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Электронная книга - «Comme un roman». Краткое содержание книги:

Plaidoyer passionnant pour la défense de la lecture, ce roman est un appel à la liberté et aux droits du lecteur. Daniel Pennac livre, avec un humour grinçant qui fera rire de 7 à77 ans, dans ce roman-essai, les droits imprescriptibles du lecteur. En dix chapitres, il nous expose le droit de ne pas lire, de sauter des pages, de ne pas finir un livre, de relire, de lire n'importe quoi,le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible), de lire n'import où, de gaspiller, de lire à haute voix, de nous taire.
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– On a passé l'âge.

Préjugé communément répandu… particulièrement chez ceux à qui l'on n'a jamais fait le vrai cadeau d'une lecture. Les autres savent qu'il n'y a pas d'âge pour ce genre de régal.

– Si dans dix minutes tu estimes encore avoir passé l'âge, tu lèves le doigt et on passe à autre chose, d'accord?

– Qu'est-ce que c'est, comme livre? demande Burlington, sur un ton qui en a vu d'autres.

– Un roman.

– Ça raconte quoi?

– Difficile à dire avant de l'avoir lu. Bon, vous y êtes? Fin des négociations. On y va.

Ils y sont… sceptiques, mais ils y sont.

– Chapitre Un:

«Au dix-huitième siècle vécut en France un homme qui compta parmi les personnages les plus géniaux et les plus abominables de cette époque qui pourtant ne manqua pas de génies abominables…»

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(…)

«A l'époque dont nous parlons, il régnait dans les villes une puanteur à peine imaginable pour les modernes que nous sommes. Les rues puaient le fumier, les arrière-cours puaient l'urine, les cages d'escalier puaient le bois moisi et la crotte de rat, les cuisines le chou pourri et la graisse de mouton; les pièces d'habitation mal aérées puaient la poussière renfermée, les courtepointes moites et le remugle acre des pots de chambre. Les cheminées crachaient une puanteur de soufre, les tanneries la puanteur de leurs bains corrosifs, et les abattoirs la puanteur du sang caillé. Les gens puaient la sueur et les vêtements non lavés; leurs bouches puaient les dents gâtées, leurs estomacs puaient le jus d'oignon, et leurs corps, dès qu'ils n'étaient plus tout jeunes, puaient le vieux fromage et le lait aigre et les tumeurs éruptives. Les rivières puaient, les places puaient, les églises puaient, cela puait sous les ponts et dans les palais. Le paysan puait comme le prêtre, le compagnon tout comme l'épouse de son maître artisan, la noblesse puait du haut jusqu'en bas, et le roi lui-même puait, il puait comme un fauve, et la reine comme une vieille chèvre, été comme hiver*… »

* Patrick Süskind, Le Parfum (Editions Fayard). Traduit par Bernard Lortholary.

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Cher Monsieur Süskind, merci! Vos pages exhalent un fumet qui dilate les narines et les rates. Jamais votre Parfum n'eut lecteurs plus enthousiastes que ces trente-cinq-là, si peu disposés à vous lire. Passé les dix premières minutes, je vous prie de croire que la jeune Veuve sicilienne vous trouvait tout à fait de son âge. C'était même touchant, toutes ses petites grimaces pour ne pas laisser son rire étouffer votre prose. Burlington ouvrait des yeux comme des oreilles, et «chut! bon dieu, la ferme!» dès qu'un de ses copains laissait aller son hilarité. Aux alentours de la page trente-deux, en ces lignes où vous comparez votre Jean-Baptiste Grenouille, alors en pension chez Madame Gaillard, à une tique en embuscade perpétuelle (vous savez? «la tique solitaire, concentrée et cachée dans son arbre, aveugle, sourde et muette, tout occupée à flairer sur des lieues à la ronde le sang des animaux qui passent…»), eh bien! vers ces pages-là, où l'on descend pour la première fois dans les moites profondeurs de Jean-Baptiste Grenouille, Banane et Santiags s'est endormi, la tête entre ses bras repliés. Un franc sommeil au souffle régulier. Non, non, ne le réveillez pas, rien de meilleur qu'un bon somme après berceuse, c'est même le tout premier des plaisirs dans l'ordre de la lecture. Il est redevenu tout petit, Banane et Santiags, tout confiant… et il n'est guère plus grand quand, l'heure sonnant, il s'écrie:

– Merde, je me suis endormi! Qu'est-ce qui s'est passé chez la mère Gaillard?

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Et merci à vous aussi, messieurs Marquez, Calvino, Stevenson, Dostoïevski, Saki, Amado, Gary, Fante, Dahl, Roche, vivants ou morts que vous soyez! Pas un seul, parmi ces trente-cinq réfractaires à la lecture, n'a attendu que le prof aille au bout d'un de vos livres pour le finir avant lui. Pourquoi remettre à la semaine prochaine un plaisir qu'on peut s'offrir en un soir?

– Qui c'est, ce Süskind?

– Il est vivant?

– Qu'est-ce qu'il a écrit d'autre?

– C'est écrit en français, Le Parfum? On dirait que c'est écrit en français. (Merci, merci, monsieur Lortholary, mesdames et messieurs de la traduction, lumières de Pentecôte, merci!)

Et, les semaines passant…

– Formidable, Chronique d'une mort annoncée! Et Cent ans de solitude, monsieur, ça raconte quoi?

– Oh! Fante, monsieur, Fante! Mon chien Stupide! C'est vrai que c'est vachement marrant!

– La Vie devant soi, Ajar… enfin, Gary… Super!

– Il est vraiment trop, le Roald Dahl! L'histoire de la femme qui tue son mec d'un coup de gigot congelé et qui fait bouffer aux flics la pièce à conviction, ça m'a complètement éclaté!

Soit, soit… les catégories critiques ne sont pas encore affinées… mais ça viendra… laissons lire… ça viendra…

– Au fond, monsieur, Le Vicomte pourfendu, Docteur Jekyll et Mister Hyde, Le Portrait de Dorian Gray, ça traite un peu du même sujet, tous ces bouquins: le bien, le mal, le double, la conscience, la tentation, la morale sociale, toutes ces choses-là, non?

– Si.

– Raskolnikov, on peut dire que c'est un personnage «romantique»?

Vous voyez… ça vient.

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Il ne s'est rien passé de miraculeux, pourtant. Le mérite du professeur est à peu près nul dans cette affaire. C'est que le plaisir de lire était tout proche, séquestré dans ces greniers adolescents par une peur secrète; la peur (très, très ancienne) de ne pas comprendre.

On avait tout simplement oublié ce qu'était un livre, ce qu'il avait à offrir. On avait oublié, par exemple, qu'un roman raconte d'abord une histoire. On ne savait pas qu'un roman doit être lu comme un roman: étancher d'abord notre soif de récit.

Pour assouvir cette fringale, on s'en était remis depuis longtemps au petit écran, qui faisait son boulot à la chaîne, enfilant dessins animés, séries, feuilletons et thrillers en un collier sans fin de stéréotypes interchangeables: notre ration de fiction. Ça remplit la tête comme on se bourre le ventre, ça rassasie, mais ça ne tient pas au corps.

Digestion immédiate. On se sent aussi seul après qu'avant.

Avec la lecture publique du Parfum, on s'est trouvé devant Süskind: une histoire, certes, un beau récit, drôle et baroque, mais une voix aussi, celle de Süskind (plus tard, dans une dissertation on appellera ça un «style»). Une histoire, oui mais racontée par quelqu'un.

– Incroyable, ce début, monsieur: «les chambres puaient… les gens puaient… les rivières puaient, les places puaient, les églises puaient… le roi puait…» nous à qui on interdit les répétitions! C'est beau, pourtant, hein? C'est marrant, mais c'est beau, aussi, non?

Oui, le charme du style ajoute au bonheur du récit. La dernière page tournée, c'est l'écho de cette voix qui nous tient compagnie. Et puis, la voix de Süskind, même à travers le double filtre de la traduction et de la voix du prof, n'est pas celle de Marquez, «ça se remarque tout de suite!», ou de Calvino. D'où cette impression étrange que, là où le stéréotype parle la même langue à tout le monde, Süskind, Marquez et Calvino, parlant leur langage propre, s'adressent à moi seul, ne racontent leur histoire que pour moi, jeune Veuve sicilienne, Perfecto sans moto, Banane et Santiags, pour moi, Burlington, qui, déjà, ne confonds plus leurs voix et m'autorise des préférences.

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