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La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville

Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:

Ce roman épistolaire nous conte l'histoire classique d'une jeune fille, provinciale d'origine modeste, qui monte à Paris. Après avoir profité, sans en abuser, de la bonté d'une amie de la famille, la facilité et la vie dans la grande ville incitent notre héroïne à se faire «entretenir» par un marquis. La maîtresse sera en bons termes avec la marquise puisque son propre frère en est l'amant. Mais ces amours ne durent guère et la déchéance sera grande?
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P.-S. – J’écris à ce dernier, et je lui envoie la lettre que j’ai escamotée.

J’ai montré la dernière lettre de l’ami à Mlle*** de l’Opéra: elle en est enchantée!

Lettre 119. La même, à la même.

[L’infortunée URSULE raconte un mauvais tour qu’elle paiera cher!].

(Ceci est la suite de la CXXXVI, lettre du PAYSAN, dont elle parle en finissant le post-script. de la précédente.).

Le soir.

Voici une autre lettre, que je joins à celle qui est déjà cachetée.

Je viens de faire maison nette: j’ai banni d’un seul coup, et le marquis lui-même, qui s’est trouvé trop instruit, et qui l’a pris sur le ton du persiflage; et Négret, qui me criait du bas de l’escalier: «Quand voulez-vous donc m’accorder quelque chose?» et mon ancien page qui voulait paraître mon favori; et le financier que ses dons maussades rendaient exigeant; enfin l’italien, qui prétendait que je lui avais promis la dernière fois de le recevoir au détroit de l’île Bank (consulte la carte des terres australes, tu l’y trouveras). Mais celui-ci mérite quelques détails, et son aventure serait à mourir de rire, sans le dénouement, qui est du plus tragique.

On me fait beaucoup appréhender sa vengeance! Je suis femme, que me fera-t-il? Un coup de poignard? Mais je tiens à quelqu’un, et je ne suis pas Zaïde. D’ailleurs, me voilà sur le catalogue de la liberté; si ce catalogue a le pouvoir de nous soustraire à l’autorité de nos pères, je ne crois pas qu’il soit moins efficace contre les amants: il doit nous donner le droit de trompandi, dupandi, pillandi, ruinandi, substituendietmocquandi per universam terram, comme aux médecins de Molière. Je n’ai plus que l’Américain que je reçois ici, et un nouveau soupirant qui s’est annoncé ce matin. Il vient fort à propos! car il me propose de quitter cette maison, où je me déplais à présent, pour aller demeurer dans une autre très jolie à Saint-Mandé, quartier que je ne connais pas et absolument éloigné de toutes mes habitudes. Je verrai cela; nous sommes en pourparlers: l’homme est assez agréable; je lui trouve de l’air de Lagouache: la noblesse n’y domine pas comme tu vois. Je vais tout vendre, sans en parler à personne: cela me sera très facile. Edmond, depuis une espièglerie que je lui ai faite, est d’une soumission… Oh! s’il savait que la Parangon est ici!… Mais le tour que j’ai joué à Fanchette, la dernière fois qu’elle est venue, en la faisant asseoir sur mon sofa, l’a bannie de chez moi. Car il faut ajouter, qu’étant sortie exprès, au signal que me fit Marie, qu’il me venait quelqu’un, je laissai la belle enfant seule; c’était l’italien; il n’y voit pas comme une jeunesse: de sorte qu’il alla droit à Fanchette, que le sofa faisait retomber à chaque fois qu’elle voulait se lever; il se mit à ses genoux, et peut-être même alla-t-il jusqu’à… Je n’en sais rien mais elle s’écria, et j’envoyai à son secours Trémoussée, qui la ramena en riant comme une folle. Fanchette sortit sans me parler, et je ne l’ai pas revue depuis. Pour achever ce qui regarde l’italien, je ne pouvais m’en débarrasser, et la complaisance d’une ou deux fois, ne faisait que le rendre plus importun. Peut-être y aurais-je consenti, sans les horribles angoisses par où il fallait passer: car du moins il y avait un avantage, et j’étais délivrée d’un autre supplice… Je pris conseil de Trémoussée; suivant ce vers de Boileau:

Molière quelquefois consultait sa servante.

«Parbleu, madame, vous êtes bien embarrassée! laissez-moi faire.» Je crus qu’elle voulait prendre ma place, et j’admirais son héroïsme; mais vu sa taille, je doutais du succès; je lui témoignai mes craintes? «Moi, madame! oh que non! je ne suis pas ainsi mon bourreau. Il est noir, il faut l’assortir…» Elle alla chercher la sœur de mon jeune nègre: cette fille est de ma taille, et d’environ vingt ans: Trémoussée l’instruisit de ce qu’elle avait à faire; ensuite elle me l’amena, pour que je lui donnasse mes lazzis. La comédie commença de ce moment. Zaïde me copia de son mieux. Lorsque nous l’eûmes bien instruite, nous attendîmes le soir avec impatience. Il arriva, et avec lui l’italien. Je le reçus mieux que jamais: il était enchanté. On se mit à table, et s’étant approché de mon oreille, il me demanda si c’était l’heureux jour? «Il faut bien vous céder! car vous ne diminuez rien de vos prétentions, vous autres hommes!» À ce mot, il donna un ordre à son valet de chambre, et avant de sortir de table, je vis entrer un magnifique présent, qu’on porta sur ma toilette. Il était fort impatient de me conduire dans ma chambre: je m’y laissai mener, moitié gré, moitié force. Trémoussée me mit au lit, et suivant mes ordres, emporta les flambeaux. Le vieux mulâtre vint auprès de moi: j’esquivai comme je pus son haleine empestée; je lui dis de se contenter de mes promesses, et de me permettre la plainte, sans exiger que je lui parlasse. Il consentit à tout, et me pria même de me plaindre le plus que je pourrais. La Négresse, cachée dans mon alcôve, était prête, et surtout fort zélée pour m’obliger. Je me glissai adroitement, et fus me mettre dans son lit, tandis qu’elle prenait ma place. Elle y fut à peine, que le mulâtre la joignit… Il vanta beaucoup mes prétendus appas, et il jurait que quelque belle que je fusse, il ne leur avait pas encore trouvé tant de perfection. J’avais toutes les peines du monde à m’empêcher de rire. Enfin… tout se passa fort à son gré; mais avec des peines infinies.

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