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Le serment des limbes

Электронная книга - «Le serment des limbes». Краткое содержание книги:

Quand Mathieu Durey, flic à la brigade criminelle de Paris apprend que Luc, son meilleur ami, flic lui aussi, a tenté de se suicider, il n’a de cesse de comprendre ce geste. Il découvre que Luc travaillait en secret sur une série de meurtres aux quatre coins de l’Europe dont les auteurs orchestrent la décomposition des corps des victimes et s’appuient sur la symbolique satanique. Les meurtriers ont un point en commun : ils ont tous, des années plus tôt, frolé la mort et vécu une « Near Death Experience ». Peu à peu, une vérité stupéfiante se révèle : ces tueurs sont des « miraculés du Diable » et agissent pour lui. Mathieu saura-t-il préserver sa vie, ses choix, dans cette enquête qui le confronte à la réalité du Diable ?
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— Qu’est-ce que c’est que ça ?

Ma voix était altérée. Le Suédois sourit :

— Ta solution. Démonstration.

Il attrapa un pot de glu industrielle puis en badigeonna une des lames. Ensuite, il attrapa une poignée de morceaux de verre qu’il répandit sur la colle. Enfin, il écrasa la deuxième machette sur l’ensemble, comme une tranche de pain sur le jambon d’un sandwich.

— Et voilà.

— Voilà quoi ?

Il entoura les deux manches de ruban adhésif jusqu’à les souder en une seule garde. Puis il se tourna vers une forme sous un drap. Sans hésiter, il dénuda le buste d’un vieil homme aux traits bouffis. Il leva son arme et l’abattit violemment sur le torse. J’étais sidéré. Svendsen était parfois incontrôlable.

Avec effort, il extirpa les crocs de verre de la chair puis ordonna :

— Approche.

Je ne bougeai pas.

— Approche, je te dis. T’en fais pas. Ce corps est ici depuis une semaine. Un SDF. Personne ne viendra se plaindre du préjudice.

À contrecœur, je fis un pas et observai la blessure. Elle simulait parfaitement des traces de morsures. Du moins : de « mes » morsures. Hyène ou fauve, déchaîné contre le cadavre de Sylvie Simonis.

— Tu as compris ?

Il brandissait avec fierté son double râtelier. Autour de nous, les murs d’acier brillaient faiblement sous les rampes d’éclairage.

— Et encore, reprit-il, si j’avais eu le temps de trouver de vraies dents de fauve, l’illusion aurait été parfaite.

La crête d’éclats de verre étincelait dans la lumière argentée. Le Rwanda s’effaça au profit d’autres horreurs. La double lame qui s’abat sur Sylvie Simonis. Les bruits mats des coups. Le ahan ! du tueur, à court de souffle. Les chairs de Sylvie meurtries, déchiquetées.

— D’où t’est venue cette idée ?

— Un règlement de comptes entre Blacks, à République. La forme des mutilations m’a incité à passer quelques coups de fil. Des toubibs, qui s’étaient farci les conflits récents. Rwanda, Sierra Leone, Soudan...

— Personne n’utilisait cette technique au Rwanda.

Il releva la tête :

— C’est vrai : tu connais. En fait, je te parle de la Sierra Leone. Je me suis renseigné. Les années quatre-vingt-dix. Les milices de Foday Sankoh. Certains groupes usaient de cette méthode pour faire croire aux populations qu’ils s’étaient adjoint l’aide des animaux de la forêt. T’es allé dans ces coins-là, je te fais pas un dessin.

J’ignorais tout de la Sierra Leone mais je me souvenais que les hommes de ces milices s’affublaient de masques effrayants. Images célèbres : des soldats bardés de cartouchières, brandissant des fusils automatiques, arborant des faciès et des postiches abominables.

J’observai encore la double machette de Svendsen. Cette arme abjecte me réconfortait. Elle donnait corps à mes hypothèses pragmatiques.

Un seul et même tueur.

En Estonie, en Italie, en France, utilisant chaque fois ce « machin » bricolé.

C’était aussi un nouveau signe en direction de l’Afrique. Mon visiteur avait vécu là-bas. Il avait fait ses armes sur le continent noir. Il avait traversé des conflits, étudié les insectes, la botanique de ces pays.

Un homme bien réel se rapprochait.

Et Pazuzu sortait du cadre.

Je félicitai Svendsen et partis au pas de course. Plus que jamais, je devais reprendre l’enquête sur des bases concrètes. Le Visiteur s’était donné beaucoup de mal pour ressembler au diable et faire croire à une existence supraréelle. Mais chaque détail de sa technique se dévoilait et j’allais remonter le cauchemar jusqu’à sa source.

102

JE CONSULTAI ma messagerie. Corine Magnan m’avait appelé. Enfin. Je composai son numéro dans la cour de la morgue, sous une fine bruine.

— Je vous ai rappelé assez tard, commença-t-elle, excusez-moi. Mes journées à Paris n’en finissent plus. Que puis-je faire pour vous ? Pas grand-chose, j’en ai peur. Je n’ai même pas le droit de vous parler.

Le ton était donné. Je hissai le drapeau blanc :

— Je voulais vous proposer mon aide.

— Durey, je vous en prie : restez en dehors de tout ça. J’ai déjà fermé les yeux sur votre intervention dans le Jura. Je vous rappelle que vous n’avez aucune légitimité dans cette affaire !

La voix était sèche mais je sentais que cette attitude était une défense. Seule à Paris, sans soutien ni connaissances, entourée par les cerbères de la lre DPJ, Corine Magnan montrait les griffes pour mieux s’affirmer.

— O.K., fis-je sur un ton conciliant. Alors dites-moi seulement ce que vous faisiez ce matin, à l’hôpital. Vous instruisez le dossier du meurtre de Sylvie Simonis : quel rapport avec les délires de Luc ?

Il y eut un bref silence. Magnan faisait le tri parmi ses informations. Ce qu’elle pouvait me révéler ou non. Elle finit par dire :

— L’expérience de Soubeyras apporte un éclairage transversal à mon enquête.

— Vous croyez donc à ces histoires de visions, de possession ?

— Peu importe ce que je crois. Ce qui m’intéresse, c’est l’influence de ces traumatismes sur les protagonistes de mon affaire.

— Soyez claire. Quels protagonistes ?

— Mon suspect principal est Manon Simonis. Cette jeune femme aurait pu connaître la même expérience que Luc Soubeyras. En 1988, lors de son coma.

— Manon n’a aucun souvenir de ce genre.

— Cela n’exclut pas qu’elle ait vécu une NDE négative.

— En admettant qu’elle l’ait vécue et que cette expérience l’ait transformée en meurtrière, ce qui est déjà dur à avaler, quel serait son mobile ?

— La vengeance.

Je continuai à jouer l’imbécile :

— De quoi ?

— Durey, arrêtez ce jeu. Vous savez comme moi que c’est sa mère qui a tenté de la tuer, en 1988. Manon pourrait s’en souvenir, malgré ce qu’elle dit.

Picotements glacés sur le visage. Corine Magnan en savait beaucoup plus long sur le dossier que je ne le pensais. J’enchaînai, sur un ton sceptique :

— Laissez-moi résumer. Manon aurait vécu une NDE négative lors de sa noyade. Cette épreuve l’aurait lentement transformée en monstre vengeur, qui aurait attendu quatorze ans pour frapper ?

— C’est une hypothèse.

— Et votre seul indice, c’est l’état de choc de Luc Soubeyras ?

— Et son évolution, oui.

— Il faut des preuves concrètes pour arrêter les gens.

— C’est pourquoi, pour l’instant, je n’arrête personne.

— Vous voulez interroger à nouveau Manon ?

— Je veux l’entendre avant de rentrer à Besançon, oui.

— Elle ne le supportera pas.

— Elle n’est pas en sucre. (Sa voix s’était encore radoucie.) Durey, dans cette histoire, vous êtes juge et partie. Et vous m’avez l’air à cran. Si vous voulez vraiment aider Manon, sortez du cercle. Vous ne pouvez qu’envenimer les choses.

Ma colère revint, dans les graves :

— Comment pouvez-vous tirer quoi que ce soit du témoignage d’un homme qui sort tout juste du coma ? Je connais Luc depuis vingt ans. Il n’est pas dans son état normal.

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