La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
L’Éditeur.
Lettre 116. Ursule à Laure.
[Chez une libertine, tout est libertin, et fait horreur.].
20 juillet.
On n’y saurait tenir. Edmond me fait tourner la tête! je crois qu’il se convertit, ou que désolé des infidélités de la marquise, il veut s’en venger sur moi! Il faudra que j’en vienne au moyen que je t’ai dit. Il m’a surprise ce matin avec mon page; tu sais bien? Dans la pièce d’à côté, Marie était avec le cocher, dans la même situation que sa pauvre maîtresse; et Trémoussée faisait le trio dans ma garde-robe avec le laquais. Il a vu tout cela, et il est venu m’en faire les plaintes les plus amères, dès que j’ai été libre. Il a pleuré: je me suis jetée à son cou; j’ai encore le défaut d’être sensible; et je l’ai adouci. Mais c’est toujours à recommencer. Je vais achever de secouer le scrupule.
Je désirerais que tu me prêtasses ton appartement pour une intrigue nouvelle, avec un homme qui n’est pas de mise dans ma société: c’est un gros Américain, bête, brutal, et fort laid; mais qui doit me valoir une tonne d’or. Il ne faut pas laisser échapper cela. C’est mon maître de musique qui me le procure. Tu devrais avoir aussi des maîtres? qu’en dis-tu?
Je crois que la visite du*****, dont je t’ai parlé, est pour dans trois jours. Je l’attends avec impatience: t’ai-je dit que c’est mon maître à danser qui me procure cet honneur.
J’écrirai à l’ami l’un de ces jours. Il vient de me faire une lettre!… tu la verras. Réponse.
Adieu.
P.-S. – J’apprends que mon frère vient d’écrire à la Parangon. C ’est quelque réminiscence.
Lettre 117. Réponse.
[Étonnée de son libertinage, Laure l’en raille, quoique aussi corrompue.].
21 juillet.
Tu n’es pas encore assez philosophe: à ta place, je ne me gênerais pas, et je recevrais tout mon monde sans déplacer. Au reste, il ne nous appartient pas, comme dit Rousseau, en parlant de Voltaire, de juger nos maîtres; et tu peux disposer de mon appartement. Permets seulement que je te fasse une observation. Messaline prenait le boudoir de Lycisca, parce que cette courtisane valait mieux qu’elle tu fais tout le contraire: ne crains-tu pas de te décréditer?
LAURE.
P.-S. – J’ai lu ta belle lettre. Il est au-dessous de toi et de moi d’être comédiennes: vois-tu que nous sommes quelque chose?
Lettre 118. Ursule, à Laure.
[Elle fait des projets criminels de luxure, et d’ingratitude envers Mme Parangon.].
11 août matin.
Sauve qui peut! La belle Parangon est arrivée. Elle vient d’écrire à Edmond: ce sont des plaintes, des jérémiades! La Parangon écrit comme ma belle-sœur de S**, dont les lettres m’amusaient autrefois, et qui me donneraient à présent des vapeurs. Mais admire l’aveuglement de la pauvre prude jalouse! Edmond lui avait apparemment demandé sa sœur pour éviter nos filets de Satan, et la bonne âme la refuse! Elle nous sert! elle entre dans nos vues! Oh! il faut qu’il y ait un peu de vice dans son vertueux cœur, puisqu’il sympathise avec le nôtre! Il est sûr qu’elle veut garder Edmond pour elle… Ah pardi! ceci me donne une idée. Edmond ne verra la missive qu’en temps et lieu; et je vais profiter des lumières qu’elle me procure pour hâter le succès de mon projet! Quoi! belle Parangon! vous venez à Paris chercher votre violeur! Colombe gémissante, vous voulez donc encore tâter du péché? Eh bien, vous en tâterez, je vous jure, ou je ne pourrai… Mais il faut commencer par l’exécution de mon grand dessein: j’ai dans l’idée que cela rendra Edmond plus docile à suivre l’impulsion que je voudrai lui donner… Il sera honteux du moins, et je n’aurai plus de reproches à essuyer… Ne m’abandonne pas d’un moment, ou tiens-toi à ma portée; faisons défense commune: ma porte sera fermée; Edmond seul pourra se faire ouvrir. Soyons deux, pour l’intimider, nous consulter et laisser plus sûrement seule la belle avec son amant, dès qu’il le faudra.
L’ami m’a fait réponse: il m’envoie une lettre de mon frère, qui répand un nouveau jour sur ses dispositions. Il a vu nos bonnes gens de S**, et il les a ensorcelés: mais comme il peut arriver un revers, je vais suivre le conseil qu’il m’a donné précédemment, de me faire encataloguer au magasin Saint-Nicaise: on dit que cela ôte tout pouvoir aux parents sur leurs filles… Eh bien? ne m’y voilà-t-il pas?… Oh! il a bien fait de se rétracter! les théâtres sont utiles… Car enfin, c’est une très belle invention, que ce catalogue-là! je voudrais en connaître l’inventeur, et s’il n’est pas trop vieux, j’irais lui offrir… ce que tant d’autres me demandent avec mille instances, et paient si cher! je ferai faire les démarches de mon enrôlement à Edmond, après mon coup de filet, comme le nomme l’ami.