougats dans la cravate, ici, car j’ai beau passer au crible les ceuss qui ont mis les voiles, je n’arrive pas à situer les locataires à Pinuche dans le lot.

Au bout de deux plombes pendant lesquelles j’ai épluché plusieurs centaines de fiches, en compagnie de l’archiviste, je me retrouve groggy avec mes deux lascars sur les bras. D’où viennent-ils ? Qui sont-ils ? Mystère et boule de gomme. Vous pensez peut-être qu’au lieu de m’esquinter les loupiotes je ferais mieux de rendre visite aux gens qui ont créché dans la datcha du croulant Pinusky ? Hein, avouez, bande d’iconolâtres, que mon piétinisme vous surprend ? Tenez, malgré que vous en trimbaliez un paquet épais comme un matelas Simmons, je vais vous affranchir, bien que je n’aie pas de comptes à vous rendre ! Voyez-vous, un proverbe gondolien (capitale Gondolo) affirme qu’on ne doit pas s’embarquer sans biscuits. Il a raison. Ceux qui ont eu le malheur de partir sans biscuits n’ont jamais fait leur petit-beurre ! Vous me voyez, débarquant chez ces gens, le bada à la pogne, très « quêteur pour les hautes œuvres de la paroisse » et demandant poliment : « Mande pardon, m’sieurs dames, vous n’auriez pas paumé deux cadavres par hasard ? »

Tandis que si, dûment affranchi, j’y vais d’un suave : « Que sont devenus Mme Dugland et M. Chprountz qui comptèrent parmi vos invités à votre soirée du tant ? », alors là, je fous la variole dans le chantier, vous comprenez ? Et comme San-Antonio a un œil qui vaut toutes les pellicules ultrasensibles, j’enregistre les tressaillements, les battements de paupières et autres rougeurs ou pâleurs symptomatiques.

Bon, je veux pas vous donner de cours de police par correspondance, mais ceci devait être dit et ça l’a été dans un style qui n’est pas près d’être égalé. Je pense que vous êtes au moins d’accord sur ce point ! Moi, j’ai le style naturel, ça ne s’explique pas. Ça dégouline de ma plume comme lorsque vous ouvrez le robinet de votre lavabo. L’autre jour (permettez que je fasse une petite digression ? Et si vous ne permettez pas allez vous faire admettre chez les Grecs), l’autre jour, disais-je, je ligotais une interview de M. Raymond Queneau, de l’académie Goncourt, dans laquelle ce membre actif de la célèbre assemblée affirmait qu’il lui fallait sept berges pour écrire un bouquin. Sept berges, vous mordez ? Le temps que met un président de la République pour virer sa cuti ! Paraît, affirme M. Queneau, qu’on peut rien pondre d’éternel en moins de temps et que les navetons qui accouchent plus vite ne produisent que des trucs rachitiques dont la postérité ne veut pas entendre causer. Sept ans ! Un marbrier aurait le temps de l’écrire dans le dur, son livre !

Y doit y avoir de la moisissure dans les points-virgules et des champignons après les imparfaits du sub. Sept piges ! Les passés composés se décomposent à ce rythme-là, non ? Les accords se désaccordent et quant aux participes, ils participent plus à grand-chose ! Enfin c’est mon avis. Je peux me gourer, remarquez ! P’t-être qu’on a intérêt à tremper sa plume dans un sarcophage, après tout ! Mais alors les tirages c’est plus des tirages, c’est de la combustion lente kif-kif les poêles Godin. Et puis d’abord, la postérité ça veut dire quoi ? Tenez, tout à fait entre nous et M. Queneau, je peux vous annoncer que si j’avais été le contemporain des mecs aux grands tifs (voir Racine et consorts) on trouverait mes morcifs choisis dans les écoles. Notez qu’on trouve aussi mes bouquins dans les écoles, seulement les petits potes qui me compulsent morflent deux heures de colle quand ils se font poirer avec mes chefs-d’œuvre, alors qu’autrement on leur disséquerait ma prose pour en dévoiler le mécanisme génial. Manque d’opportunité, quoi ! Peu importe. Quand on a son blaze sur une plaque de rue, on l’a aussi sur une pierre tombale et ça fait moins gai. Alors, mes morceaux choisis, tout compte fait, je les sélectionne moi-même et c’est de préférence à des mains féminines que je les confie.

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