La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
Il s’agissait de rendre Edmond infidèle à deux beautés; la présente, dont il jouissait, et l’absente qu’il désirait. Après avoir passé par différentes mains, je sentis mon goût pour lui se ranimer plus vivement que jamais. L’ami allait revenir; il fallait se dépêcher, quoique ce ne fût pas mon intention de lui en faire mystère (c’est-à-dire de cet article seulement). La marquise fut infidèle; Edmond en fut piqué: il vint s’en plaindre à moi; je le consolai, je le louai; je lui pressais les mains dans les miennes; je les ai douces et potelées; cela fit sensation. Il me prit un baiser, que je rendis. C’était le coup de briquet; le feu prit à l’amorce… Qu’Edmond mérite bien d’être la folie des femmes! En vérité, sa prude cousine n’est pas de mauvais goût, et je crois que la commère ne serait pas fâchée d’avoir encore des pleurs à verser, un viol à souffrir, et une pénitence à faire. J’écrivis ma chute à l’ami, en ces termes:
Foudre éclate! tonnerre tombe, écrase! Terre tremble! Soleil pâlis, recule! Et toi Lune éclipse-toi! que tous les éléments se déchaînent; que la mortalité se mette sur les moutons et sur les poules; que les puces naissent par fourmilières, et désolent les belles; que tout en un mot se bouleverse dans la nature! Laure, la perfide Laure, a… trahi l’orgueil de son amant! Oui, la fidélité, qu’il croit qu’elle lui doit s’est éclipsée totalement, entre minuit et une heure: le premier contact à 1h30 minutes; l’immersion totale à 1h30 minutes 2 secondes. Adieu je vais pleurer… c’est-à-dire, rire aux larmes.
LAURE.
Depuis ce temps-là, je reprends de temps en temps quelqu’un de mes anciens amants, suivant qu’ils sont généreux; car je suis un peu intéressée; c’est mon défaut; j’ai observé que les vices dorés ressemblent comme deux gouttes d’eau aux vertus, et si j’étais médecin des mœurs, une Socrate, par exemple, qu’on m’amenât bien des scélérats à guérir, je dirais, Pour honneur ravi par trahison, bassesse, friponnerie, m-ge, concussion, V. de l’or. Item, pour honneur féminin, chasteté, modestie, perdus, R. de l’or, changeant seulement le V. en – R. [Allusion aux formules de pharmacie: V. versez; R. récipé.].
Adieu.
P.-S. – Je te renvoie la terrible lettre que l’ami t’a écrite contre les spectacles, les acteurs, les actrices, etc.: elle m’a fait bien rire; j’ai eu la pensée de l’adresser au semainier des Français, qui est de ma connaissance pour le prier de la faire imprimer, et d’en donner copie à ses camarades mâles et femelles. Quant à mon sentiment, je pense que l’auteur de la lettre doit se rétracter. Je te charge de l’exiger. Que savons-nous, hélas! ce que nous serons un jour? Il doit aussi des excuses à quelques auteurs… mais cet article, à son aise.
Lettre 114. Ursule, à Gaudet.
[Elle lui expose son art pour le libertinage. Hélas! l’infortunée le paiera cher!].
30 juin.
Me voilà presque brouillée avec le marquis, et davantage encore avec Edmond. Ce dernier est, je crois, jaloux, mais beaucoup plus que le marquis lui-même. J’étais si heureuse! jamais vie ne réunit tant de plaisirs que la mienne, pendant environ un mois, le temps de votre voyage compris! mais à présent, ce ne sont que des plaintes, des soupirs, des brouilles. On me reproche surtout mes complaisances pour vous: c’est mon plus grand crime aux yeux d’Edmond. Il me dit hier soir des choses très dures, et appela ma maison par un très vilain mot. Cela me surprit, et les larmes m’en vinrent aux yeux. Il eut regret de sa brutalité; il m’en demanda pardon, et me promit de se contenir, pourvu que je bannisse tous mes amants. J’ai promis; mais bien résolue de ne pas tenir…
Où en serais-je, avec la dépense que je fais! Voilà plus de cinquante mille écus que je dépense, depuis un an, et le marquis n’a guère fourni que quatre-vingt mille livres: encore commence-t-il à se plaindre. C’est que sa femme, de son côté, fait aussi une forte dépense: surtout depuis quelque temps, que nous nous sommes écrit. Il est inconcevable (c’est une réflexion que je faisais ce matin) combien une femme entretenue coûte! c’est quelque chose d’effrayant! Si elle veut plaire, exciter des désirs dans tous ceux qui l’approchent, il faut qu’elle se diversifie, au point de ne jamais se ressembler: pour être toujours appétissante, il faut du neuf tous les jours; il lui est, impossible de mettre deux fois les mêmes choses, la plupart trop fragiles, à moi, par exemple, les gazes, les chaussures ne me servent qu’une fois: Marie et Trémoussée s’emparent de ma dépouille chaque soir. Je sais bien que les autres femmes entretenues n’en agissent pas avec autant de prodigalité; mais qu’est-ce que cela, en comparaison de moi? J’en ai vu que je n’aurais pas voulu toucher avec des pincettes: des souliers dont le talon était crotté; des bas de trois jours au moins; des bonnets presque salis; une chemise de deux jours. J’en prends deux ou trois dans la belle saison, et une seulement en hiver, par paresse. J’ai déjà fait remonter dix fois mes diamants; chaque mouchoir ne me sert qu’une fois. Aussi tous les, hommes m’adorent; ils ne trouvent rien en moi qui ne soit la propreté même: car si je suis si attentive, pour ce qui me touche, et n’est pas moi, vous devez croire que je la suis davantage encore pour ce qui est moi-même.