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Le serment des limbes

Электронная книга - «Le serment des limbes». Краткое содержание книги:

Quand Mathieu Durey, flic à la brigade criminelle de Paris apprend que Luc, son meilleur ami, flic lui aussi, a tenté de se suicider, il n’a de cesse de comprendre ce geste. Il découvre que Luc travaillait en secret sur une série de meurtres aux quatre coins de l’Europe dont les auteurs orchestrent la décomposition des corps des victimes et s’appuient sur la symbolique satanique. Les meurtriers ont un point en commun : ils ont tous, des années plus tôt, frolé la mort et vécu une « Near Death Experience ». Peu à peu, une vérité stupéfiante se révèle : ces tueurs sont des « miraculés du Diable » et agissent pour lui. Mathieu saura-t-il préserver sa vie, ses choix, dans cette enquête qui le confronte à la réalité du Diable ?
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— Mais les visions en elles-mêmes ? insistai-je. Comment expliquez-vous ces... fantasmes ? Pourquoi, durant l’expérience négative, voit-on toujours un... démon ?

— La surchauffe dont je vous parle favorise peut-être l’émergence d’images appartenant à notre inconscient collectif. Des figures culturelles ancestrales, profondes.

— Justement. Il y a un problème. La créature aperçue par les sujets devrait répondre à un archétype. Avoir, par exemple, l’allure traditionnelle du diable. Des cornes, un bouc, une queue fourchue...

— Je suis d’accord.

— Or, ce n’est pas le cas. Nous l’avons constaté ce matin. Et d’après mes renseignements, chaque survivant « voit » un personnage différent. Chaque rescapé rencontre son propre diable. Comment expliquez-vous cette singularité ?

— Je ne l’explique pas. Et c’est ce qui me glace le sang.

— Pourquoi ?

— Tout se passe comme si Luc Soubeyras s’était souvenu d’une chose qui lui est réellement arrivée. Pas un mirage, pas une illusion stéréotypée, mais une vraie rencontre. Avec une créature unique, une incarnation du mal, que personne d’autre n’aurait pu imaginer et qui l’a cueilli au fond des limbes.

C’était le moment de soumettre ma théorie psychanalytique :

— J’avais imaginé une explication pour ces « rencontres ».

— Dites-moi, sourit-il. Je suis sûr que vous êtes là pour ça.

— Le sujet donne peut-être à son visiteur le visage ou l’apparence d’un être qui appartient à son passé. Un personnage qu’il déteste ou qu’il craint.

— Continuez.

— Cet intrus ne serait qu’un souvenir recyclé. La déformation d’un proche qui lui aurait fait du mal ou qui l’aurait terrifié durant l’enfance. La NDE susciterait l’émergence d’une construction individuelle, mi-souvenir, mi-hallucination.

Zucca acquiesçait, mais d’une manière ironique.

— Vous pensez à la figure du père, non ?

— Oui. Mais je me suis déjà renseigné pour les cas que je connais : ni le père, ni même un membre de l’entourage des témoins ne ressemble à leur « diable ».

— Vous avez une autre clope ?

La flamme de mon Zippo virevolta dans la nuit. Zucca cracha une nouvelle bouffée, respecta une pause, puis avoua :

— Je pense que la vérité est plus simple. Plus simple et plus terrifiante.

Avec sa cigarette, il indiqua le pavillon 21 — nous avions fait le tour des bâtiments.

— Dans une certaine mesure, je suis d’accord avec vous. L’allure du diable dans ces visions est liée au passé des sujets. Il y a quelque chose d’enfoui, de secret, qui ressort, c’est évident. C’est une représentation individuelle du mal. Une mise en scène intime d’un personnage du passé. Mais je ne suis pas d’accord avec vous sur la nature du metteur en scène.

— Qu’est-ce que vous voulez dire ?

— Pour vous, tout cela ne serait qu’une production de l’inconscient. Une illusion de la psyché, une boucle fermée. Pour moi, un agent extérieur intervient.

Je frissonnai. Le froid, la nuit — et ma peur.

— Vous croyez à une intervention... surnaturelle ?

— Oui.

— Plutôt inattendu de la part d’un psychiatre.

— Un psychiatre n’est pas un ingénieur qui résume le fonctionnement cérébral par des sécrétions chimiques ou un ensemble de structures mentales. Notre cerveau est un poste récepteur. Une sorte de radio. Il capte des signaux.

J’étais venu chercher un soutien rationnel. J’avais décidément fait fausse route. Il continua, changeant de ton :

— Mon idée, c’est que la surchauffe des neurones réactive une perception primitive. Ouvre une porte, si vous voulez, sur une réalité parallèle. Pour faire court, je dirais : sur l’au-delà.

Je me sentais de moins en moins à l’aise. Moi aussi, bien sûr, je croyais à cette porte. C’était une des clés de la foi chrétienne. L’extase de Saint-Paul, sur le chemin de Damas, les apparitions de Saint-François d’Assise, les visions de sainte Thérèse d’Avila n’étaient rien d’autre que des éclats transcendants jaillis par cette ouverture.

Zucca continua :

— Luc s’est approché de la fin, non ? Pourquoi ne pas imaginer que son cerveau ait été en position « d’hyper réceptivité » et qu’il ait entrevu l’autre rive ?

Les mots firent leur chemin dans mon cerveau et prirent tout leur sens. J’étais en train d’entrevoir une vérité pire que toutes les autres. Je répliquai :

— Si je vous suis, il y aurait donc un démon qui nous attendrait de l’autre côté de la vie ? Ou plutôt, des personnages détestés de notre existence terrestre qui nous guetteraient dans la mort pour nous faire souffrir... éternellement ?

— C’est ce que laisse penser la séance de ce matin, oui.

— Vous savez de quoi vous êtes en train de parler ?

Il me dévisagea froidement, toujours planqué derrière ses plaques rouges :

— Bien sûr.

— Vous êtes en train de parler de l’enfer.

— Depuis le départ, personne ne parle d’autre chose.

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LA NEF DES FOUS.

Je naviguais à bord d’un vaisseau de cinglés et il n’y avait plus moyen de descendre. De la juge bouddhiste au psychiatre visionnaire, en passant par le flic possédé. Je me sentais seul parmi ce cercle de déments, désespérément cramponné à la raison comme à un bastingage en pleine tempête.

Pourtant, la tentation du surnaturel était de plus en plus pressante. Zucca avait raison. En un sens, c’était la solution la plus simple. Un vieillard aux cheveux luminescents. Un ange aux crocs agressifs. Un enfant aux chairs sanglantes. Oui, face à de telles créatures, il y avait de quoi plonger. Le diable et son armée constituaient l’explication la plus plausible.

Mais je résistais encore. Je devais trouver une clé rationnelle à ce chaos. Je filais droit vers le centre de Paris, sirène hurlante, les mains crispées sur le volant. Aux abords de Notre-Dame, rive gauche, je tournais sur le pont Saint-Michel en direction du quai des Orfèvres, quand il me vint une autre idée. Ce matin, le père Katz, le prêtre exorciste, m’avait donné sa carte. Son bureau, au centre diocésain parisien d’exorcisme, était à cinquante mètres, rue Gît-le-Cœur.

Nouveau coup de volant.

Je continuai sur la rive gauche, vers cette adresse.

Je revoyais le petit homme noir balancer en douce ses giclées d’eau bénite.

Autant en finir aujourd’hui avec la liste des allumés.

— Le diable, c’est l’adversaire, répéta le père Katz, l’index dressé vers le plafond. L’obstacle. « Satan » provient de la racine hébraïque « stn » : « l’opposant », « celui qui fait obstacle ». Qu’on a ensuite traduit par le grec « diabolos », du verbe « diaballein » : « faire obstacle »...

Je hochai la tête, poliment, contemplant la cellule de l’exorciste. Étroite, tout en longueur, elle s’ouvrait à son extrémité sur une fenêtre en demi-lune, qui parachevait la ressemblance avec une cabine de galion de pirates. Pourtant, on était bien chez un soldat de Dieu. Rien ne manquait ici : les vieux livres ésotériques, la paperasse jaunie, la croix au mur et, au-dessus du bureau, le petit tableau représentant une Descente de Croix.

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