Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Серия: Le Seigneur des Anneaux #1
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois
- ISBN: 9782267027419
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
Nai elyë hiruva. Namárië !
« Ah ! comme l’or tombent les feuilles au vent, de longues années sans nombre comme les ailes des arbres ! Les années ont passé comme autant de gorgées du doux hydromel en de hautes salles par-delà l’Ouest, sous les voûtes azurées de Varda où les étoiles tremblent au chant de sa voix, sainte et souveraine. Maintenant, qui remplira pour moi la coupe ? Car à présent, l’Illumineuse, Varda, la Reine des Étoiles, du mont de Neige-éternelle a élevé ses mains comme des nuages, et tous les chemins sont noyés profondément dans l’ombre ; et d’un pays gris, les ténèbres s’étendent entre nous sur les vagues écumantes, et la brume couvre à jamais les joyaux de la Calacirya. Maintenant perdue, perdue pour ceux de l’Est est Valimar ! Adieu ! Peut-être trouveras-tu Valimar. Même toi, peut-être la trouvas-tu. Adieu ! » Varda est le nom de la Dame que les Elfes de ces terres d’exil nomment Elbereth.
Soudain, le Fleuve décrivit une grande boucle, et les berges s’élevèrent de chaque côté, masquant la lumière de Lórien. Frodo ne repassa jamais les frontières de ce beau pays.
Ils tournèrent alors leurs visages vers l’avant, vers le voyage : le soleil brillait devant eux, et tous furent éblouis, car leurs yeux étaient remplis de larmes. Gimli pleurait sans se cacher.
« J’ai vu pour la dernière fois ce qu’il y a de plus beau, dit-il à Legolas, son compagnon. Dorénavant, je ne qualifierai plus rien de tel, sinon le cadeau qu’elle m’a offert. » Il mit la main sur sa poitrine.
« Dis-moi, Legolas, pourquoi me suis-je lancé dans cette Quête ? J’étais loin de savoir où se trouvait le principal danger ! Elrond ne se trompait pas en disant qu’il nous était impossible de prévoir ce que nous rencontrerions sur la route. Je craignais le supplice dans les ténèbres, et pareil danger ne m’a pas retenu. Mais je ne serais pas venu, si j’avais su le péril que recèlent la lumière et la joie. Cette séparation m’a infligé la blessure la plus cruelle qui soit, dussé-je me remettre cette nuit entre les mains du Seigneur Sombre. Hélas pour Gimli fils de Glóin ! »
« Non ! dit Legolas. Hélas pour nous tous ! Et pour tous ceux qui vivent en ces jours ultérieurs. Car ainsi va le monde : trouver pour perdre ensuite, comme il apparaît aux yeux de ceux qui vont au fil de l’eau. Mais je te considère béni, Gimli fils de Gloín : car tu endures cette perte de ton plein gré, alors que tu aurais pu en décider autrement. Mais tu n’as pas abandonné tes compagnons, et la moindre des récompenses que cela te vaudra, c’est que le souvenir de la Lothlórien demeurera toujours clair et pur dans ton cœur, et jamais il ne perdra de son éclat ou de sa fraîcheur. »
« Peut-être, dit Gimli ; et je te remercie de tes paroles. Sans doute sont-elles vraies ; mais c’est une maigre consolation. Le souvenir n’est pas ce à quoi le cœur aspire. Ce n’est qu’un miroir, fût-il aussi limpide que le Kheled-zâram. Du moins, c’est ce que dit le cœur de Gimli le Nain. Peut-être les Elfes voient-ils les choses autrement. D’ailleurs, j’ai ouï dire que pour eux, le souvenir ressemble davantage au monde de l’éveil qu’au rêve. Il n’en va pas de même pour les Nains.
« Mais ne parlons plus de cela. Attention à la barque ! Elle cale trop avec tout ce bagage, et le Grand Fleuve est rapide. Je n’ai aucune envie de noyer ma peine dans l’eau froide. » Ramassant une pagaie, il dirigea l’embarcation vers la rive ouest, suivant celle d’Aragorn, qui avait déjà quitté le courant du milieu.
Ainsi, la Compagnie poursuivit sa longue route sur le cours pressé des larges eaux, portée toujours plus au sud. Des bois dénudés s’étalaient le long des deux rives sans jamais donner le moindre aperçu des terres qui se trouvaient en arrière. La brise était tombée et le Fleuve coulait sans un seul bruit. Pas un oiseau ne venait rompre le silence. Le soleil s’embruma à mesure que la journée avançait, et bientôt il luisit comme une haute perle blanche dans un ciel pâle. Puis il se perdit dans l’Ouest et le crépuscule arriva de bonne heure, suivi d’une nuit grise et sans étoiles. Ils se laissèrent flotter dans les heures sombres et calmes, conduisant leurs bateaux dans l’ombre des bois qui s’élevaient sur leur droite. De grands arbres passaient comme des fantômes à travers la brume, allongeant leurs racines tordues et avides jusqu’à l’eau. Le pays était morne et froid. Frodo écoutait les faibles clapotements et gargouillis du Fleuve parmi les racines et le bois qui flottait près de la rive. Enfin, sa tête tomba sur sa poitrine et il sombra dans un sommeil agité.
9Le Grand Fleuve
Frodo fut réveillé par Sam. Il constata qu’il était étendu, bien enveloppé, sous de grands arbres à l’écorce grise dans un coin paisible des bois qui occupaient la rive occidentale du Grand Fleuve, l’Anduin. Il avait dormi toute la nuit : la grisaille du matin luisait faiblement à travers les branches dénudées. Gimli s’affairait tout près autour d’un petit feu.
Ils se remirent en route avant le plein jour. Non que la plupart d’entre eux aient été pressés de descendre au sud : ils n’étaient pas fâchés de savoir que leur décision, qu’ils devraient prendre au plus tard en arrivant au Rauros et à l’île de l’Aigreroc, pouvait encore attendre quelques jours ; et ils laissaient le Fleuve les porter à son rythme, n’ayant aucun désir de se hâter vers les périls qui les attendaient, peu importe le chemin qu’ils choisiraient en fin de compte. Aragorn les laissait faire, ménageant leurs forces en vue de la fatigue à venir. Mais il tenait au moins à ce qu’ils partent de bonne heure chaque matin et poursuivent leur route jusque tard le soir ; car il sentait en son cœur que le temps pressait, et il craignait que le Seigneur Sombre ne soit pas resté oisif pendant qu’ils s’attardaient en Lothlórien.
Néanmoins, ils ne virent aucun signe d’un quelconque ennemi ce jour-là, ni le lendemain. Les heures grises et monotones se succédèrent sans incident. Tout au long de la troisième journée, les terres se transformèrent peu à peu : les arbres se raréfièrent et finirent par disparaître complètement. Sur la berge orientale, à main gauche, ils voyaient de longues pentes informes s’étendre au loin et vers le haut : elles avaient un aspect brunâtre et desséché, comme si un incendie les avait balayées sans épargner le moindre brin d’herbe : une terre hostile et ravagée, sans même un arbre mutilé ou une pierre insolite pour atténuer le sentiment de désolation. Ils étaient parvenu aux Terres Brunes qui s’étendaient, vastes et désolées, entre le sud de Grand’Peur et les collines des Emyn Muil. Quel fléau ou guerre ou forfait de l’Ennemi avait ainsi défiguré toute cette région, même Aragorn ne pouvait le dire.
À l’ouest, sur leur droite, le pays était tout aussi dénué d’arbres, mais il était plat et très souvent vert, car traversé de vastes prairies. De ce côté du Fleuve, ils passaient de grandes forêts de roseaux, si hautes qu’elles cachaient toute la vue à l’ouest, tandis que les petits bateaux longeaient leurs bords frémissants avec un doux clapotis. Leurs panaches flétris et sombres se balançaient dans l’air léger et froid avec un friselis mélancolique. De temps en temps, par des trouées, Frodo avait de soudains aperçus de prés onduleux, et plus loin, de collines éclairées par le couchant ; et à l’horizon, une ligne sombre où s’alignaient les premiers rangs des Montagnes de Brume dans leur marche vers le sud.
Il n’y avait pas le moindre signe ou mouvement d’êtres vivants, hormis les oiseaux. Ceux-ci étaient nombreux, petits volatiles sifflant et pépiant dans les roseaux, mais on les voyait rarement. Une ou deux fois, les voyageurs entendirent le froufrou et le gémissement d’ailes de cygne : levant les yeux, ils virent une grande phalange s’étirer sur le ciel.