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Le serment des limbes

Электронная книга - «Le serment des limbes». Краткое содержание книги:

Quand Mathieu Durey, flic à la brigade criminelle de Paris apprend que Luc, son meilleur ami, flic lui aussi, a tenté de se suicider, il n’a de cesse de comprendre ce geste. Il découvre que Luc travaillait en secret sur une série de meurtres aux quatre coins de l’Europe dont les auteurs orchestrent la décomposition des corps des victimes et s’appuient sur la symbolique satanique. Les meurtriers ont un point en commun : ils ont tous, des années plus tôt, frolé la mort et vécu une « Near Death Experience ». Peu à peu, une vérité stupéfiante se révèle : ces tueurs sont des « miraculés du Diable » et agissent pour lui. Mathieu saura-t-il préserver sa vie, ses choix, dans cette enquête qui le confronte à la réalité du Diable ?
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— De quelle manière ?

— Un personnage de son passé, qui aurait ressurgi, déformé par la vision ?

— Non, j’ai enquêté sur son histoire, son entourage. Personne, que je sache, ne ressemblait à une telle créature autour de lui. D’ailleurs, qui pourrait se rappeler un tel cauchemar ?

Ma piste psychanalytique était une impasse. Valtonen enchaîna :

— Vous avez d’autres témoignages de ce genre ?

— Quelques-uns, oui.

— Ça m’intéresserait de les lire. Existent-ils en version anglaise ?

— Oui, mais nous travaillons dans l’urgence. Dès que j’aurai plus de temps, je vous enverrai toute la documentation. Promis.

— Merci. J’ai une dernière question.

— Dites.

— Vos autres témoins, sont-ils tous devenus des meurtriers ?

Je songeai à Luc. Et, malgré moi, à Manon. Je répondis d’un ton sec :

— Pas tous, non.

— Tant mieux. Sinon, ça s’apparenterait à une épidémie de rage. Je raccrochai en le remerciant encore.

14 heures.

Il était temps d’aller à la pêche.

De remonter l’enquête qui m’avait précédé et de boucler tous ses chapitres. Il était temps d’interroger Luc.

98

LUC SÉJOURNAIT désormais au Centre Hospitalier Spécialisé Paul-Guiraud, à Villejuif. Le terme « spécialisé » était un euphémisme pour désigner un asile de fous. Luc avait lui-même signé son ordre d’internement en « hospitalisation libre » : il pouvait donc sortir quand il voulait.

15 heures. Je parvins à l’institut alors que le jour reculait déjà. Une vaste enceinte noire, coupant droit dans une banlieue pavillonnaire. Pascal Zucca, le psychiatre-hypnotiseur, m’avait expliqué où je pouvais trouver Luc. Je franchis le portail, tournai à gauche et longeai l’allée ponctuée de bâtiments à deux étages. Chaque pavillon ressemblait à un hangar d’avion — murs beiges et toit bombé.

Je trouvai le pavillon 21. À l’accueil, une assistante saisit son trousseau de clés puis me guida dans le bâtiment. Un espace tout en longueur, coupé de portes à hublot, qui rappelait l’intérieur d’un sous-marin. Il fallait traverser chaque pièce pour atteindre la suivante : réfectoire, salle de télévision, atelier d’ergothérapie... Tout était fait à neuf : murs jaunes, portes rouges, plafonds blancs, abritant des rampes d’éclairage. Nous marchions sans bruit sur le linoléum couleur ardoise.

Sur chaque seuil, la femme jouait d’une clé. Je croisai des patients qui contrastaient avec l’architecture moderne des lieux. Ils n’avaient pas été, eux, remis à neuf. La plupart me fixaient, bouche bée. Visages sans expression et regards vides.

Un homme avait la figure tirée d’un côté, comme par un hameçon. Un autre, plié en deux, m’observait avec un œil torve, planté en haut du front, alors que l’autre était baissé vers le sol. J’avançai en évitant de regarder ces patients. Les plus terrifiants étaient ceux que rien ne distinguait. Des personnages gris, éteints, dont l’abcès semblait enfoui à l’intérieur d’eux-mêmes. Invisible.

L’un d’eux m’adressa un signe de la main, au-dessus de petits pliages en papier. La femme glissa un commentaire, ouvrant une nouvelle porte.

— Un dentiste. Il est là depuis six mois. Il passe ses journées à plier ces feuilles. On l’appelle « Origami ». Il a tué sa femme et ses trois enfants.

Dans le nouveau couloir, je finis par remarquer :

— Je ne vois pas de sonnette d’alarme. Il n’y a pas de système de ce genre ?

La femme brandit son trousseau :

— Il suffit de toucher avec une clé n’importe quel objet métallique de l’espace pour déclencher l’alerte.

Nous étions parvenus dans le quartier des chambres. Je comptai six hublots, s’ouvrant sur autant de cellules, avant que l’assistante stoppe devant une porte :

— C’est ici.

Elle manipula encore une fois son trousseau.

— Il est enfermé ?

— C’est lui qui l’a demandé.

Je pénétrai dans la chambre. L’assistante referma la porte et la verrouilla. Luc était là, entouré de quatre murs blancs et nus. Cinq mètres carrés de sol clair, une fenêtre sur les jardins, un lit au cordeau. Rien ne distinguait cette pièce d’une autre chambre d’hôpital. Je remarquai seulement qu’il n’y avait pas de poignée au châssis de la fenêtre.

Luc, laine polaire et pantalon de survêtement bleu ciel, était en train d’écrire, sur une tablette coincée dans l’angle, à droite.

— Tu bosses ? demandai-je d’un ton chaleureux.

Il se retourna de trois quarts, sans se lever. Sa grande carcasse était tout entière voûtée sur son stylo-plume. Son crâne rasé ressemblait à un astre sec, perdu parmi des vents solaires.

— Je consigne tout par écrit, souffla-t-il. C’est important.

J’attrapai l’unique fauteuil et m’assis à un mètre de lui. L’ombre du soir entrait dans la pièce en une lente inondation.

— Comment tu te sens ?

— Crevé, vidé.

— Ils te donnent des médicaments ?

Il me gratifia d’un sourire si mince qu’on aurait pu voir à travers.

— Quelques-uns, oui.

Il revissa lentement le couvercle de son stylo. Machinalement, je tapotai mes poches. Luc déchiffra mon geste et dit :

— Tu peux fumer, mais ouvre la fenêtre. Ils m’ont filé un truc pour la crémone.

Il me lança une tige carrée qui s’insérait dans le mécanisme et permettait d’ouvrir les battants. Après avoir pincé une Camel entre mes lèvres, je lui tendis mon paquet. Il fit « non » de la tête :

— Je n’y ai pas touché depuis mon réveil.

— Bravo, dis-je sans en penser un mot.

Je fis claquer mon Zippo. J’inhalai la fumée à pleins poumons, rejetant la tête en arrière, puis expirai la bouffée brûlante, à contre-courant de l’air glacé. Il murmura dans mon dos :

— Merci, Mat.

— De quoi ?

— Ce que tu as fait. Pour Laure, pour moi, l’enquête.

— C’est bien ce que tu attendais, non ?

Il eut un rire bref :

— C’est vrai. J’étais certain que tu n’accepterais pas l’idée de mon suicide. Je pouvais crever tranquille... Tu expliquerais la vérité à tout le monde.

— Ça n’aurait pas été plus simple de me donner un dossier complet, comme à Zamorski ?

— Non. Tu devais mener l’enquête toi-même. Sinon, tu n’aurais cru à rien. Personne n’y aurait cru.

— Je ne suis toujours pas sûr d’y croire.

— Tu y viendras.

Je me tournai vers lui et m’adossai à la fenêtre :

— Luc, je suis venu faire le point avec toi. J’ai besoin de mettre toutes les pièces en place.

— Tu as déjà fait le boulot.

— Je veux connaître ton propre chemin. À nous deux, on peut y voir plus clair.

Il referma son cahier avec précaution puis me résuma son histoire. Il ne dit rien que je n’avais déjà deviné. Tout avait commencé en juin dernier, avec le meurtre de Sylvie Simonis. Luc surveillait cette région, réputée pour ses activités sataniques. Il avait mené l’enquête — exactement la même que moi, sauf qu’il s’était associé avec Sarrazin dès le départ. Peu à peu, il avait découvert la piste des Sans-Lumière, Agostina Gedda, puis celle de Zamorski et de Manon...

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