La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
P.-S. – Les théâtres, les acteurs, les actrices, les auteurs, toute la séquelle vous en veut; Laure a montré votre lettre que je lui avais confiée; cela me fâche: car je crois qu’au premier jour, j’aurai besoin de m’affilier aux privilégiées des coulisses; elle sent aujourd’hui qu’elle a fait une imprudence, et craint pour vous. Que faire à cela?
Lettre 115. Réponse.
[Il montre ici d’autres sentiments sur le théâtre et les comédiens, et sur tout ce qu’il a frondé.].
4 juillet.
Que faire à cela? En rire: la colère de messieurs les histrions ne doit produire que cet effet-là. Je voudrais qu’il se fût agi d’Edmond, et vous auriez vu, ma belle, ce que je lui aurais dit, pour le détourner de prendre le parti du théâtre!… Mais avec vous, je serai plus modéré, parce que vous êtes plus raisonnable que votre frère; du moins, j’aime à me le persuader.
Vous ne voulez plus être actrice; l’amitié, le zèle pour votre intérêt m’avaient fait outrer les choses; à présent je vais découvrir mes véritables sentiments. Ce que j’ai dit des représentations est vrai: mais tout a ses abus, tout a ses inconvénients et ses avantages. Or les inconvénients du théâtre sont moindres que ses avantages. La représentation est un amusement légitime, qui nous donne le plaisir, et le plaisir est le baume de la vie. En effet, ma chère fille, les besoins sont bien tristes, bien uniformes! qui n’a que les besoins, sans connaître les plaisirs, n’est ni heureux, ni malheureux, il végète. Celui qui n’a que les besoins, et qui connaît les plaisirs, est souverainement misérable. C’est l’état de l’homme social, en France, en Angleterre, en Italie, en Espagne, en Allemagne, en Russie, en Turquie, dans tout l’Univers policé. On ne me le disputera pas: dès lors l’amusement du théâtre est légitime, il est nécessaire, comme tous les autres agréments de la vie. Si les besoins sont uniformes, les plaisirs sont infiniment variés; ils jettent dans la société une diversité, qui en fait le charme; ils ne font pas le bonheur chacun en particulier; mais ils le font tous ensemble: il est impossible à l’homme de les goûter tous ensemble, c’est pourquoi la jouissance complète du bonheur est une chimère; mais celui qui fait succéder des plaisirs variés, purs, non sujets à être suivis du repentir, est le plus proche du bonheur. Le spectacle, à Paris surtout, est un des plaisirs qui constituent le bonheur. Eh! je serais assez ennemi du genre humain, pour réprouver ce plaisir! je regarderais comme vils ceux qui le procurent? Moi, je serais assez méchant, assez dépravé, pour mépriser Doligni! cette femme vertueuse, au théâtre, et le modèle de son sexe! Je n’applaudirais pas aux grâces de la jolie Fannier? au jeu fin de Luzi? à l’intelligence de Mlle Dugazon! je n’admirerais pas les brusques élans que Sainval a dérobés à la sublime Dumesnil! Je ne reconnaîtrais pas que la belle Raucour remplacera, quand elle le voudra, cette actrice, dont le nom honore l’art, et dont l’art surpassa la nature, Clairon… À ce nom je m’enflamme, et si j’étais adoreur par goût, je lui dresserais des autels! je ne reconnaîtrais pas que Vestris rend l’horreur de la scène de Gabrielle au-delà de ce que l’imagination osait se figurer! Quoi! je serais de mauvaise humeur, quand l’aimable Contat me retrace dans ses rôles d’amoureuse, et la sensibilité de la nature, et le jeu séduisant des Gaussin, des Hus, des Guéant, ces actrices charmantes à qui Vénus avait prêté sa ceinture! Quoi! Brizard ne m’inspirerait pas le respect, la vénération! je ne verrais pas dans Larive, cet acteur que demandait Baron, élevé sur les genoux des reines, formé par les grâces, plus beau que Pâris, dont le jeu sage, un peu gâté par le parterre de Paris, eût tari les larmes que je donne à Lekain! Ô sublime Roscius! ô Lekain! quand j’allais et t’entendre, et t’admirer, en te voyant paraître sur la scène, je te remettais mon âme, pour la mouvoir à ton gré; et tu la mouvais toujours fortement, mais délicieusement, tant était profonde la connaissance que tu avais du cœur humain! Incomparable acteur, tu n’es plus; une des sources du bonheur est à jamais tarie pour moi… J’ai perdu