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Электронная книга - «Comme un roman». Краткое содержание книги:

Plaidoyer passionnant pour la défense de la lecture, ce roman est un appel à la liberté et aux droits du lecteur. Daniel Pennac livre, avec un humour grinçant qui fera rire de 7 à77 ans, dans ce roman-essai, les droits imprescriptibles du lecteur. En dix chapitres, il nous expose le droit de ne pas lire, de sauter des pages, de ne pas finir un livre, de relire, de lire n'importe quoi,le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible), de lire n'import où, de gaspiller, de lire à haute voix, de nous taire.
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Et quand je leur demande de me décrire «un livre», c'est un OVNI qui se pose dans la classe: objet ô combien mystérieux, pratiquement indescriptible vu l'inquiétante simplicité de ses formes et la proliférante multiplicité de ses fonctions, un «corps étranger», chargé de tous les pouvoirs comme de tous les dangers, objet sacré, infiniment choyé et respecté, rangé avec des gestes d'officiant sur les étagères d'une bibliothèque impeccable, pour y être vénéré par une secte d'adorateurs au regard énigmatique.

Le sacré Graal.

Bien.

Essayons de désacraliser un peu cette vision du livre que nous leur avons flanquée dans la tête par une description plus «réaliste» de la façon dont nous traitons nos bouquins, nous autres qui aimons lire.

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Peu d'objets éveillent, comme le livre, le sentiment d'absolue propriété. Tombés entre nos mains, les livres deviennent nos esclaves - esclaves, oui, car de matière vivante, mais esclaves que nul ne songerait à affranchir, car de feuilles mortes. Comme tels, ils subissent les pires traitements, fruits des plus folles amours ou d'affreuses fureurs. Et que je te corne les pages (oh! quelle blessure, chaque fois, cette vision de la page cornée! «mais c'est pour savoir où j'en suiiiiiiiis!») et que je te pose ma tasse de café sur la couverture, ces auréoles, ces reliefs de tartines, ces taches d'huile solaire… et que je te laisse un peu partout l'empreinte de mon pouce, celui qui bourre ma pipe pendant que je lis… et cette Pléiade séchant piteusement sur le radiateur après être tombée dans ton bain («ton bain, ma chérie, mais mon Swift!») et ces marges griffonnées de commentaires heureusement illisibles, ces paragraphes nimbés de marqueurs fluorescents… ce bouquin définitivement infirme pour être resté une semaine entière ouvert sur la tranche, cet autre prétendument protégé par une immonde couverture de plastique transparent à reflets pétroléens… ce lit disparaissant sous une banquise de livres éparpillés comme des oiseaux morts… cette pile de Folio abandonnés à la moisissure du grenier… ces malheureux livres d'enfance que plus personne ne lit, exilés dans une maison de campagne où plus personne ne va… et tous ces autres sur les quais, bradés aux revendeurs d'esclaves…

Tout, nous faisons tout subir aux livres. Mais c'est la façon dont les autres les malmènent qui seule nous chagrine…

Il n'y a pas si longtemps, j'ai vu de mes yeux vu une lectrice jeter un énorme roman par la fenêtre d'une voiture roulant à vive allure: c'était de l'avoir payé si cher, sur la foi de critiques si compétents, et d'en être tellement déçue. Le grand-père du romancier Tonino Benacquista, lui, est allé jusqu'à fumer Platon! Prisonnier de guerre quelque part en Albanie, un reste de tabac au fond de sa poche, un exemplaire du Cratyle (va savoir ce qu'il fichait là?), une allumette… et crac! une nouvelle façon de dialoguer avec Socrate… par signaux de fumée.

Autre effet de la même guerre, plus tragique encore: Alberto Moravia et Eisa Morante, contraints de se réfugier pendant plusieurs mois dans une cabane de berger, n'avaient pu sauver que deux livres La Bible et Les Frères Karamazov. D'où un affreux dilemme: lequel de ces deux monuments utiliser comme papier hygiénique? Si cruel qu'il soit, un choix est un choix. La mort dans l'âme, ils choisirent.

Non, quelque sacré que soit le discours tressé autour des livres, il n'est pas né celui qui empêchera Pepe Carvalho, le personnage préféré de l'Espagnol Manuel Vasquez Montalban, d'allumer chaque soir un bon feu avec les pages de ses lectures favorites.

C'est le prix de l'amour, la rançon de l'intimité.

Dès qu'un livre finit entre nos mains, il est à nous, exactement comme disent les enfants: «C'est mon livre»… partie intégrante de moi-même. C'est sans doute la raison pour laquelle nous rendons si difficilement les livres qu'on nous prête. Pas exactement du vol… (non, non, nous ne sommes pas des voleurs, non…) disons, un glissement de propriété, ou mieux, un transfert de substance: ce qui était à l'autre sous son œil devient mien tandis que mon œil le mange; et, ma foi, si j'ai aimé ce que j'ai lu, j'éprouve quelque difficulté à le «rendre».

Je ne parle là que de la façon dont nous, les particuliers, traitons les livres. Mais les professionnels ne font pas mieux. Et que je te massicote le papier au ras des mots pour que ma collection de poche soit plus rentable (texte sans marge aux lettres rabougries par l’étouffement), et que je te gonfle comme une baudruche ce tout petit roman pour donner à croire au lecteur qu'il en aura pour son argent (texte noyé, aux phrases ahuries par tant de blancheur), et que je te colle des «jaquettes» m'as-tu-vu dont les couleurs et les titres énormes gueulent jusqu'à des cent cinquante mètres: «m'as-tu lu? m'as-tu lu?» Et que je te fabrique des exemplaires «club» en papier spongieux et couverture cartonneuse affublée d'illustrations débilitantes, et que je te prétends fabriquer des éditions «de luxe» sous prétexte que j'enlumine un faux cuir d'une orgie de dorures…

Produit d'une société hyperconsommatrice, le livre est presque aussi choyé qu'un poulet gavé aux hormones et beaucoup moins qu'un missile nucléaire. Le poulet aux hormones à la croissance instantanée n'est d'ailleurs pas une comparaison gratuite si on l'applique à ces millions de bouquins «de circonstance» qui se trouvent écrits en une semaine sous prétexte que, cette semaine-là, la reine a cassé sa pipe ou le président perdu sa place.

Vu sous cet angle, le livre, donc, n'est ni plus ni moins qu'un objet de consommation, et tout aussi éphémère qu'un autre: immédiatement passé au pilon s'il ne «marche pas», il meurt le plus souvent sans avoir été lu.

Quant à la façon dont l'Université elle-même traite les livres, il serait bon de demander à leurs auteurs ce qu'ils en pensent. Voilà ce qu'en écrivit Flannery O'Connor, le jour où elle apprit qu'on faisait plancher des étudiants sur son œuvre:

«Si les professeurs ont aujourd'hui pour principe d'attaquer une œuvre comme s'il s'agissait d'un problème de recherche pour lequel toute réponse fait l'affaire, à condition de n'être pas évidente, j'ai peur que les étudiants ne découvrent jamais le plaisir de lire un roman*…»

* Flannery O'Connor, L'Habitude d'être (Editions Gallimard). Traduit par Gabrielle Rolin.

57

Voilà pour le «livre».

Passons au lecteur.

Parce que, plus instructives encore que nos façons de traiter nos livres, il y a nos façons de les lire.

En matière de lecture, nous autres «lecteurs», nous nous accordons tous les droits, à commencer par ceux que nous refusons aux jeunes gens que nous prétendons initier à la lecture.

1) Le droit de ne pas lire.

2) Le droit de sauter des pages.

3) Le droit de ne pas finir un livre.

4) Le droit de relire.

5) Le droit de lire n'importe quoi.

6) Le droit au bovarysme.

7) Le droit de lire n'importe où.

8) Le droit de grappiller.

9) Le droit de lire à voix haute.

10) Le droit de nous taire.

Je m'en tiendrai arbitrairement au chiffre 10, d'abord parce que c'est un compte rond, ensuite parce que c'est le nombre sacré des fameux Commandements et qu'il est plaisant de le voir pour une fois servir à une liste d'autorisations.

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