La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
Ce roman épistolaire nous conte l'histoire classique d'une jeune fille, provinciale d'origine modeste, qui monte à Paris. Après avoir profité, sans en abuser, de la bonté d'une amie de la famille, la facilité et la vie dans la grande ville incitent notre héroïne à se faire «entretenir» par un marquis. La maîtresse sera en bons termes avec la marquise puisque son propre frère en est l'amant. Mais ces amours ne durent guère et la déchéance sera grande?
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Bellecour, cet acteur longtemps froid, plus longtemps naturel; je ne verrai plus cette scène de rupture dans la Réconciliationnormande, où Mlle Gauthier et lui me faisaient pousser le cri de l’admiration. Mais j’ai encore Molé! Petits maîtres français, adorez-le; en vous jouant, il vous a rendus aimables: nos danseurs ont été à Londres pendant la guerre qui désole la patrie: ah! pourquoi Molé n’y a-t-il pas été aussi! son talent enchanteur, en rendant aimables au farouche Anglais jusqu’à nos ridicules, nous en eût fait chérir; il aurait adouci ce peuple magnanime, mais trop dur encore, et qui est à deux siècles de l’urbanité française. Si Brizard me pénètre de vénération, dans les vieillards tragiques, Préville, peut-être plus habile encore (car je n’ose prononcer entre ces deux hommes), Préville m’étonne par son double talent: mais où je l’adore, comme rival de Brizard, c’est dans ses rôles de bonhomie: il me fait respecter, par le sublime de son art, un Antoine, garde magasin! Dans Eugénie, dans le Bourrubienfaisant, quelle vérité!… Si le drame est un mauvais genre, ô Fréron, ô Delaharpe, ô Cailhava, ô vous tous, auteurs et journalistes, qui le décriez, je vous indique le coupable: allez aux Français; saisissez Préville; liez-le, garrottez-le; jetez-le dans un cachot. Revenez, avant qu’ils soient instruits du sort de leur confrère, mettez la main sur Molé, sur Brizard; ne vous avisez pas d’épargner la sensible, la touchante Doligni! qu’elle soit entraînée sans miséricorde, et traitée comme les Vestales, qu’elle n’imite qu’en beau; enterrez-la vive, et le drame l’est avec elle: faites ensuite à votre aise étrangler Préville et son Épouse, Brizard et Molé. Je vous garantis que cela sera plus efficace que dix extraits de Fréron, de Grosier, de Royoux; que cent Nouvelles salles de Delaharpe, et que toutes les déclamations des gens de goût. Quoi! je serais assez dépourvu de sensibilité, de sens commun; je serais assez brut, assez huître, pour ne pas être délicieusement ému, quand le Père de famille (Brizard), son Fils (Molé), la jeune Sophie (Doligni), me peignent avec la touche de la vérité, un de ces événements de la vie humaine, qui me remettent avec des hommes, qui m’instruisent, en me donnant un plaisir mille fois au-dessus du rire méchant, qu’excite notre Aristophane!… Ce n’est pas que je haïsse, ou que je méprise cet auteur: son mérite est rare, estimable à certains égards, mais si, dans sa comédie des Philosophes, la première en son genre depuis les Nuées du comique athénien, et aussi odieuse que cette pièce enragée, il s’est cru permis de désigner, dans une satire représentée, des hommes vivants, des hommes estimables, qui n’ont contre eux que les mauvais citoyens, et quelques dévots sans lumières, il doit être permis à tout homme de dire et d’imprimer son avis sur sa pièce. Elle est mauvaise dans son but; funeste dans ses effets; calomniatrice dans ses détails; tout ce que le poète prête aux Philosophes pour les rendre odieux, est controuvé, exagéré, comme dans Aristophane. Eh! pourquoi, pourquoi, ingrats que nous sommes, dire du mal de la philosophie, à laquelle nous devons les beaux jours, les jours à jamais mémorables qui luisent sur l’Europe! Elle est notre bienfaitrice; elle a brisé, elle brise encore les entraves des peuples. À la vérité, la religion le ferait; mais elle ne le fait pas: ses maximes de fraternité sont oubliées, méconnues: la philosophie est venue au secours du genre humain; et les égoïstes, les mauvais citoyens, ceux qui n’ayant aucune vertu dans le cœur, se trouvent, par leur position, dans le cas d’être servis par les autres, se sont couverts du masque de la religion, pour déclamer contre la philosophie. Elle n’avait qu’une seule réponse à faire! (mais on lui impose silence): «je suis plus amie de la religion que vous, hypocrites méprisables! car je fais faire ce qu’elle recommande, ce qu’elle ordonne. Vous, mes vils calomniateurs, vous redoutez ma vertu; vous craignez que les hommes ne m’écoutent, et qu’ils ne veuillent être heureux: eh bien, je vous laisse; je me retire, à une condition: que sur les mêmes points que je recommande, vous écouterez la religion.» Si la philosophie s’était aussitôt retirée; que de bons ministres de la religion se fussent levés; qu’ils eussent, le code à la main, prêché la morale du législateur; alors qu’aurait-on vu? Ces mêmes hommes, qui par zèle pour la religion, avaient attaqué la philosophie, eussent attaqué la religion. Eh! ne croyez pas, ma fille, que tous ces roquets qui aboient en faveur de la religion, aient de la religion! Ils n’en ont aucune: mais ils ne veulent pas de la philosophie, et ils se servent de la religion pour la chasser!… Le nouvel Aristophane s’est rendu leur organe, sans doute faute de les connaître, et dans deux de ses pièces, celle que je viens de citer, et l’Homme dangereux, il a voulu rendre odieuse la philosophie. Je suis fâché de sentir trop bien ses motifs, et de ne pouvoir les approuver. Mais où il a mon approbation tout entière, c’est dans les Courtisanes! je reconnais ici le poète dramatique que la passion n’aveugle pas; qui ne prostitue pas son rare talent à servir des passions étrangères, à se venger de petits mécontentements particuliers; j’y retrouve le diamatiste habile, qui joint la saine morale à l’élégance de la diction. Oui, cette pièce est supérieure à la Métromanie; elle va au but, et la Métromanie n’y va pas; un jeune métromane, après la pièce de Piron, est encore plus métromane. Mais quel est le jeune homme qui ne frémira pas, s’il est dans le cas du héros des Courtisanes, en sortant de la représentation de cette pièce! Ne renoncera-t-il pas à la sirène qui l’enchante? s’il est abusé, s’il lui croit des vertus, ne l’approfondira-t-il pas? Qu’on décerne donc une couronne à l’auteur pour cette pièce, et que le jour de son triomphe, on brûle ses deux autres comédies, pour effacer à jamais la tache qu’elles font à son nom. Mais dans ces Courtisanes, quel rôle pour vous, jeune Contat! Et si je voulais encore mépriser, avilir les comédiennes, quel puissant argument ce rôle ne me fournirait-il pas? Vous avez souffert sans doute, actrice aimable, en jouant ce rôle; mais tout le public aurait souffert, s’il eût été joué par Doligni; peut-être même ce public indigné ne l’eût-il pas permis…
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