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Электронная книга - «Comme un roman». Краткое содержание книги:

Plaidoyer passionnant pour la défense de la lecture, ce roman est un appel à la liberté et aux droits du lecteur. Daniel Pennac livre, avec un humour grinçant qui fera rire de 7 à77 ans, dans ce roman-essai, les droits imprescriptibles du lecteur. En dix chapitres, il nous expose le droit de ne pas lire, de sauter des pages, de ne pas finir un livre, de relire, de lire n'importe quoi,le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible), de lire n'import où, de gaspiller, de lire à haute voix, de nous taire.
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En argot, lire se dit ligoter.

En langage figuré un gros livre est un pavé.

Relâchez ces liens-là, le pavé devient un nuage.

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Une seule condition à cette réconciliation avec la lecture: ne rien demander en échange. Absolument rien. N'élever aucun rempart de connaissances préliminaires autour du livre. Ne pas poser la moindre question. Ne pas donner le plus petit devoir. Ne pas ajouter un seul mot à ceux des pages lues. Pas de jugement de valeur, pas d'explication de vocabulaire, pas d'analyse de texte, pas d'indication biographique… S'interdire absolument de «parler autour».

Lecture-cadeau.

Lire et attendre.

On ne force pas une curiosité, on l'éveille.

Lire, lire, et faire confiance aux yeux qui s'ouvrent, aux bouilles qui se réjouissent, à la question qui va naître, et qui entraînera une autre question.

Si le pédagogue en moi s'offusque de ne pas «présenter l'œuvre dans son contexte», persuader ledit pédagogue que le seul contexte qui compte, pour l'heure, est celui de cette classe.

Les chemins de la connaissance n'aboutissent pas à cette classe: ils doivent en partir!

Pour le moment, je lis des romans à un auditoire qui croit ne pas aimer lire. Rien de sérieux ne pourra s'enseigner tant que je n'aurai pas dissipé cette illusion, fait mon travail d'entremetteur.

Dès que ces adolescents seront réconciliés avec les livres, ils parcourront volontiers le chemin qui va du roman à son auteur, et de l'auteur à son époque, et de l'histoire lue à ses multiples sens.

Le tout est de se tenir prêt.

Attendre de pied ferme l'avalanche des questions.

– Stevenson, c'est un Anglais?

– Un Ecossais.

– Quelle époque?

– xixe, sous le règne de Victoria.

– Il paraît qu'elle a régné longtemps, celle-là…

– 64 ans: 1837-1901.

– 64 ans!

– Elle régnait depuis 13 ans à la naissance de Stevenson, et il est mort 7 ans avant elle. Tu as quinze ans aujourd'hui, elle monte sur le trône, tu en auras 79 à la fin de son règne! (A une époque où la moyenne d'âge était d'une trentaine d'années.) Et ce n'était pas la plus rigolote des reines.

– C'est pour ça que Hyde est né d'un cauchemar!

La remarque vient de la Veuve sicilienne. Stupéfaction de Burlington:

– Comment tu sais ça, toi?

La Veuve, énigmatique:

– On se renseigne…

Puis, dans un discret sourire:

– Je peux même te dire que c'était un joyeux cauchemar. Quand Stevenson s'est réveillé, il est allé s'enfermer dans son bureau et a rédigé en deux jours une première version du bouquin. Sa femme la lui a fait brûler illico tellement il se sentait cool dans la peau de Hyde, à piller, à violer, à égorger tout ce qui bouge! La grosse reine n'aurait pas aimé ça. Alors, il a inventé Jekyll.

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Mais, lire à voix haute ne suffit pas, il faut raconter aussi, offrir nos trésors, les déballer sur l'ignorante plage. Oyez, oyez, et voyez comme c'est beau, une histoire!

Pas de meilleure façon, pour ouvrir un appétit de lecteur, que de lui donner à flairer une orgie de lecture.

De Georges Perros, l'étudiante émerveillée disait aussi:

– Il ne se contentait pas de lire. Il nous racontait! Il nous racontait Don Quichotte!Madame Bovary! D'énormes morceaux d'intelligence critique, mais qu'il nous servait d'abord comme de simples histoires. Sancho, par sa bouche, devenait une outre de vie, et le Chevalier à la Triste Figure un grand fagot d'os armé de certitudes atrocement douloureuses! Emma, telle qu'il nous la racontait, n'était pas seulement une idiote gangrenée par «la poussière des vieux cabinets de lecture», mais un sac d'énergie phénoménal, et c'était Flaubert qu'on entendait, par la voix de Perros ricaner devant ce gâchis Hénaurme!

Chères bibliothécaires, gardiennes du temple, il est heureux que tous les titres du monde aient trouvé leur alvéole dans la parfaite organisation de vos mémoires (comment m'y retrouverais-je, sans vous, moi dont la mémoire tient du terrain vague?), il est prodigieux que vous soyez au fait de toutes les thématiques ordonnées dans les rayonnages qui vous cernent… mais qu'il serait bon, aussi, de vous entendre raconter vos romans préférés aux visiteurs perdus dans la forêt des lectures possibles… comme il serait beau que vous leur fassiez l'hommage de vos meilleurs souvenirs de lecture! Conteuses, soyez - magiciennes - et les bouquins sauteront directement de leurs rayons dans les mains du lecteur.

C'est si simple de raconter un roman. Trois mots suffisent, parfois.

Souvenir d'enfance et d'été. L'heure de la sieste. Le grand frère à plat ventre sur son lit, menton dans les paumes, plongé dans un énorme Livre de poche. Le petit frère, mouche du coche: «Qu'est-ce que tu lis?»

le grand: La Mousson.

le petit: C'est bien?

LE grand: Vachement!

le petit: Qu'est-ce que ça raconte?

le grand: C'est l'histoire d'un mec: au début, il boit beaucoup de whisky, à la fin il boit beaucoup d'eau!

Il ne m'en a pas fallu davantage pour passer la fin de cet été-là trempé jusqu'aux os par La Mousson de Monsieur Louis Bromfield, piqué à mon frangin qui ne l'a jamais fini.

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Tout cela est très joli, Siiskind, Stevenson, Marquez, Dostoïevski, Fante, Chester Himes, Lagerlôf, Calvino, tous ces romans lus en vrac et sans contrepartie, toutes ces histoires racontées, cet anarchique festin de lecture pour le plaisir de la lecture… mais le programme, bon Dieu, le Programme! Les semaines filent et le programme n'est pas encore entamé. Terreur de l'année qui coule, spectre du programme inachevé…

Pas de panique, le programme sera traité, comme on dit de ces arbres qui donnent des fruits calibrés.

Contrairement à ce qu'imaginait Banane et Santiags, le professeur ne passera pas toute l'année à lire. Hélas! Hélas! pourquoi a-t-il fallu que se réveille si vite le plaisir de la lecture muette et solitaire? A peine entame-t-il un roman à voix haute qu'on se précipite en librairie pour s'offrir «la suite» avant le cours suivant. A peine raconte-t-il deux ou trois histoires «… pas la fin, ui'sieur, ne racontez pas la fin!»… qu'on avale les bouquins dont il les a tirées.

(Unanimité qui, d'ailleurs, ne doit pas l'abuser. Non, non, le professeur ne vient pas d'un coup de baguette magique de métamorphoser en lecteurs 100 % de réfractaires au livre. En ce début d'année tout le monde lit, certes, peur vaincue, on lit sous le coup de l'enthousiasme, de l'émulation. Peut-être même, qu'il le veuille ou non, lit-on un peu pour complaire au prof… lequel, d'ailleurs, ne doit pas s'endormir sur les braises… rien ne refroidit plus vite qu'une ardeur, il en a souvent fait l'expérience! Mais pour l'instant on lit unanimement, sous l'emprise de ce cocktail chaque fois particulier qui fait qu'une classe confiante se comporte comme un individu tout en conservant sa trentaine d'individualités distinctes. Cela ne signifie pas qu'une fois devenu grand, chacun de ces élèves «aimera lire». D'autres plaisirs prendront peut-être le pas sur le plaisir du texte. Reste qu'en ces premières semaines de l'année, l'acte de lire - le fameux «acte de lire»! - ne terrorisant plus personne, on lit, et parfois très vite.)

Qu'ont-ils donc, d'ailleurs, ces romans, pour être lus si vite? Faciles à lire? Qu'est-ce que ça veut dire «facile à lire»? Facile à lire La Légende de Gosta Berling? Facile à lire Crime et Châtiment? Plus faciles que L'Etranger, que Le Rouge et le Noir? Non, ils ont d'abord, qu'ils ne sont pas au programme, qualité inestimable pour les petits copains de la Veuve sicilienne, prompts à qualifier de «chiante» toute œuvre choisie par le magistère pour l'accroissement raisonné de leur culture. Pauvre «programme». Il n'y est évidemment pour rien, le programme. (Rabelais, Montaigne, La Bruyère, Montesquieu, Verlaine, Flaubert, Camus, «chiants»? Non mais sans blague…) Il n'y a que la peur pour rendre «chiants» les textes du programme. Peur de ne pas comprendre, peur de répondre à côté, peur de l'autre dressé au-dessus du texte, peur du français envisagé comme matière opaque; rien de tel pour brouiller les lignes, pour noyer le sens dans le lit de la phrase.

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