Le serment des limbes
- Автор: Гранже Жан-Кристоф
- Год: 2007
- Язык: французский
- Год: Albin Michel
- ISBN: 978-2226176738
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Le serment des limbes». Краткое содержание книги:
— Il est trop tôt pour envisager une telle démarche.
Une seconde trop tard, je compris que Manon m’avait tendu un piège. Elle voulait seulement savoir si j’avais déjà pensé à cette possibilité ou si, au contraire, l’idée me ferait bondir. J’étais tombé dans le panneau, l’évoquant sans broncher.
— Allez vous faire foutre, murmura-t-elle. Jamais je ne me prêterai à vos délires.
Elle se laissa tomber en arrière, sur le lit, puis se couvrit le visage d’un oreiller. Dans son mouvement, son pull s’était relevé, laissant apparaître son nombril. Je frissonnai. Même au cœur de cette tension, mon désir affluait, plein, neuf, omniprésent. Mais il n’était plus question de ça entre nous. J’étais devenu un ennemi parmi d’autres.
Elle se redressa tout à coup et écarta l’oreiller. Son regard ruisselait de larmes :
— VA TE FAIRE FOUTRE !
Direction le 36.
Dans ma nouvelle voiture de location, je rassemblai mes idées. Depuis mon retour à Paris, j’avais gratté sur la formation universitaire de Manon et son absence d’alibi pour le meurtre. Zamorski disait vrai. Personne ne l’avait vue durant la période présumée du meurtre — soit près d’une semaine. J’avais questionné par téléphone le flic helvétique qui l’avait interrogée avant sa confrontation avec Magnan. Manon avait été découverte dans son appartement le 29 juin, deux jours après la découverte du corps. Elle avait été incapable de préciser son emploi du temps durant les derniers jours.
Quant à sa formation universitaire, le Polonais avait encore raison. J’avais obtenu, par fax, son cursus complet. Un mastère en « biologie, évolution et conservation » à quoi s’ajoutaient trois certificats d’études complémentaires en toxicologie, botanique et entomologie. Elle avait également une licence en sciences pharmaceutiques. Cela ne prouvait rien, sauf que Manon avait les compétences pour torturer un corps humain comme l’avait été celui de sa mère...
Corine Magnan devait savoir tout cela, mais il n’existait aucune preuve directe contre Manon. La magistrate avait dû abandonner cette piste. Elle devait même s’apprêter à classer l’affaire. Mais maintenant, l’intervention de Luc rallumait tous les doutes. Manon avait-elle vu « quelque chose » lors de sa NDE, en 1988 ? Cette expérience ancienne l’avait-elle transformée, comme Agostina ? Avait-elle provoqué une schizophrénie qui pouvait cacher une seconde personnalité — violente, cruelle, vengeresse ?
Je pénétrai dans mon bureau et déposai le tas de paperasses que j’avais récupéré dans mon casier. Sur mon répondeur, plusieurs messages, dont deux de Nathalie Dumayet. Elle voulait des nouvelles de la séance de ce matin. Depuis mon retour, la commissaire me faisait la gueule. Elle n’avait pas apprécié ma disparition ni les explications laconiques que je lui avais servies à mon retour.
Je ressortis aussitôt du bureau.
Autant me débarrasser tout de suite de cette corvée.
En quelques mots, je résumai l’expérience du matin. Pour conclure, je lui suggérai d’appeler Levain-Pahut pour un complément d’informations. Je reculais déjà vers la sortie quand elle me proposa un thé. Je refusai.
— Fermez la porte.
Elle avait dit cela en souriant, mais d’un ton sans appel.
— Asseyez-vous.
Je m’installai sur le siège face à elle. Elle me lança son fameux regard clair :
— Qu’est-ce que vous pensez de tout ça, vous ?
— C’est l’affaire des psychiatres. Il faut qu’on sache s’il peut s’en tirer sans séquelles et...
— Il s’agit justement de ces séquelles. Pensez-vous que Luc va sortir indemne de cette expérience ?
Geste vague de ma part. À mon retour, je ne lui avais livré que les grandes lignes de mon enquête. Les dossiers Simonis, Gedda, Rihiimäki, réduits à leurs points communs. J’avais évoqué des meurtres sataniques mais pas les Sans-Lumière ni les Asservis. Pourtant, elle reprit :
— Je ne crois pas au diable. Encore moins que vous, puisque je ne crois même pas en Dieu. Mais on peut imaginer qu’une telle hallucination transforme celui qui la vit et le pousse à commettre un crime... singulier.
Je ne répondis pas.
— Je ne fais qu’énoncer vos propres conclusions.
— Je ne vous ai pas donné de conclusions.
— Implicites. Vous avez mis au jour trois meurtres, aux quatre coins de l’Europe, dont la méthode est identique. Dans deux cas au moins, nous connaissons les meurtriers. Des sujets qui ont chacun vécu une NDE négative. C’est bien ça, non ?
Une pause. Elle continua :
— Or, Luc est aujourd’hui dans ce cas. En pleine... mutation.
— Rien ne dit qu’il va se transformer.
— Il est bien parti, il me semble.
— Votre analyse se situe au premier degré.
— Vous avez une autre hypothèse ?
— Il est trop tôt pour que j’en parle.
— Trop tôt ? Je pense plutôt qu’il est un peu tard. Il y a d’autres affaires sur le feu ici. Vous devez vous remettre au boulot.
— Vous m’aviez dit...
— Rien du tout. Je vous ai déjà accordé une semaine de vacances. Vous avez disparu dix jours et vous ne vous êtes pas vraiment remis au boulot depuis votre retour. Vous vouliez trouver la raison du suicide de Luc. Nous savons ce qu’il en est aujourd’hui. Le dossier est clos.
Je montai au filet :
— Donnez-moi encore quelques jours. Je...
— Comment va votre protégée ?
— Ma protégée ?
— Manon Simonis. Suspecte numéro un dans le meurtre de sa mère.
— Vous ne connaissez pas le dossier, dis-je en me raidissant. Manon n’est pas suspecte. Il n’y a pas de preuve, pas de mobile.
— Et si elle avait vécu une expérience négative, comme votre Italienne ou votre Estonien ? Dans cette histoire, le mobile se limite à un traumatisme psychique.
Je conservai le silence.
— Je ne cherche pas à l’enfoncer, Mathieu. Je veux simplement vous prévenir. Corine Magnan a saisi les flics de la première DPJ. Ils m’ont téléphoné. Elle s’apprête à interroger une nouvelle fois Manon Simonis.
— Pour quel motif ?
— L’aventure de Luc a semé le trouble.
— Pourquoi répondrait-elle autre chose que la première fois ?
— Demandez-le à Magnan.
— Ils comptent la mettre sous hypnose ? Lui injecter un produit ?
— Je n’en sais rien, je vous le répète. Mais la juge a parlé d’une expertise psychiatrique.
Je me mordis les lèvres. Dumayet ajouta :
— Méfiez-vous d’elle, Mathieu.
— Vous savez autre chose ?
— Elle a contacté le parquet de Colmar. Elle veut récupérer le dossier David Oberdorf.
— Qui est-ce ?
— Un type qui a tué un prêtre, en décembre 96. Une affaire de possession.
Je me levai et marchai vers la porte :
— C’est absurde. Cette juge est cinglée.
— Mathieu, attendez.
Je stoppai sur le seuil :
— J’ai tout de même une bonne nouvelle. Condenceau, le gars de l’IGS, a bouclé le dossier Soubeyras.
— Quelle est sa conclusion ?
— Tentative de suicide. Ça simplifie l’affaire, non ? Luc s’en sortira avec quelques rendez-vous chez le psy.