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Les ailes de la nuit [Nightwings - fr]

Электронная книга - «Les ailes de la nuit [Nightwings - fr]». Краткое содержание книги:

Le vieux Guetteur, Avluela la Volante, et Gordon, un Elfon, revenaient vers Roum, la ville aux sept collines.
Le Guetteur était las d'avoir usé ses yeux et ses sens à détecter l'invasion extraterrestre dont la Terre se croyait menacée. Il avait fini par perdre la foi dans le principe fondamental de sa Guilde.
Tout son univers allait pourtant basculer quelques heures plus tard. Sa jeune protégée Avluela était remarquée par le Prince de Roum qui abusait d'elle. Gordon, l'Elfon sans Guilde, reconnaissait soudain être un émissaire déguisé des envahisseurs qui apparaissaient bientôt au Guetteur au cours de sa veille. La Terre allait être conquise.
Désorienté, ses veilles de guet devenues vaines, le Guetteur gagna d'abord Perris où il ne rencontra qu'intrigues et luxure, puis tenta le pèlerinage de Jorslem. C'est là qu'il retrouva Avluela la Volante et que, de la Terre vaincue, naquit un nouvel espoir.
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Une colonne de Serviteurs musclés surgit, se dirigeant vers les appartements royaux de l’abside. Plusieurs d’entre eux maintenaient une créature aux ailes à demi ouvertes qui se débattait farouchement et lançait des ruades. Avluela ! Je l’appelai mais ma voix se perdit dans le vacarme et je ne pus l’approcher. Les Serviteurs me repoussèrent et le cortège s’engouffra dans les appartements du prince. J’entrevis une dernière fois la petite Volante, pâle et frêle entre les mains de ses ravisseurs, avant de la perdre définitivement de vue.

J’arrêtai un neutre tout gonflé de son importance qui suivait la procession d’un pas incertain.

— Pourquoi cette Volante est-elle ici ?

— Euh… il… Ils…

— Parle !

— Le prince… sa femme… son char… il… il… ils… les envahisseurs…

Je repoussai ce mollasson et m’élançai vers l’abside pour me retrouver devant un mur d’airain qui faisait dix fois ma taille. Je le martelai de mes poings en hurlant d’une voix rauque :

« Avluela ! Av…lu…ela ! »

On ne me chassa pas plus qu’on ne me laissa entrer. On m’ignora. Le charivari, jusque-là localisé à l’entrée ouest du palais, s’était maintenant étendu à la nef et aux bas-côtés. Voyant les mendiants haillonneux déferler dans ma direction, je fis prestement volte-face et franchis une porte latérale débouchant dans la cour de l’hôtellerie royale.

Je m’immobilisai. D’étranges craquements électriques crépitaient dans l’air. Je supposai que c’était une émanation de quelque installation de défense, une sorte de faisceau destiné à protéger la cité d’une attaque, mais il me suffit de quelques instants pour réaliser mon erreur : ces grésillements n’étaient que le signe avant-coureur de l’envahisseur.

Des astronefs surgirent dans le ciel.

Quand je les avais perçus dans ma Vigile, ils m’étaient apparus en noir sur le fond des ténèbres infinies mais, maintenant, ils flamboyaient comme autant de soleils. Le firmament était paré d’un collier de globes lumineux et durs comme des pierreries. Flanc contre flanc, les vaisseaux s’étiraient d’est en ouest sans solution de continuité, occupant toute l’arche céleste et lorsqu’ils apparurent simultanément, je crus entendre le fracas et la pulsation d’une invisible symphonie annonçant l’arrivée des conquérants de la Terre.

Je ne sais à quelle altitude se trouvaient les astronefs, ni combien ils étaient, ni quelle était leur technologie. Tout ce que je sais, c’est qu’en l’espace d’un instant ils se matérialisèrent dans toute leur écrasante majesté et que, si j’avais été un Défenseur, mon âme se serait instantanément desséchée à ce spectacle.

Des éclairs multicolores sillonnèrent le ciel. La bataille était engagée. Les opérations des nôtres m’échappaient et j’étais tout aussi dépassé par les manœuvres de ceux qui venaient prendre possession de notre planète enracinée dans l’histoire mais que le temps avait conduite à son déclin. Je me sentais avec honte non seulement en dehors mais au-dessus de la mêlée comme si le conflit ne me concernait pas. J’aurais voulu qu’Avluela fût à mes côtés et elle était quelque part dans les entrailles du palais du prince de Roum. Même la présence de Gormon, Gormon l’Elfon, Gormon l’espion, Gormon qui avait indignement trahi notre monde, m’aurait été d’un certain réconfort.

Des voix fantastiquement amplifiées tonnèrent :

— Place au prince de Roum ! Le prince de Roum prend le commandement des Défenseurs dans la bataille pour la patrie !

Un étincelant véhicule en forme de larme sortit du palais. Une plaque transparente avait été sertie au métal éclatant de son toit afin que la population tout entière pût apercevoir son chef et prendre courage à sa vue. Le prince de Roum était aux commandes, le torse fièrement bombé, une expression de farouche détermination peinte sur son jeune et cruel visage. Auprès de lui, je distinguai la frêle silhouette d’Avluela la Volante parée comme une impératrice. Elle avait l’air halluciné.

Le char royal prit son essor et se perdit dans la nuit.

J’eus l’impression qu’un second engin surgissait dans son sillage, que le prince revenait et que les deux appareils décrivaient des cercles serrés comme s’ils s’affrontaient au corps à corps. Des essaims d’étincelles bleues les masquèrent soudain, puis ils prirent de la hauteur, s’éloignèrent et disparurent derrière l’une des collines de Roum.

La bataille faisait-elle rage d’un bout à l’autre de la planète ? Perris était-il menacé et la sainte Jorslem, voire aussi les îles assoupies des Continents perdus ? Les astronefs étaient-ils partout dans le ciel ?

Je l’ignorais. Je ne connaissais que les événements dont le ciel de Roum était le théâtre et ce qui se passait dans cet infime secteur, même, était vague, incertain et fragmentaire. A la tueur fugitive des éclairs, je distinguais des bataillons de Volants qui filaient à travers les airs, puis l’obscurité revenait comme un linceul de velours retombant sur la cité. En haut des tours, les grandes machines défensives faisaient feu par saccades mais les nefs continuaient de sillonner le ciel, intactes, comme si de rien n’était. La cour où je me trouvais était déserte mais j’entendais des voix lointaines où vibraient la peur et l’effroi pousser des clameurs ténues qu’on aurait pu prendre pour des pépiements d’oiseaux. De temps à autre, une déflagration ébranlait la ville. A un moment donné, un peloton de Somnambules qu’on entraînait passa devant moi. J’observai sur l’esplanade du palais une troupe de Clowns (c’est le sentiment que j’eus) déployer une espèce de filet brillant d’aspect militaire. Un éclair me permit de distinguer trois Souvenants décollant sur une plate-forme antigravité. Ils notaient avec diligence tout ce qui se passait. Il me sembla — mais je n’en étais pas sûr — voir revenir le véhicule du prince de Roum talonné par son adversaire. « Avluela », murmurai-je tandis que les deux grains de lumière se perdaient au loin. Les astronefs débarquaient-ils des troupes ? De colossaux pylônes d’énergie vomis par les éclatants bâtiments en orbite se posaient-ils sur la surface de la Terre ? Pourquoi le prince avait-il enlevé Avluela ? Où était Gormon ? Que faisaient nos Défenseurs ? Pourquoi aucun vaisseau ennemi ne se désintégrait-il dans le ciel ?

Tout au long de cette interminable nuit, j’observai, planté sur les antiques pavés de la cour, le déroulement de ce combat cosmique sans rien y comprendre.

Et le jour se leva. De pâles filets de lumière bondirent de tour en tour. Je me frottai les yeux, réalisant que j’avais dû dormir debout et je me dis ironiquement qu’il faudrait que je sollicite mon inscription à la confrérie des Somnambules. Quand je touchai l’écharpe du Souvenant, je me demandai ce que c’était là. Et la mémoire me revint.

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